Sortir des sentiers battus: un choix qui peut mener loin!

Sortir des sentiers battus: un choix qui peut mener loin!

Jean-François Royal quitte le Musée des religions du monde le 5 octobre.

Crédit photo : Marie-Ève Veillette

CULTURE. Il suffit parfois d’un simple coup de fil pour que sa vie prenne une autre tournure. C’est ce qui est arrivé à Jean-François Royal, directeur du Musée des religions du monde de Nicolet, le jour où l’équipe du Musée Marguerite-Bourgeoys l’a contacté.

On lui proposait de prendre les rênes de l’institution, basée dans le Vieux-Montréal. Il a pris le temps de peser le pour et le contre, pour finalement accepter l’offre. «Le défi est intéressant. C’est un plus gros musée, en terme de personnel et de visiteurs. Je pense que j’étais rendu là professionnellement», indique M. Royal, qui quittera ses fonctions à Nicolet le 5 octobre.

L’équipe du Musée Marguerite-Bourgeoys, qui gère aussi la Chapelle Notre-Dame-du-Bon-Secours, compte 17 membres. Elle accueille annuellement 150 000 visiteurs. Une réalité bien différente de celle du Musée des religions du monde, qui compte six employés et attire environ 10 000 personnes par année.

«Ce n’est pas la même chose. Ici, le défi est d’attirer les gens à Nicolet. Là-bas, c’est de les faire entrer dans le musée pour visiter; car du monde, il y en a dans le Vieux-Montréal!»

Le mandat qui lui a été confié va d’ailleurs dans ce sens: en faire l’un des dix attraits les plus visités de Montréal. Le directeur est bien conscient que ça ne se fera pas du jour au lendemain, mais il est prêt à investir l’énergie et le temps nécessaires pour y parvenir. Une recette qui fonctionne bien, comme en témoignent ses 13 années passées à la tête du Musée des religions du monde de Nicolet…

Durant cette période, il a réussi à presque tripler le nombre de visiteurs, en plus d’avoir doté le musée d’une belle crédibilité professionnelle, le positionnant comme une institution capable de faire de la muséologie différente.

«On a travaillé fort pour montrer aux gens qu’on existait et pour briser les préjugés liés au mandat du Musée, souvent perçu comme un musée de curé ou de vieilles soutanes. On n’a pas hésité à sortir des sentiers battus pour prouver ce qu’on valait», souligne Jean-François Royal, admettant par ailleurs qu’il s’agit d’un combat de tous les jours, parfois essoufflant.

«Mine de rien, c’est difficile de se réinventer continuellement et de trouver des idées extraordinaires. Je pense que j’avais fait un peu le tour.»

Le poste de M. Royal est affiché jusqu’au 19 octobre. La personne qui lui succédera devrait entrer en poste d’ici la fin du mois de novembre.

Une foule de réalisations originales

À l’aube de son départ, Jean-François Royal dresse un fier survol des réalisations des dernières années au Musée des religions du monde.

Celui qui en a été le directeur durant 13 ans indique que le moment charnière de son mandat a été la présentation de l’exposition «À la vie à la mort», en 2010. «C’est le projet qui nous a mis sur la carte. On est allé chercher un standing international qui nous a permis de prouver qu’on était un musée sérieux, capable de présenter des expositions de calibre. C’était un coup de poker pour nous: ça passait ou ça cassait», se remémore-t-il.

À ce moment, il était en poste depuis cinq ans. «On avait fait des expositions incroyables avant elle, mais elles étaient passées sous silence. Je me rappelle, entre autres, de celle sur le mandala indien [Vastu-Purusha], avec Richard Purdy, qui illustrait la philosophie indoue selon laquelle chaque individu, par ses gestes et son action personnelle, modifie le cosmos.  C’était en marchant dans l’eau que les gens pouvaient se figurer le tout.»

Même si le Musée avait osé, les gens, eux, n’osaient pas entrer, regrette M. Royal. C’est en faisant venir entre ses murs le fruit du travail du photographe allemand Walter Schels et de la journaliste Beate Lakotta que les choses ont changé. La vie et la mort, ça parle à tout le monde. Et cette exposition, rappelons-le, présentait les visages de gens avant et après leur décès, de même que leur histoire respective.

«Cette présentation a montré aux gens qu’on existait, et leur a prouvé qu’on était capable de les faire réfléchir; qu’il pouvait y avoir un débat de société entre les murs d’un musée. On en a un peu fait notre marque de commerce pour la suite.»

Des bons coups

Et quelle suite! Le Musée a frappé fort avec «Tabarnak, l’expo qui jure». Le directeur savait qu’un titre aussi provocateur serait vendeur, tout comme la thématique en soi: «Ça nous a permis de parler librement et ouvertement des jurons. Ç’a attiré l’attention des médias aussi», rappelle M. Royal, sourire en coin.

Il y a eu aussi l’exposition «Colle, Papier, Ciseaux», qui a fait redécouvrir les œuvres de Claude Lafortune, ce grand maître du papier (qui est d’ailleurs de retour au Musée cette année avec «L’Arche de Noé»), tout comme «Et Voilà!», portant sur le voile musulman, hyper controversée.

On ne pourrait également passer sous silence «Tu ne tueras point», coïncidant avec le centenaire de la Grande Guerre et primée à l’échelle nationale, qui abordait le thème de la guerre… en parlant de la paix. Une exposition qui a touché bien des gens.

«C’est difficile pour moi de dire quelle exposition a été la meilleure, prétend M. Royal. C’est un tout, à mes yeux. Ça s’inscrit dans cette volonté constante de faire les choses différemment.»

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