Pierre Lavoie en mission pour prévenir le décrochage sportif chez les jeunes

RÉGIONAL. De passage à l’école secondaire Les Seigneuries en mars dernier, Pierre Lavoie, cofondateur du Grand Défi qui porte son nom, a livré un message qui porte à réfléchir: pour favoriser des habitudes de vie actives et durables, il faut repenser notre façon d’encadrer le sport à l’école et encourager les jeunes à découvrir et à adopter une variété de sports.

“On équipe mal nos jeunes à être actifs pour la vie”, constate-t-il. Au Québec, dit-il, 71 % des jeunes cessent toute activité physique entre le secondaire 1 et 3, et la moitié de ceux qui poursuivent abandonnent dès l’entrée au cégep. Un phénomène qu’il nomme le décrochage sportif, souvent causé par une blessure, une perte de motivation ou encore un changement de milieu social.

Pour Pierre Lavoie, la solution passe par la diversité, c’est-à-dire pratiquer plusieurs disciplines sportives, au lieu de se concentrer sur une seule: “Si tu joues dans les quatre sphères, soit les sports de glisse, les sports nautiques, les sports aériens et les sports terrestres, tu t’équipes pour la vie”. Cette diversité d’activités physiques crée des ancrages moteurs durables, même après des années d’inactivité. “Quand tu vas recommencer à bouger plus tard, peu importe le sport, ton cerveau va se rappeler des mouvements. Tu seras un bon répondant.”

Le sport-études: oui, mais…

Cette réalité mène Pierre Lavoie à se questionner sur la formule du sport-études, qui met depuis toujours l’accent sur une discipline vedette.

“Le multisport, c’est mieux. Les écoles sont en train de s’ajuster. Et ça, c’est une bonne affaire. Même les sports-études sont en train d’intégrer d’autres sports pour s’assurer que les jeunes ne se spécialisent pas, en sachant maintenant que ça crée des décrochages plus tard ou des jeunes qui sont blessés”, dit-il.

À une certaine époque, la formule du sport-études a permis de réintégrer de nombreux jeunes dans le système public; une bonne chose, convient Pierre Lavoie. Par contre, il lève un drapeau rouge en dénonçant l’aspect désormais élitiste et coûteux de la formule: “Ça peut coûter jusqu’à 5000$ par année par enfant; un fardeau pour bien des familles”, fait-il remarquer. “Il faut revoir le modèle.”

Il insiste pour que l’État intervienne davantage en finançant massivement les sports d’inclusion, accessibles à tous, peu importe le revenu.

Or, il est conscient que le gouvernement est davantage en mode “compressions budgétaires”, ce qu’il déplore, évidemment: “L’école a un rôle très important à jouer, et il faut lui donner les moyens de le jouer”, dit-il, évoquant les coupures récentes de 150 M$ dans le réseau scolaire, qui affecteront directement les activités parascolaires, pourtant essentielles à l’engagement des jeunes envers leur école. “Là, on coupe dans le j’aime l’école. C’est dangereux, ça”, avertit-il.

En parallèle, il se fait un point d’honneur d’évoquer le rôle vital des initiatives comme le Défi Desjardins Nicolet-Bécancour, où des cyclistes engagés redonneront des milliers de dollars aux écoles de la région, pour limiter les impacts de ces coupures. “Quand les coupes arrivent, ces fonds font toute la différence.”

Et nos écoles?

La taille des établissements scolaires est aussi au cœur de sa réflexion. “On a construit des écoles trop grosses. Une école à taille humaine permet une proximité qui aide à transmettre des valeurs durables”, dit-il. Cette vision a d’ailleurs guidé la conception des Lab-École, un projet auquel il est associé et qui vise à repenser l’environnement éducatif au Québec. “On essaie de refaire un peu le système en s’inspirant du modèle des pays scandinaves, qui réussissent mieux que nous.”

Malgré les défis, Pierre Lavoie reste optimiste, heureux des retombées positives de ses initiatives, comme les cubes énergie et le 1000 km du Grand Défi. Des jeunes qui y ont participé s’activent, s’engagent et deviennent, à leur tour, des modèles pour leur communauté. Pour lui, c’est la preuve que l’engagement et la persévérance peuvent transformer les mentalités. Il estime qu’il reste quatre ans avant que le changement de culture s’enracine véritablement: “Quand j’ai commencé, j’avais dit que ça prendrait 20 ans. Il en reste quatre. Après ça, on va être prêts”.