Parce que je n’ai pas honte d’eux

LETTRE OUVERTE
Parce que je n’ai pas honte d’eux

LETTRE OUVERTE. Dans le cadre de la 31e Semaine nationale de prévention du suicide qui se déroule du 31 janvier au 6 février 2021, je lisais que cette année, le thème était:  parler du suicide sauve des vies.

Je prends donc cela comme une invitation personnelle à le faire.

D’abord, une réalité. Comme toutes les catégories de décès, le suicide sera toujours présent dans nos vies. Par contre, je suis on ne peut plus convaincu qu’on peut faire baisser le nombre de morts rattaché à cette cause, comme on le fait pour la vitesse, le tabac, l’obésité, etc.

Je ne suis pas différente de vous tous et toutes, j’ai perdu des personnes qui me sont chères; tantôt par la maladie, tantôt par un accident, mais aussi par suicide.

Je ne sais pas pour vous, mais on devient toujours un peu mal et angoissé de parler de ces gens aimés qui nous ont quittés par suicide et on ne devrait tellement pas. Célébrons-les et parlons d’eux le plus souvent possible. Il faut par que leurs prénoms soient des synonymes de tabou.

Et c’est pourquoi j’ai envie de parler de toi, Stéfanie. Près de 20 ans après ton départ, à 13 ans, j’ai envie de rappeler aux gens comment tu m’as fait rire, combien j’étais heureux avec toi, comment j’ai ri et que pour moi, tu n’es pas la fille qui s’est suicidée.

Tu étais une fille fantastique avec qui je m’amuserais encore beaucoup. Parce que l’humour est mon premier rempart derrière lequel je me réfugie quand je suis gêné et que c’est mon arme pour faire passer des émotions plus difficiles, on trouverait le moyen de rire aux larmes; toi te mettant les mains devant le visage parce que tu trouvais que tu riais mal.

Les gens qui se suicident ne sont pas que le geste qu’ils posent. Parlons d’eux et n’ayons pas honte. Soyons plutôt gênés de ne pas améliorer nettement nos bilans annuels.

Chaque jour, près de 3 Québécois s’enlèvent la vie[i]

Je ne suis pas sociologue et je n’ai pas de compétences sauf celle que d’être un humain qui aime son monde.

Chaque fois que je constate qu’il y a eu un suicide, je me dis que c’est encore trop, qu’il y a un « comment ça va » sincère qu’on a pas fait, un regard qu’on a pas su lire…

Il ne faut pas se rendre coupable, mais je pense qu’on peut faire mieux, on a tous les outils comme société. Lorsque nous sommes convaincus que d’aider son prochain est dans notre propre intérêt, nous avons quelque chose comme une communauté.

Malheureusement, de notre époque, on dit que ça va vite, que le besoin de performer est bien présent et que le jeu des comparaisons n’a jamais bien loin.

On dit souvent qu’il faut être heureux, qu’on doit chercher le bonheur et quand je vois ça, je repense à Pierre Foglia qui avait écrit :

« le bonheur, c’est comme un chat qui vient d’asseoir sur vos genoux, faites comme s’il n’était pas là, tout d’un coup qu’il décrisse dès que vous le caressez, faites dont semblant de rien. »

Arrêtons de voir le bonheur comme une quête à trouver, sinon après il restera quoi?

Faites donc de votre vie un long fleuve où il est agréable de naviguer, où même avec les tempêtes, vous continuez d’avancer en étant bien, juste bien.

Votre fleuve et votre vie.

Il y aura toujours des rivières qui viennent se jeter dans votre chemin en vous réservant de belles surprises.

 

Voilà, j’ai pris l’invitation. Je n’aurais jamais honte de vous.

En terminant, c’est un euphémisme de dire que la période actuelle, avec la pandémie est difficile…la double-vigilance est de mise et peut-être est-ce utopique, mais je dépose ça ici :

« Il y a trois choses importantes dans la vie.

La première est d’être gentil.

La deuxième est d’être gentil.

Et la troisième est d’être gentil. »

– Henry James

 

Jérôme Gagnon,

Nicolet

 

[i] Source : INSPQ – Mise à jour 2019

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