Santé mentale: les organismes ont dû jouer les héros

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Par Jonathan Cossette
Santé mentale: les organismes ont dû jouer les héros
(Photo Archives - LesAffaires.com)

Dans le cadre de la Semaine de la santé mentale, le Regroupement des organismes de base en santé mentale de la région de la Mauricie/Centre-du-Québec a organisé une rencontre de presse de type bilan afin de relater, à tour de rôle, la réalité à laquelle ils font face depuis l’arrivée de la COVID-19.

Tous ont été unanimes pour dire que la pandémie, et la crainte qui s’est installée, ont contribué à amplifier l’anxiété, notamment, vécu chez les personnes vivant avec une problématique de santé mentale, mais également chez les proches.

«On l’a vu chez les parents où le télétravail est venu chambouler leur vie, en plus du fait de devoir garder les enfants à la maison», a d’abord témoigné Louise Garceau, directrice chez Parents Partenaires. «Plusieurs parents n’étaient pas préparés à devoir concilier les deux et à faire de la double gestion. Les enfants aux prises avec des troubles anxieux et un toc (trouble obsessionnel compulsif) les ont vus amplifiés avec la pandémie alors il y avait beaucoup de plus de gestion de crises et de désorganisation dans les familles. Le besoin de soutien était beaucoup plus important et beaucoup plus intense. Nos journées de répit se remplissaient vite et je vous dirais qu’on manque d’éducateur pour répondre au besoin.»

«Que l’on soit mineur ou adulte, les troubles anxieux ont augmenté», ajoute pour sa part Alyson Dargis, intervenante à La Lanterne, qui dessert les régions de Trois-Rivières, Saint-Étienne-des-Grès, ainsi que la MRC des Chenaux. «Lorsqu’une personne ne va pas bien, ce sont tous les membres de son entourage qui ne vont pas bien. On a aussi une pensée pour les enfants qui habitent avec un membre aux prises avec une problématique de santé mentale. Ils ont assurément assisté à des scènes de crise et parfois des actes de violence.»

D’autres organismes ont dû faire face à différentes problématiques. C’est le cas pour La Passerelle, située à Bécancour, qui doit composer avec – majoritairement – une clientèle âgée de 65 ans et plus.

«On a dû faire preuve de créativité très rapidement pour augmenter le taux de participation parce que notre clientèle n’est pas totalement à l’aise avec l’internet, les réunions Zoom et les réunions Teams», a commenté Martine Gauvin, directrice générale à La Passerelle. «On en a pour qui la détérioration de la santé mentale et la santé globale en a pris un bon coup. En contrepartie, on en a d’autres pour qui c’était une période de libération puisque le proche habite en résidence et que c’était impossible pour eux de se visiter. Ils ont donc pu bénéficier d’une période de répit.»

«Il y en a aussi qui se sont installées dans le réconfort de l’isolement. Pour certains, c’était une situation idéale», souligne Cynthia Leblanc, de l’organisme La Traverse.

«Maintenant, on sent un peu d’encouragement avec l’arrivée du vaccin, mais aussi avec l’été qui arrive. Les gens ont besoin de sortir et de voir du monde. La plupart sont rassurés que malgré qu’on ait eu une première dose de vaccination, nous ayons encore de bonnes mesures sanitaires en place. Notre clientèle est âgée et vulnérable, mais encouragée à sortir», ajoute Mme Gauvin.

Du côté du Centre de prévention du suicide l’Accalmie, force est d’admettre que la pandémie a eu un impact sur la population, le nombre de demandes ayant augmenté de 20% par rapport à l’année pré-Covid-19.

«Chez nous, on aide des enfants, des gens qui ont une déficience intellectuelle, mais aussi des personnes âgées. On aide des travailleurs et des non-travailleurs également. Au début de la pandémie, on se demandait tous quels seraient les impacts chez ces personnes. Plusieurs vivaient déjà avec un stress auquel on est venu ajouter un nouveau stress. Par chance, on a su s’adapter et transformer 80% de nos services dans le but de maintenir nos activités», a confié Patrice Larin, directeur général.

«On l’a constaté plus tard! Ce qui est le plus frappant, c’est l’augmentation de 20% du nombre de demandes (d’aide) chez nous, ainsi que la durée des interventions qui elle aussi a augmenté de 20%.»

Bref, les organismes sont conscients des enjeux auxquels ils ont dû faire face et des enjeux qui les attendent lorsque la pandémie sera derrière nous. Il faudra calculer un bon nombre de mois avant de retrouver un certain équilibre.

 

 

 

 

 

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