Parc-école Harfang-des-Neiges: les limites de «l’achat local»

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Par Stéphanie Paradis
Parc-école Harfang-des-Neiges: les limites de «l’achat local»
Voici le croquis qui avait été soumis par Go-Élan pour le parc-école de l'école Harfang-des-Neiges.

BÉCANCOUR. Alors que le gouvernement du Québec encourage l’achat local, encore plus vivement en ce temps de pandémie où la survie de certaines entreprises est compromise, Carolyne Gagné, présidente-directrice générale de Go-Élan située à Gentilly, lance un cri du cœur.

La Ville de Bécancour a lancé un appel d’offre pour la revitalisation du parc-école Harfang-des-Neiges, situé à Gentilly. Le contrat a été accordé à Simexco, une entreprise de Sainte-Julie, ce qui a suscité l’incompréhension et la déception de Carolyne Gagné, sentiments qu’elle a partagés par lettre notamment au maire de la Ville de Bécancour, Jean-Guy Dubois.

Mme Gagné déplore entre autres la loi du plus bas soumissionnaire conforme, alors que le choix du contractant devrait également se faire par des critères «qualitatifs». À son avis, des points devraient être accordés pour l’achat local ou pour la provenance du produit.

«Pour un projet à 150 000$, j’aurais pu proposer quelque chose à 75 000$, mais je voulais leur offrir plus. Je voulais en mettre plein la vue et je rentrais dans le budget aisément», explique la PDG de Go-Élan, entreprise également situé à Gentilly, dans le territoire de la Ville de Bécancour.

«On en a mis pour le maximum et on leur a fait un très bon prix. Ce qu’on leur avait proposé, c’était complètement « wow »», souligne Mme Gagné.

«Cela fait plusieurs semaines que M. Legault dit d’acheter local. Ce n’est pas « encourager », c’est investir dans les entreprises d’ici. Et on n’est pas juste une entreprise d’ici, on est manufacturier, avec tout ce que ça comporte», ajoute-t-elle.

«En cette période de COVID-19, ce contrat aurait pu faire en sorte de garder plusieurs employés en poste cet hiver, au lieu de les envoyer au chômage et ainsi, contribuer à faire tourner l’économie locale. […] Nos employés, femmes et hommes, proviennent majoritairement de la MRC de Bécancour et y habitent avec leur famille», pouvait-on lire dans la lettre de Mme Gagné.

Un processus légal

Jean-Guy Dubois, maire de la Ville de Bécancour, rappelle que pour les projets de plus de 100 000$, il est obligatoire d’aller en appel de soumission publique. Légalement, c’est le plus bas soumissionnaire conforme qui se verra octroyer le contrat.

«Vous imaginez-vous un seul instant qu’on ne souhaite pas de tout notre cœur d’élu que ce soit une entreprise locale, avec notre monde, qui reçoive un contrat comme celui-là? C’est notre but, c’est ce qu’on souhaiterait le plus. Sauf qu’on doit opérer dans un cadre légal. Mais tout ce qu’on est capable de faire pour notre monde, on le fait», assure M. Dubois.

Crainte du côté de Deschaillons

Lors de la séance publique du Conseil des maires de la MRC de Bécancour du 14 octobre dernier, Christian Baril, maire de la Municipalité de Deschaillons-sur-Saint-Laurent, a partagé ses craintes qu’une situation semblable se produise chez lui, également pour un parc-école.

En réponse à son commentaire, le directeur du CLD, Daniel Béliveau, a soulevé le point que «le gouvernement veut amener certains assouplissements par rapport à l’achat local. Il a déposé un projet de loi qui va nous permettre possiblement d’être moins restrictifs dans les appels d’offres publics».

Il a par ailleurs rappelé que les municipalités sont soumises à certaines règlementations qui les encadrent de façon très serrée à la suite de certains rapports révélés dans le passé. «Ça devient complexe, même illégal dans certains contextes de favoriser l’achat local», a-t-il rappelé. (MEV)

 

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