Un donateur anonyme offre une église à une collectivité de Terre-Neuve
SAINT-JEAN — Les résidents d’une communauté rurale de Terre-Neuve, qui avaient autrefois verrouillé les portes de leur église pour empêcher sa vente, sont en liesse ce mois-ci après qu’un donateur anonyme leur a offert l’édifice.
Cynthia Power, présidente de la société historique de Portugal Cove South, était très émue en décrivant le soulagement et la gratitude qu’elle a ressentis lorsqu’on lui a remis les clés de l’église du Saint-Rosaire le mois dernier.
«Littéralement, nos prières ont été exaucées, a-t-elle déclaré lors d’une récente entrevue. J’ai beaucoup prié pour que cette affaire se termine bien depuis le début.»
L’église figurait parmi les dizaines de propriétés mises en vente par l’archidiocèse catholique romain de Saint-Jean, à Terre-Neuve-et-Labrador, dans le cadre d’une procédure de faillite visant à indemniser les victimes d’abus sexuels commis par des membres du clergé. Les membres de la société historique avaient changé les serrures de l’édifice l’an dernier, affirmant en être les propriétaires légitimes.
En mai, un juge de la Cour suprême provinciale a statué contre eux et leur a ordonné de céder l’édifice à l’archidiocèse, désigné dans les documents judiciaires comme la Corporation épiscopale catholique romaine de Saint-Jean.
Ce fut un coup dur pour la communauté d’environ 85 personnes située sur la côte sud de la péninsule d’Avalon, à Terre-Neuve.
Portugal Cove South est un village de pêcheurs qui a été dévasté par le moratoire imposé en 1992 sur la pêche à la morue au large de la côte est de Terre-Neuve-et-Labrador, a expliqué Mme Power. L’église et son curé étaient devenus une source de force et d’espoir pour la communauté.
Âgée de 59 ans, Mme Power a confié que, durant son enfance, l’église était bien plus qu’un simple lieu de culte.
«Elle représentait notre identité», a-t-elle expliqué.
La corporation historique et la ville sont désormais propriétaires de l’église du Saint-Rosaire, grâce à un don d’une personne anonyme ayant des liens familiaux avec la communauté. Mme Power a avoué avoir été sceptique lorsque le représentant du donateur l’a contactée pour la première fois.
«Quelques minutes seulement après le début de l’appel, j’ai su que c’était sincère», a-t-elle raconté. L’église restera un lieu de culte et sera ouverte pour les occasions spéciales telles que les funérailles, les mariages et la messe de Noël.
La société historique tiendra une cérémonie spéciale de remerciement le 23 novembre pour célébrer sa nouvelle acquisition de l’église.
Une décision de la Cour suprême du Canada en 2021 a confirmé la responsabilité de l’archidiocèse pour les abus physiques et sexuels commis à l’ancien orphelinat Mount Cashel de Saint-Jean entre les années 1940 et 1960. D’autres victimes d’abus commis par des membres du clergé se sont manifestées et l’archidiocèse a finalement été condamné à verser plus de 121 millions $ à plus de 300 survivants, a déclaré l’avocat Geoff Budden.
L’archidiocèse a versé jusqu’à présent environ 36,2 millions $, a-t-il précisé lors d’une récente entrevue.
Les résidents de Portugal Cove South croient fermement que les victimes d’abus commis par des membres du clergé méritent la totalité de l’indemnisation à laquelle elles ont droit, a affirmé Mme Power.
«Notre position n’avait absolument rien à voir avec ces victimes», a-t-elle déclaré. Elle s’est demandé pourquoi le Vatican n’était pas intervenu pour verser des indemnités.
M. Budden faisait partie de l’équipe qui s’est battue pour les survivants de l’orphelinat Mount Cashel. Il a affirmé qu’intenter une action en justice contre le Vatican représentait un «défi juridique redoutable» que personne n’avait encore relevé.
Il ignorait pourquoi le Vatican ne s’était pas proposé pour contribuer aux règlements.
«Eux seuls pourraient vraiment répondre à cette question», a dit M. Budden.
