Shanny Marcotte, trois fois « mam’ange »

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Par Marie-Ève Veillette
Shanny Marcotte, trois fois « mam’ange »
Shanny Marcotte. (Photo : (Photo Marie-Eve Veillette))

BÉCANCOUR. En trois ans, Shanny Marcotte et son conjoint ont dû faire le deuil de trois enfants qui ne sont jamais arrivés à terme. Dans le jargon du deuil périnatal, ils sont respectivement une « mam’ange » et un « pap’ange ».

Le couple de Sainte-Gertrude a perdu son premier bébé après neuf semaines de grossesse. Dans les mois suivants, soit le 9 avril 2020, c’était au tour du petit cœur de Riley de cesser de battre, après quatre mois et demi passés dans le ventre de sa mère. Puis, le 22 mars 2021, 16 semaines après sa conception, Victor est lui aussi décédé.

« Ça se vit durement. Chaque fois, notre monde s’écroule un peu », exprime Mme Marcotte.

Le deuil périnatal, c’est délicat. « Tabou », va même jusqu’à dire la jeune femme de 36 ans. « Les gens ne savent pas comment réagir quand ça arrive. Ils veulent te consoler mais ne savent pas comment. Ils ne trouvent pas les mots et finissent par être un peu maladroits en disant des phrases comme « Tu vas pouvoir en avoir un autre ». On sait que ce n’est pas malintentionné, mais c’est difficile [à entendre]. »

Difficile, aussi, de trouver le soutien approprié, juge Mme Marcotte. Surtout en période de pandémie, comme elle l’a vécu. « À la perte de Riley, je n’ai pas vraiment été capable d’aller chercher de l’aide. Tout était fermé. Mon deuil, je l’ai fait beaucoup à la maison. Pour Victor, j’étais tellement sûre que ça n’arriverait pas encore que j’ai vraiment frappé un mur. J’ai eu l’impression que si je n’allais pas chercher de l’aide rapidement, j’allais m’effondrer. »

Elle s’est alors mise à la recherche d’organismes et d’intervenants pouvant lui offrir cette aide. Elle a trouvé le Papillon bleu à Trois-Rivières et les Perséides à Québec. « J’ai assisté à des séances parentales et c’est là que j’ai pu commencer à cheminer dans mes deuils. »

Une travailleuse sociale spécialisée en la matière l’épaule également. Tout ce soutien lui a été tellement salutaire qu’elle a décidé de se dévouer à son tour à la cause pour aider les « mam’anges » et les « pap’anges. « Je veux encadrer les parents à qui ça vient d’arriver pour qu’ils sachent où aller [chercher de l’aide]. »

Mes étoiles de mère par S.M.

C’est dans cette optique qu’elle a créé, en juillet dernier, « Mes étoiles de mère par S.M. », un organisme à but non lucratif (OBNL) en voie d’être accrédité par Québec. « Mon but est d’amasser des sous que je pourrai ensuite redistribuer à grande échelle pour aider à faire connaître tous les organismes et les ressources en lien avec le deuil périnatal. »

Une page Facebook du même nom fait partie de ce grand projet, tout comme la parution prochaine d’un livre sur le deuil périnatal (un outil d’aide, plus précisément) et la création de paniers douceurs qui seront remis gratuitement aux familles nouvellement endeuillées de la province.

Pour le moment, c’est la vente de bracelets commémoratifs, de porte-clés, de cartes de souhaits et de boules de Noël personnalisables qui permet de financer les projets de l’OBNL de Shanny Marcotte.

« Quand il nous arrive quelque chose comme ça, on aime pouvoir se rattacher à quelque chose. J’ai donc commencé à fabriquer des bracelets uniques que je remets gratuitement aux mamans, en hommage à leur enfant décédé. Recevoir un petit cadeau significatif, ça n’enlève pas un deuil, mais ça met un baume sur le cœur. »

Depuis juillet, elle en a conçu 70. Quelques-uns ont voyagé en France, en Belgique et à Madagascar. Par son investissement, elle a fait naître un mouvement de solidarité et solidifié les bases de son OBNL. « Des membres de certaines familles se sont réunis pour commander des bracelets bien précis. Ça m’a fait accumuler des dons. »

La Fondation « J’allume une étoile » est également entrée en communication avec Shanny Marcotte pour la création d’un bracelet rose et bleu, à son effigie, dont elle fera la promotion lors d’une marche à Québec, le 17 octobre. La veille, Shanny Marcotte sera au Sanctuaire Notre-Dame-du-Cap dans le cadre de la Fête des anges pour distribuer des coffrets cadeaux remplis de gâteries aux familles présentes.

« Ça va vite », reconnaît celle qui doit maintenant chercher des collaborateurs pour l’aider à fabriquer ses bracelets, répondre aux messages Facebook et gérer les publications sur la page.

La suite

Infirmière de profession, Shanny Marcotte retournera au travail à la fin du mois d’octobre. Une étape stressante, mais qui ne l’empêchera pas de poursuivre son œuvre. « Ce sera un peu plus au ralenti mais ça restera professionnel. »

Aussi, elle et son conjoint aspirent encore à leur bébé arc-en-ciel. « Je demeure optimiste même si le doute sera présent tant que je ne l’aurai pas dans mes bras. »

En attendant, elle se concentre sur le positif que lui apporte son projet. « Je me suis entourée de belles choses. Le deuil de mes enfants, ce n’est pas juste du mauvais. J’ai fait de belles rencontres. J’ai mis sur pied ce projet qui n’existerait pas si ça ne m’était pas arriver. Ça donne un sens à cette épreuve. »

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