La correspondance, facteur d’apprentissage

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Par Stéphanie Paradis
La correspondance, facteur d’apprentissage
Isabelle Bergeron a démarré son projet de plateforme de jumelage de correspondance scolaire en 2019. (Photo ) (Photo : Jeanne Brochu)

SAINTE-MONIQUE. Depuis déjà une quinzaine d’années, Isabelle Bergeron, enseignante à l’école Arc-en-Ciel de Sainte-Monique, fait correspondre ses élèves avec d’autres jeunes de la francophonie. Alors qu’elle doit se réinventer et user d’ingéniosité pour jumeler sa classe lors de chaque rentrée scolaire, elle a finalement décidé de créer une plateforme de jumelage dont le succès a explosé dès la première année.

À la rentrée scolaire 2019, lors de la première année de la plateforme, ce sont 444 classes qui ont demandé un jumelage afin de correspondre. «Je suis tombée des nues! Je ne m’attendais pas à ça!, s’exclame Mme Bergeron. Je m’attendais à une cinquantaine de classes, mais pas à un engouement comme celui-là», ajoute-t-elle.

«Je me doutais que je n’étais pas la seule au Québec à m’intéresser à la correspondance scolaire, et je savais qu’il y en avait d’autres qui vivaient la difficulté à se trouver une partenaire d’échange. J’étais certaine que ça allait répondre à un besoin.»

Pour la rentrée 2020, ce sont 450 classes inscrites, soit plus de 9000 enfants, qui pourront échanger. En plus de jeunes de partout au Québec, on compte 18 classes de la francophonie canadienne en provenance du Nouveau-Brunswick, de l’Alberta et de la vallée de l’Okanagan en Colombie-Britannique.

«C’est mon bébé et j’en suis vraiment fière», affirme Isabelle Bergeron en parlant de sa plateforme. Elle est d’ailleurs convaincue de la valeur de son projet et souhaite ardemment que celui-ci devienne un programme du ministère de l’Éducation.

Une lettre comme outil pédagogique

L’ampleur du projet d’Isabelle Bergeron amène à l’enseignante une charge de travail supplémentaire non négligeable en ce temps de pandémie. Justement, alors qu’elle croyait que la COVID-19 freinerait le nombre d’inscriptions, elle a eu une agréable surprise de ses collègues enseignantes.

Les inscriptions via sa plateforme, c’est Mme Bergeron qui les analyse et qui les jumèle une à une selon des critères préétablis. «Oui, c’est long!», lance-t-elle, puisque deux semaines entières de travail bénévole lui sont nécessaires pour cette tâche. Elle est d’ailleurs à la recherche d’un soutien financier pour la prochaine année, car on peut dire qu’actuellement, elle est en «double emploi». «C’est une gestion de personnel quand même impressionnante de 500 enseignantes!», avoue-t-elle.

Cette charge de travail additionnelle, elle n’est pas la seule à se l’ajouter de plein gré, par passion de l’enseignement. «L’année scolaire est vraiment très rude pour tout le personnel et les directions d’école. Je les trouve vraiment courageuses. ces enseignantes qui se lancent ou se relancent dans la correspondance scolaire, parce que ça demande quand même un peu d’investissement de soir et de fin de semaine», témoigne Mme Bergeron.

«Je suis touchée par l’investissement de ces enseignantes. C’est tout à leur honneur, car elles pourraient s’en tenir à leurs cahiers d’exercices. Je leur lève mon chapeau de faire autrement l’école et d’actualiser leur programme scolaire», souligne-t-elle avec une grande fierté.

Développer le plaisir d’écrire

Le projet de correspondance scolaire a pour objectif de favoriser le métissage social par le développement de liens d’amitié. En effet, le dispositif de jumelage permet aux enfants issus de l’immigration ou des communautés autochtones de découvrir les régions du Québec, ou encore aux enfants des régions de découvrir les habitants de la métropole.

«À la base, nous sommes des êtres sociaux. Le fait d’entrer en contact avec d’autres jeunes amène de la nouveauté, surtout dans une école rurale où les jeunes sont ensemble de la maternelle à la 6e année et se connaissent par cœur! La correspondance scolaire aide les jeunes à constater les différences et les ressemblances, ce qui amène beaucoup d’ouverture à l’autre», croit-elle.

Selon l’enseignante, la correspondance scolaire donne beaucoup de sens à l’écrit, car les jeunes comprennent ainsi pourquoi tant d’heures sont consacrées à l’apprentissage du français, comme la conjugaison des verbes et l’accord des noms. «Là, on le fait pour quelqu’un de vrai qui va nous lire, pas seulement dans le but de s’exercer!», précise Mme Bergeron.

La correspondance scolaire peut utiliser différents modes de communication: courrier traditionnel, courriels, rencontres virtuelles ou en personne, et même par dessins et vidéos, car les enfants peuvent participer au projet dès la maternelle 4 ans.

 

Un livreur de vitres pour livrer des lettres

Afin de trouver des correspondants avant l’époque des réseaux sociaux, Isabelle Bergeron est passée par une entreprise de la région, PH Vitres d’Autos de Sainte-Perpétue, qui livrait partout au Québec ainsi que dans les provinces limitrophes.

«J’ai demandé à un livreur de vitres s’il ne passait pas par hasard devant des écoles primaires! C’est comme ça que j’ai eu un premier nom d’école primaire, que j’ai appelée pour demander s’il n’y aurait pas une enseignante souhaitant faire correspondre ses élèves avec les miens! J’allais porter ma petite valise remplie de lettres chez PH Vitres d’autos et c’est le camionneur qui allait la livrer à l’école et qui ramenait la valise remplie de lettres de nos correspondants!», raconte l’enseignante.

 

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jean Chamberland
jean Chamberland
2 années

Félicitations!

Rachel-Ann Dolbec
Rachel-Ann Dolbec
2 années

Bonjour,

J’aimerais participer au projet de la correspondance avec d’autres jeunes du Québec ou Canada. Je suis en 3e année du primaire et je crois que ce sera un beau moyen de stimuler l’écrit avec mes 26 élèves surtout en période de COVID.

J’ai hâte d’avoir des nouvelles de votre part,

Passez une belle journée,

Rachel-Ann Dolbec
École de la Chantignole
Bromont
Québec
dolbecr@csvdc.qc.ca