Être comédien à l’ENPQ et s’impliquer socialement

Par Joanie Mailhot
Être comédien à l’ENPQ et s’impliquer socialement
Le comédien Camil Bergeron pendant une scène avec de futurs enquêteurs.

PROFIL. Le Québec compte 48 comédiens, dont une douzaine à temps plein, qui servent la formation des policiers. Tous œuvrent donc à l’École nationale de police du Québec (ENPQ), à Nicolet.

Aux dires de Patrick Lacombe, chargé de l’encadrement artistique des comédiens à l’ENPQ, c’est un privilège de pouvoir exercer ce métier, qui représente aussi une forme d’implication sociale.

Les comédiens engagés par l’École ont tous un profil différent. Ils sont principalement âgés entre 24 et 63 ans et, selon M. Lacombe, ne sont ni en début de carrière, ni en fin de carrière. Évidemment, la majorité des acteurs ont une formation en théâtre ou en cinéma, mais d’autres proviennent du milieu des communications ou de l’enseignement.

«Un comédien, dans sa carrière à l’ENPQ, pourrait jouer plus de 650 mises en situation différentes, dans des contextes différents! Ça donne une idée du volume d’activités, de documentation, d’accessoires nécessaires, etc. Les comédiens sont des gens autonomes et efficaces et ils ont une curiosité d’apprendre. Ce sont des passionnés», révèle Patrick Lacombe.

Il souligne que les acteurs sont en évaluation perpétuelle étant donné qu’il y a des cibles pédagogiques importantes à atteindre. «C’est un métier basé sur la perception et qui demande parfois certains ajustements. Les comédiens de l’ENPQ, contrairement à ceux qui sont habitués de jouer au théâtre, ne doivent pas s’attendre à «donner un show». Ils doivent avoir à cœur le développement et la compréhension de l’être humain. C’est une dimension présente et hyper importante. Je dirais qu’on trouve quelque chose ici qu’on ne trouve pas ailleurs…»

Étant donné que cette ouverture est essentielle, l’ENPQ s’efforce de choisir les gens qui ont le plus de potentiel possible, qui sont versatiles. Il faut dire qu’au début, à leur entrée, les comédiens engagés travaillent sans avoir eu nécessairement de formation spécifique de la part de l’ENPQ. Ensuite, ils suivront des formations plus spécialisées pour les aider à jouer différents rôles plus précis. Par exemple, ils peuvent être appelés à jouer des enfants.

Soulignons aussi que certains acteurs arrivent de d’autres régions, notamment Québec et Montréal, ce qui amène des retombées positives pour l’économie de la région.

La sélection

Des critères précis sont analysés chez les comédiens qui se présentent en audition à l’École. «On recherche des praticiens. Des gens qui ont une facilité d’adaptation, qui ont certaines compétences en théâtre ou en improvisation et qui sont «adaptables». C’est important de s’en tenir aux critères…on ne peut pas se permettre d’y aller seulement au feeling», note Patrick Lacombe.

L’expérience de Camil Bergeron

Camil Bergeron, qui possède une formation en théâtre, est comédien à l’École nationale de police depuis 2000. Son travail à l’ENPQ lui permet de faire ce qu’il aime, et ce, dans un contexte plus régulier que ce qu’est parfois la réalité du théâtre en région.

Le comédien reconnaît qu’au début, il est difficile d’assimiler tous les aspects techniques. «On comprend rapidement que le travail de préparation est super important. Puis, on suit l’évolution des étudiants. On connaît les étapes qu’ils ont à franchir. On veut qu’ils réussissent, donc on leur ouvre parfois des portes. On ne veut pas les «coincer» et qu’ils échouent. On est conscient que l’enjeu est très gros pour eux», explique M. Bergeron.

Il apprécie également le fait qu’il n’y a pas de routine dans son métier. À titre d’exemple, au moment de l’entrevue, Camil Bergeron venait de terminer de jouer un suspect et dix minutes plus tard, il allait reprendre le même rôle. «Mais mon personnage peut changer parce que l’interaction est différente. Je ne sais jamais quelle tournure prendra la scène. On ne fait jamais vraiment deux fois le même personnage.»

Parmi les différents rôles qu’il a eus à jouer dans les dernières années, notons un sous-ministre des finances impliqué dans un crime économique, ou encore, un agresseur d’enfants. «Ce sont des types de personnes qui sont vraiment loin de moi. Mais on embarque à fond dans le personnage. J’avoue que parfois, ça devient troublant», conclut M. Bergeron.

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