Travailleurs étrangers: les producteurs se croisent les doigts

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Par Marie-Ève Veillette
Travailleurs étrangers: les producteurs se croisent les doigts
Les travailleurs étrangers commencent à arriver dans la région. C'est le cas de Luis et Athuro, qui sont de retour à la Ferme des Ormes de Pierreville. (Photo : Facebook - Ferme des Ormes)

PIERREVILLE. Les premiers travailleurs étrangers sont arrivés il y a un peu plus de deux semaines à la Ferme des Ormes de Pierreville; un mois plus tard que d’habitude. En outre, ils ne peuvent mettre les pieds dans les serres et les champs de la ferme familiale que depuis quelques jours, puisque depuis leur arrivée, ils étaient soumis à la quarantaine obligatoire imposée par nos gouvernements en raison de la crise du coronavirus.

On attend encore plusieurs autres travailleurs étrangers à cette ferme. «Habituellement, on en a 20, mentionne Michel Deschênes. Aucun ne m’a dit ne pas vouloir venir cette année, mais je ne sais pas encore s’ils seront tous là.»

La situation est la même dans la plupart des fermes maraîchères du Centre-du-Québec. En 2019, elles étaient 174 à accueillir, chez elles, un total de 943 travailleurs étrangers temporaires. Depuis la fermeture des frontières, leur arrivée se fait au compte-gouttes. «Il y a du retard dans leur arrivée en sol québécois, confirme le directeur régional de l’Union des producteurs agricoles (UPA), Sylvain Rheault. Beaucoup de producteurs sont en attente et n’ont pas de nouvelles de leurs travailleurs. Ils se croisent les doigts.»

On ignore encore quel pourcentage de travailleurs étrangers sera de retour dans les champs centricois cette année, ajoute M. Rheault. «On devine qu’ils ne seront pas tous de retour, mais on n’a pas les chiffres. Il y a encore des vols [en provenance du Mexique et du Guatemala, notamment] qui vont arriver.»

À la Ferme des Ormes, on s’adapte du mieux possible à la situation. «Je n’ai pas le choix, laisse tomber Michel Deschênes. Depuis quelques semaines, je fais le travail qu’accomplit normalement un travailleur étranger. Ça s’ajoute à mes nombreuses autres tâches.»

Le producteur espère le retour de la majorité de ses travailleurs. «Ils sont habitués. La plupart travaillent chez nous depuis longtemps. Ils sont motivés», dit celui qui doute de l’efficacité, à long terme, de la campagne «J’y vais sur-le-champ», lancée tout récemment par le gouvernement du Québec. Cette campagne verse un incitatif de 100$ par semaine aux personnes qui se retrouvent sans emploi en raison de la pandémie pour aller donner un coup de main à nos producteurs.

«Je ne pense pas que ça va faire des miracles. C’est quelque chose qui peut occuper temporairement les gens qui sont en chômage pendant la crise. Mais moi, je n’ai pas besoin de monde temporaire: j’ai besoin de monde qui va venir travailler chez nous tous les jours et surtout, tout l’été.»

Il ajoute que certaines personnes de la région lui ont offert leur aide, un geste qu’il apprécie grandement. «On fera appel à elles quand on aura besoin, mais on sait très bien qu’elles risquent de retourner au travail bien avant la fin de la saison.»

Du côté de l’UPA Centre-du-Québec, on affirme avoir une très bonne réponse des Québécois par rapport à ce programme. «On est submergé d’appels!, rapporte même Sylvain Rheault. On en reçoit à chaque jour, autant de jeunes que de moins jeunes. On est en train de travailler très fort pour faire des « matchs » entre les producteurs qui embauchent et les Québécois qui veulent travailler.»

Impossible, toutefois, de dresser un état précis de la situation. «Ça bouge encore énormément, côté main-d’œuvre.»

Contexte particulier, mesures particulières

En attendant que la situation se stabilise, les producteurs prennent leur mal en patience. Certains ont même décidé de modifier une partie, voire la totalité de leur production pour cette année. D’autres réduiront la superficie à cultiver en raison du contexte particulier vécu actuellement.

«Ce sont des échos que l’on a, mentionne Sylvain Rheault. Rien, cette année, ne sera comme l’année passée. Les producteurs ont des réflexions et des décisions à prendre rapidement puisque c’est à ce temps-ci de l’année qu’on planifie [la saison].»

La démarche a été faite à la Ferme des Ormes. Elle a d’ailleurs déjà pris des mesures, indique Michel Deschênes. Elle a notamment transformé une serre de production ornementale en serre de légumes. «On s’est dit qu’il y aurait peut-être moins d’attrait pour l’ornemental cette année, alors on a coupé un peu.»

Elle mise aussi davantage sur la vente de plants de légumes pour jardin, estimant que les gens se mettront probablement plus que jamais au jardinage cet été. Finalement, elle a devancé l’ouverture de son magasin à la ferme ainsi que les prises de commandes, avec les mesures de distanciation appropriées, bien évidemment. «Les gens sont solidaires avec l’entreprise et nous en sommes reconnaissants. Ils sont heureux de pouvoir acheter à proximité de chez eux.»

 

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