Des propriétaires de dépanneurs locaux en mode «survie»

Par Joanie Mailhot
Des propriétaires de dépanneurs locaux en mode «survie»
Sam Nang Sean

RIVE-SUD. La situation des dépanneurs en milieu rural n’est pas simple. Les grandes surfaces qui font leur apparition dans les grandes villes donnent de plus en plus de fil à retordre aux propriétaires de dépanneurs locaux. Le Courrier Sud s’est entretenu avec deux d’entre eux. Deux nouveaux arrivants qui ont vu en l’acquisition d’un dépanneur une belle opportunité de travail.

D’abord, Sam Nang Sean et son épouse ont acheté «La Gamelle» à Sainte-Angèle-de-Laval en 2004, après avoir travaillé dans d’autres domaines pendant quelques années. Au départ, ils avaient quelques employés pour leur apprendre le fonctionnement. Cependant, par la suite, ils n’avaient plus suffisamment d’argent pour embaucher des employés. Ils sont donc tous les deux seuls à bord du commerce, avec au besoin, un coup de main de leurs deux enfants.

Les cinq premières années, les heures d’ouverture de «La Gamelle» étaient de 7h à 23h, mais depuis cinq ans, le dépanneur est ouvert de 8h à 22h, bien qu’en réalité, «cela représente le même travail» admet M. Sean.

Il affirme qu’aujourd’hui, en 2014, la situation est de plus en plus difficile si on compare à ses débuts, en 2004. Selon lui, différents facteurs peuvent en être la cause. «Dans notre cas, auparavant, il y avait le Mont-Bénilde, qui amenait une certaine affluence. Aussi, pendant la période estivale, il y avait les camps des cadets. Et c’est certain que la fermeture de la centrale nucléaire a un impact pour nous, considérant qu’il y a beaucoup moins de circulation et donc, moins de clients», explique Sam Nang Sean.

Pour sa part, Xiaojun Huang, de l’épicerie Les Becquets de Saint-Pierre-les-Becquets, est encore en période d’adaptation et d’évaluation puisqu’elle en est la copropriétaire seulement depuis le mois de mai. «Ça augmente tranquillement, mais pas comme on avait prévu. On a dû faire de la publicité pour essayer d’avoir de nouveaux clients», avoue-t-elle. Xiaojun Huang et son associé, son ami Hu Yu, ont quatre employés pour assurer le fonctionnement de leur commerce.

Il faut dire que la situation de Mme Huang est un peu différente de celle que vit M. Sean, puisqu’une épicerie n’a pas le même créneau qu’un dépanneur. Cependant, elle connaît très bien la réalité des dépanneurs puisque depuis février 2012, son mari est propriétaire d’un dépanneur à Deschaillons-sur-Saint-Laurent et pour ce commerce, elle affirme que ça va plutôt bien. «C’est sûr qu’avec la réouverture, à l’été 2013, du dépanneur «Le Relais des Navigateurs», on a senti une certaine baisse dans notre clientèle», reconnaît Mme Huang.

Concurrence

Selon Sam Nang Sean, les grands marchés dominent. «Avec les Costco et Walmart, c’est très difficile pour nous de se démarquer; ce sont de très grosses entreprises», mentionne-t-il.

De son côté, la copropriétaire de l’épicerie Les Becquets croit fermement que les épiceries locales et les dépanneurs ont leur raison d’être. «C’est certain que les clients qui travaillent en ville vont faire leurs commissions là-bas. Mais les gens oublient toujours quelque chose et c’est là que le service local est important, surtout pour les personnes âgées qui ont plus de difficulté à se déplacer.»

Les deux commerçants interrogés sont unanimes: il est préférable d’avoir un créneau spécifique pour mieux se démarquer. À titre d’exemple, chez «La Gamelle», on retrouve différentes sortes de repas (vietnamiens, cambodgiens et thaïlandais) faits maison, prêts à emporter.

Un métier exigeant beaucoup de sacrifices

Xiaojun Huang et Sam Nang Sean s’entendent pour dire que posséder un dépanneur ou une épicerie dans un village demande beaucoup de sacrifices. «C’est beaucoup d’ouvrage et de temps, mais on n’a pas beaucoup de revenus puisqu’on a des prêts à rembourser, en plus des autres dépenses, soutient M. Sean. On travaille fort et on court à gauche et à droite, mais c’est difficile de survivre, même si on ne compte pas nos heures.»

Parfois, les gens ont une idée préconçue voulant que les immigrants qui ont des dépanneurs soient toujours au travail et qu’ils ne s’arrêtent jamais. Ce n’est pas complètement faux, mais il faut bien comprendre pourquoi c’est ainsi. Mme Huang a une théorie fort intéressante sur la question: «Quand on a dépensé l’argent pour acheter le commerce, il faut travailler beaucoup pour rembourser les prêts le plus rapidement possible. On doit travailler plus pour régler les dettes le plus tôt. Aussi, il faut comprendre que quand un nouvel arrivant s’installe, il doit tout acheter au même moment: auto, logement, meubles, etc., tout ça alors qu’il n’a pas encore gagné 1$!»

Suivez Joanie Mailhot sur Twitter: @Jo_Mailhot

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