Les réfugiés ukrainiens rentreront chez eux après la guerre, estime le ministère
OTTAWA — Le ministère canadien de l’Immigration affirme qu’il s’attend toujours à ce que les Ukrainiens qui ont fui la guerre avec la Russie retournent dans leur pays d’origine une fois le conflit terminé.
Et ce, malgré les commentaires de la ministre de l’Immigration, Lena Diab, qui a récemment reconnu que de nombreux Ukrainiens venus au Canada avec un visa temporaire sont là pour de bon.
«Le Canada et les personnes qui ont pris cette décision pensaient que ce serait temporaire, c’est pourquoi on les a appelés programmes temporaires. Nous savons maintenant que ce n’est pas temporaire», déclarait Mme Diab dans une entrevue accordée à La Presse Canadienne le 26 janvier.
«Ils sont ici depuis X années et, pour la plupart, ils travaillent, ils se construisent une vie, ils ont des enfants, etc. Je comprends donc cela.»
Le visa AVUCU (Autorisation de voyage d’urgence Canada-Ukraine) offrait des permis de travail et d’études de trois ans aux personnes fuyant l’invasion de l’Ukraine par la Russie.
Les titulaires de ce visa ont jusqu’au 31 mars pour demander une prolongation, alors que le quatrième anniversaire de l’invasion russe approche à grands pas. Les visas AVUCU resteront valables pendant le traitement des demandes.
Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a actuellement inscrit l’Ukraine sur sa liste des pays vers lesquels il n’expulse pas de personnes en raison de la guerre en cours.
Près de 300 000 personnes sont arrivées au Canada dans le cadre d’un programme de visas d’urgence lancé après que la Russie a envahi l’Ukraine il y a près de 4 ans.
Si Mme Diab a déclaré savoir que certains Ukrainiens titulaires d’un visa temporaire sont là pour de bon, sa directrice des communications, Laura Blondeau, a soutenu qu’il est prévu que les titulaires d’un visa AVUCU rentrent chez eux lorsque la situation le permettra.
«Ceux qui sont venus au Canada dans le cadre de l’AVUCU ont accès aux voies existantes pour obtenir la résidence permanente, et beaucoup l’ont déjà fait», a fait valoir Mme Blondeau.
«Dans tous les secteurs d’activité, Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada a reçu des milliers de demandes de résidence permanente de la part d’Ukrainiens.»
Les données d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada montrent qu’environ 2500 détenteurs du visa d’urgence ont obtenu la résidence permanente.
Plus de 25 000 titulaires de visas AVUCU ont demandé la résidence permanente au moyen d’un programme temporaire destiné aux personnes ayant un citoyen canadien ou un résident permanent dans leur famille. Ce programme a pris fin en octobre 2024.
Le Congrès ukrainien canadien fait partie des groupes qui militent pour un programme de résidence permanente pour les détenteurs de ces visas, car beaucoup d’entre eux n’ont pas suffisamment de points pour être admissibles au système d’entrée express du Canada.
«Statut temporaire permanent»
Ihor Michalchyshyn, directeur du groupe, a indiqué que son organisation essayait d’amener le gouvernement à se concentrer sur l’aspect humain dans la question de la résidence permanente.
«Ils construisent leur vie au Canada, mais ils sont en quelque sorte coincés dans cette situation temporaire, ce statut temporaire permanent. Nous essayons donc de proposer au gouvernement et au ministre une voie permettant à ces personnes d’obtenir la résidence permanente de manière plus rapide», a affirmé lundi M. Michalchyshyn.
«Il ne s’agit pas de la citoyenneté, mais de la résidence permanente. Cela leur donne plus d’options et un meilleur statut au Canada.»
Par exemple, les résidents permanents peuvent payer les frais de scolarité nationaux dans les établissements d’enseignement supérieur, au lieu des frais quatre à cinq fois plus élevés pour les étudiants internationaux.
Le Canada réduit le nombre de résidents permanents qu’il accueille par rapport aux dernières années, et la liste des demandes est longue.
Le délai d’attente pour les personnes qui demandent la résidence permanente pour des considérations d’ordre humanitaire est de plus de dix ans.
«Ridicule n’est même pas le mot juste» pour décrire ce délai, a déclaré M. Michalchyshyn, espérant qu’un changement technologique ou politique permettra de réduire le temps d’attente.
«Je ne pense pas que vivre avec un statut temporaire pendant dix ans ou plus soit une façon réaliste pour les gens de construire leur vie ici», a-t-il fait valoir.
Mme Diab a précédemment affirmé qu’elle avait incité ses homologues provinciaux à envisager d’accorder aux Ukrainiens des places dans le programme des candidats provinciaux pour obtenir la résidence permanente. Une demande de résidence permanente soumise dans le cadre de ce programme en janvier n’a qu’un délai d’attente de six mois.
Roksolana Kryshtanovych, porte-parole de la fondation United Ukrainians for Canada, a précédemment indiqué à La Presse Canadienne que de nombreux titulaires de visas AVUCU n’occupent pas d’emplois répondant aux exigences du programme des candidats provinciaux ou n’ont pas suffisamment de points pour être admissibles à l’entrée express.
Elle a déclaré lundi que les Ukrainiens sont reconnaissants pour le programme AVUCU, mais qu’une voie vers la résidence permanente est l’évolution naturelle du programme temporaire après quatre ans de guerre.
Mme Blondeau a affirmé que le ministère n’était pas en mesure de spéculer sur d’éventuels changements de politique.
Mme Diab a précédemment expliqué que la création d’une nouvelle voie d’accès à la résidence permanente était un défi, mais qu’elle est consciente de l’impact humain de l’incertitude à laquelle sont confrontés les titulaires de visas AVUCU.
«Nous continuerons à examiner cette question, car nous savons que nous devons le faire et que c’est la bonne chose à faire, a déclaré Mme Diab le 26 janvier. Pas seulement pour les Ukrainiens, mais aussi pour d’autres personnes qui pourraient se trouver dans la même situation ou dans une situation similaire.»
