Une bleuetière qui tend au vert

Photo de Marie-Ève Veillette
Par Marie-Ève Veillette
Une bleuetière qui tend au vert
Philippe Gingras, fondateur des Jardins Marie-Victorin et de la bleuetière Bleuets et cie à Saint-Pierre-les-Becquets. (Photo : (Photo Marie-Eve Veillette))

SAINT-PIERRE-LES-BECQUETS. Beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis que Philippe Gingras a quitté le béton de la région métropolitaine pour venir s’établir à Saint-Pierre-les-Becquets et y fonder son entreprise agricole et horticole. Le propriétaire de Bleuets et cie et des Jardins Marie-Victorin se sent « privilégié à tous les jours » par rapport à ce choix et se trouve bien dans son environnement. Un environnement dont il prend d’ailleurs grand soin depuis près d’un quart de siècle.

« La terre, c’est la vraie vie », affirme celui qui, très jeune, voulait déjà vivre sur une ferme. Il a cheminé vers ce rêve en étudiant en agronomie, puis en faisant l’acquisition d’une terre à Saint-Pierre-les-Becquets, dénichée alors qu’il était représentant sur la route pour le compte d’une compagnie d’horticulture environnementale implantée dans plusieurs régions du Québec. « J’ai trouvé la terre comme ça, par un client. Je suis parti de zéro. »

À l’automne 1996, il en prenait possession. À l’été 1997, il ouvrait son centre jardin. Puis, deux ans plus tard, il faisait l’acquisition d’un vaste terrain situé à quelques pas de là, en bordure du fleuve Saint-Laurent. C’est à cet endroit qu’il a implanté sa bleuetière. « On a été chanceux », souligne-t-il, balayant des yeux l’endroit, encore émerveillé.

Bâtir cet environnement a nécessité beaucoup de travail, admet M. Gingras, qui a fait évoluer son projet en tout respect avec la nature. Un choix logique dès le départ pour lui, et qui prend encore plus de sens ces années-ci en raison des bouleversements engendrés par les changements climatiques.

La guerre aux insectes ravageurs

Il explique que des insectes qui n’étaient pas présents autrefois multiplient maintenant les ravages, comme le scarabée japonais et la drosophile à ailes tachetées. « Il faut intervenir. Si tu ne le fais pas, la drosophile va piquer tes fruits et y laisser des larves. » Le scarabée japonais, lui, va principalement grignoter le feuillage. « Le MAPAQ nous permet d’utiliser des pesticides pour intervenir mais nous, on n’a pas envie d’être en contact avec ces produits-là », dit-il. C’est pourquoi il est constamment à la recherche de solutions alternatives.

L’une d’elles est le filet d’exclusion. Celui-ci prend place sur une structure en acier galvanisé installée au champ. En saison, il est déployé de façon hermétique sur les plants afin de repousser les insectes et l’hiver, il est replié sur la structure. Philippe Gingras implantera prochainement ce type d’infrastructure sur une acre de sa bleuetière. Un projet de 40 000$ soutenu par le programme gouvernemental Prime-Vert. « D’autres producteurs l’ont déjà essayé (le filet d’exclusion) et le résultat est intéressant », affirme-t-il.

Le producteur de Saint-Pierre-les-Becquets est confiant que cette nouveauté règle la majeure partie de ses problèmes phytosanitaires. Tellement, en fait, qu’il a décidé d’entamer un processus de certification biologique pour l’acre visée par le projet. « Notre certification se fera avec Québec-Vrai et nous pourrons confirmer d’ici un an et demi que notre bleuet, sous cette méthode culturale, sera 100% biologique », annonce M. Gingras, très heureux de franchir cette étape.

Philosophie verte

Cette annonce est la suite logique des nombreuses démarches de Philippe Gingras visant à limiter l’impact des activités de sa bleuetière et de son centre jardin sur l’environnement.

À la bleuetière, de l’engrais biologique est utilisé et aucun pesticide n’est employé. Une diversité de production (framboises, griottes, argouses, gadelles, amélanches) aide un peu au contrôle des insectes nuisibles. Ces petits fruits représentent 5% de la production.

Dans le bâtiment d’accueil en bois, construit il y a 11 ans, les déjeuners et dîners sont servis dans de la vaisselle lavable. Les produits et breuvages pour emporter sont quant à eux placés dans des contenants biodégradables. « L’idéal serait que les gens apportent davantage leur tasse; c’est quelque chose qu’on accepte sans problème. »

Au centre jardin, les contenants de fibre pouvant aller en terre sont désormais priorisés. « On a introduit ça cette année et on va augmenter leur utilisation », souligne M. Gingras. Ces contenants sont généralement employés pour les plants de légumes, mais le producteur les utilise aussi en jardinière (fleurs annuelles, notamment). « On essaie de sortir le plastique de notre production. »

Philippe Gingras, qui est soutenu dans l’aventure par sa conjointe Sonia Sarasin, demeure également à l’affût des idées susceptibles d’enrayer l’emploi de produits nocifs. « Je me tiens informé. C’est une des nombreuses choses que je fais pendant l’hiver », dit-il.

À ce chapitre, il a récemment expérimenté une solution à base de cendre macérée pour limiter l’utilisation d’insecticide dans ses serres. « Ça fonctionne super bien! »

Le producteur est d’avis que lorsqu’une solution alternative se pointe le bout du nez, elle mérite d’être expérimentée même si, parfois, elle semble ridicule au départ. « Et si ça marchait? Pourquoi utiliser un produit chimique à l’effet bœuf quand tu peux avoir une solution biologique qui va peut-être fonctionner aussi bien? », questionne-t-il. « Il faut changer nos façons de faire. On est rendu là. »

Cet article a été rédigé dans le cadre de la campagne « Nicolet-Bécancour résolument durable », initiée par la SADC de Nicolet-Bécancour. L’organisation souhaite mettre en lumière les entreprises du territoire qui portent des initiatives écoresponsables.

Partager cet article
S'inscrire
Me notifier des
guest
0 Commentaires
Inline Feedbacks
Voir tous les commentaires