Un Petit Café pas comme les autres

ASTON-JONCTION. Ça grouillait de vie, le 2 février dernier, au Petit Café du Dépanneur Aston. Comme tous les jeudis midi aux deux semaines, d’ailleurs. Mais ce jour-là, un invité spécial était aux fourneaux et au service: le député de Nicolet-Bécancour, Donald Martel.

« Je suis venu faire à dîner avec mon équipe! C’est une promesse que j’avais faite aux gens, en campagne électorale », explique M. Martel, coiffé d’un filet de cuisine. 

Il faut comprendre que le Petit Café, c’est ce qui permet en bonne partie de garder ouvert le Dépanneur Aston. Il est niché depuis 2012 dans une petite pièce pouvant asseoir 32 personnes, tout au fond du dépanneur.

« À Aston-Jonction, s’ils réussissent à avoir un dépanneur, c’est parce que des bénévoles servent des repas communautaires et vendent des mets cuisinés pour renflouer un peu les coffres. Dans les petites municipalités comme ici, c’est difficile de faire vivre un tel service. Il faut vraiment que les gens de la communauté se mobilisent, alors je suis venu les supporter », ajoute le député.

La mairesse Christine Gaudet le confirme: « Si le Petit Café n’existait pas, le dépanneur aurait de la difficulté à survivre. Il vient mettre du beurre sur les épinards », souffle-t-elle.

Le dépanneur et le Petit Café d’Aston-Jonction sont gérés par le Comité de développement économique (CDÉ) local. La municipalité est propriétaire du bâtiment et injecte des fonds (13 000$) dans le bon déroulement des activités qui s’y tiennent. « Pour le moment, c’est pas mal le seul lieu de rassemblement dans la municipalité », indique la mairesse de l’endroit, qui compte 453 habitants.

Précarité

En 2020, la survie du Petit Café et du dépanneur a été mise à rude épreuve en raison de la pandémie. Les activités du Petit Café avaient été paralysées durant un bon bout de temps, forçant les élus à entamer une grande réflexion sur l’avenir du dépanneur.

Ils avaient alors sondé les citoyens pour savoir s’ils souhaitaient maintenir le service. Les 88 réponses reçues étaient toutes favorables. Parmi les répondants, un fort pourcentage était même prêt à investir un peu plus de sa poche pour s’assurer de conserver le dépanneur. À ce moment, entre 50$ et 70$ étaient déjà perçus annuellement auprès des 251 contribuables de la municipalité, via leur compte de taxes, pour financer le service.

Nouveau souffle

Depuis, le tempête est passée et le vent a tourné. Il souffle maintenant dans le dos du dépanneur et du Petit Café. Au printemps 2022, le CDÉ a reçu une somme de 25 000$ du programme fédéral Nouveaux Horizons pour les aînés pour l’aider à équiper le Petit Café. 

« Ce sont principalement des personnes du troisième âge qui sont bénévoles ici. Grâce à cette subvention, on a pu leur fournir de l’équipement neuf pour faciliter leur travail en cuisine. On a aussi acheté des ordinateurs et une télévision pour qu’on puisse mettre en place une programmation visant à sortir les aînés de l’isolement. Il va y avoir au Petit Café des cours de mise en forme, des cours d’initiation à la technologie, des conférences… », indique Mme Gaudet.

Le député Martel a quant à lui donné 4000$ puisés dans son enveloppe de Soutien aux actions bénévoles pour permettre l’achat de nouveaux réfrigérateurs.

« On a vraiment redressé le Petit Café », estime Madeleine Jutras, une bénévole de longue date qui a l’endroit tatoué sur le cœur. « Tout est neuf. C’est super! »

Un lieu prisé

« L’an dernier, il s’est fait 2300 heures de bénévolat dans le Petit Café », ajoute Mme Jutras. « On est une dizaine à s’impliquer. On cuisine toutes sortes de choses qu’on vend au dépanneur: des sandwiches, des salades, des pizzas, des pâtés, des tartes, des desserts…. Le jeudi midi et le vendredi soir (en alternance, une semaine sur deux), on sert aussi des repas chauds. »

Monique Doucet, André Doucet et Claude Ouellet sont des habitués du Petit Café. Ils viennent dîner sur place le jeudi, chaque fois qu’ils en ont l’occasion. « On fréquente le Petit Café depuis qu’il est ouvert. Il y a eu un arrêt avec la pandémie, mais là, c’est enfin recommencé. » Ils apprécient y être: « C’est fraternel et convivial », affirment-ils.

« C’est une belle place pour se rencontrer et échanger », renchérit leur voisine de table, Lise Dufresne. « Avant la pandémie, on restait souvent après le dîner, avec le Cercle des fermières. On s’entraidait et s’amusait une bonne partie de l’après-midi. Il y avait aussi des joueuses de cartes, et d’autres faisaient des casse-têtes. Ça revit tranquillement », se réjouit-elle.

Futur magasin général?

Les élus d’Aston-Jonction sont conscients de la chance qu’ils ont d’avoir encore un service de dépanneur chez eux. Car plusieurs municipalités de la même taille n’en ont plus, ou n’en ont jamais eu. « On est à une demi-heure des grands centres et à dix minutes d’auto de Daveluyville, où il y a une petite épicerie. Ça n’adonne pas toujours [de s’y déplacer pour faire des achats] », fait valoir la mairesse Gaudet.

Maintenant que le dépanneur et le Petit Café vivent des jours meilleurs, le conseil municipal commence à se projeter dans le futur. « On veut vraiment faire en sorte que notre dépanneur devienne un lieu incontournable. Par contre, on est à capacité maximale de la bâtisse. On réfléchit à comment on pourrait améliorer les choses », mentionne Christine Gaudet. 

L’idée d’une nouvelle construction a été soulevée. Elle sera analysée en 2023. « La vision du conseil serait d’aller vers une bâtisse multifonctionnelle », souligne Mme Gaudet. « Le chalet des loisirs est un peu désuet, alors peut-être qu’on pourrait tout centraliser dans beaucoup plus grand. C’est-à-dire qu’on mettrait les loisirs, le dépanneur et le Petit Café au même endroit. La municipalité possède déjà le terrain des loisirs tout près d’ici, alors on pourrait le réaménager… » 

Si le projet se concrétise, peut-être qu’il y aurait possibilité d’ajouter des produits à l’offre actuelle du dépanneur, évoque aussi la mairesse: « Est-ce qu’on est capable de s’en aller un peu plus vers un genre de magasin général? Ça reste à voir. Proche de la caisse, on a mis une feuille pour sonder la population sur ses besoins ».

Une histoire à suivre!