L’APN met en garde les Autochtones voulant se rendre aux États-Unis

OTTAWA — L’Assemblée des Premières Nations exhorte les Autochtones qui veulent traverser la frontière américaine à la prudence en raison des opérations de contrôle de l’immigration et de la détention de certaines personnes autochtones.

La cheffe nationale de l’APN, Cindy Woodhouse Nepinak, a confirmé qu’au moins un membre des Premières Nations avait récemment eu une mauvaise expérience avec l’agence américaine de contrôle de l’immigration et des douanes, mieux connue sous le nom d’ICE, et que cette personne était depuis revenue au Canada.

Mme Woodhouse Nepinak a déclaré à La Presse Canadienne que l’APN ne divulguerait pas le nom de cette personne. Cette affaire a incité le groupe autochtone à publier une déclaration avertissant les membres des Premières Nations de s’assurer qu’ils disposent des documents et pièces d’identité appropriés lorsqu’ils franchissent la frontière.

«Ces actions constituent une violation de nos droits inhérents et une violation du traité Jay, qui garantit le libre passage des membres des Premières Nations à la frontière», a déclaré Mme Woodhouse Nepinak.

«Nous appelons l’administration (du président américain Donald) Trump à respecter pleinement le droit des Premières Nations de traverser la frontière sans harcèlement ni entrave injustifiée».

«Les Premières Nations, en tant que peuples autochtones, vivaient ici sur ces terres de manière harmonieuse. Nous avons partagé ces terres, et ce n’est pas pour que des gens viennent ici nous dire comment nous devons les traverser», a-t-elle fait valoir.

Le chef régional de l’Ontario, Abram Benedict, a confirmé vendredi matin qu’il était également au courant de l’arrestation par l’ICE d’un membre des Premières Nations.

«Il a été renvoyé au Canada et l’ICE a saisi son certificat de statut d’Indien», a déclaré M. Benedict, qui est coprésident de la Jay Treaty Alliance, un organisme représentant les gouvernements tribaux et les communautés des Premières Nations des deux côtés de la frontière.

«Il a eu de la chance de ne pas avoir eu d’autres interactions négatives avec eux et de ne pas avoir été placé dans le système de déportation (…) La dernière chose que nous voulons, c’est qu’un de nos citoyens des Premières Nations se retrouve dans un centre de détention et doive passer par tout ce processus fastidieux qui peut être très intrusif et, franchement, inutile.»

Dans une déclaration écrite, un porte-parole d’Affaires mondiales Canada a dit que le ministère est «au courant de plusieurs cas de Canadiens actuellement détenus ou l’ayant été aux États-Unis pour des questions d’immigration et a reçu des demandes de renseignements et d’aide de la part de personnes concernées et de membres de leur famille».

La déclaration encourage les personnes se rendant aux États-Unis à consulter le site web d’Affaires mondiales Canada pour obtenir des renseignements spécifiques aux voyageurs autochtones.

Avertissements de plusieurs Premières Nations

La Première Nation Kashechewan, dans le nord de l’Ontario, qui a dû être évacuée plus tôt ce mois-ci à la suite de la défaillance des réseaux d’aqueduc et d’égouts, a publié un message sur les médias sociaux demandant aux résidants évacués vers Niagara Falls, en Ontario, de s’abstenir de franchir la frontière vers Buffalo, dans l’État de New York.

« Pour la sécurité des personnes évacuées vers Niagara Falls, la Première Nation Kashechewan a adopté une motion ordonnant à ses résidants de rester du côté canadien de la frontière pendant cette période, sur ordre du chef et du conseil », a mentionné la Première Nation.

« Cette décision est motivée par le contexte politique actuel et le renforcement des contrôles aux États-Unis », a-t-elle ajouté.

La Première Nation Mississauga a également mis en garde ses membres contre le franchissement de la frontière, évoquant la récente détention de personnes autochtones par les services de l’immigration et des douanes des États-Unis.

Plus tôt cette année, trois membres de la tribu Oglala Sioux ont été interpellés dans un campement de sans-abri par des agents de l’ICE au Minnesota.

Des représentants élus de la Nation Navajo avaient indiqué l’année dernière que des membres de leurs tribus en Arizona et au Nouveau-Mexique avaient signalé avoir été arrêtés et détenus par des agents de l’ICE.

En novembre, une membre de la communauté autochtone Salt River Pima-Maricopa en Arizona, arrêtée dans l’Iowa, devait être expulsée avant que l’erreur ne soit corrigée et qu’elle ne soit libérée.

Le même mois, Elaine Miles, membre des Tribus Confédérées de la réserve indienne d’Umatilla dans l’Oregon et actrice connue pour ses rôles dans « Bienvenue en Alaska » (« Northern Exposure ») et « The Last of Us », a indiqué avoir été interpellée par des agents de l’ICE dans l’État de Washington, qui lui ont affirmé que sa carte d’identité tribale semblait fausse.

« Le chef et le conseil de la Première Nation de Mississauga condamnent fermement ces actions. Les membres qui se rendent aux États-Unis sont priés de prendre des précautions supplémentaires et de s’assurer que leurs papiers d’identité sont à jour », a écrit la Première Nation de Mississauga, en Ontario, sur les réseaux sociaux.

L’ICE n’a pas immédiatement répondu à une demande de réaction.

Plusieurs autres Premières Nations ont publié des avertissements similaires, notamment les Six Nations de la rivière Grand, près de Hamilton, en Ontario, et la Première Nation de Garden River, près de Sault-Sainte-Marie.

Le territoire mohawk de Saint Regis, qui s’étend sur les frontières de l’Ontario, du Québec et de l’État de New York, a conseillé à ses membres de toujours avoir leurs papiers d’identité sur eux et d’appeler la police tribale en cas de contact avec l’ICE.

La question du traité de Jay

Le grand chef du Conseil mohawk de Kahnawake, Cody Diabo, qui est également coprésident de l’Alliance frontalière du traité de Jay et membre du Caucus iroquois, a souligné qu’il est important que les Autochtones soient bien informés et munis de papiers d’identité valides lorsqu’ils traversent la frontière.

Le traité de Jay, signé en 1794 entre les États-Unis et la Grande-Bretagne, visait à garantir la libre circulation des peuples autochtones à la frontière.

Le Canada ne reconnaît pas ce traité, contrairement aux États-Unis. Par conséquent, les membres des Premières Nations du Canada ayant au moins 50 % de sang autochtone peuvent vivre et travailler aux États-Unis avec leur carte de statut des Premières Nations et une lettre détaillant leur histoire familiale.

Les Canadiens non autochtones, quant à eux, doivent présenter leur passeport aux points de passage frontaliers et suivre une procédure d’immigration différente.

Selon M. Diabo, les craintes accrues suscitées par les actions agressives de l’ICE compromettent des relations de longue date, antérieures à la fondation des deux pays.

« Je suppose que nous sommes victimes de profilage racial parce que nous avons la peau et les cheveux plus foncés. Il est donc plus facile de nous repérer dans la foule et de dire : “Je pense que c’est un immigrant illégal” », a avancé M. Diabo, interrogé sur les actions de l’ICE contre les Autochtones.

« Le paysage géopolitique est en pleine mutation, c’est certain. Nous devons nous adapter, défendre nos droits et faire pression là où c’est nécessaire, mais en toute sécurité, sans nous mettre en danger », a-t-il ajouté.

L’Alliance du traité de Jay encourage les membres des Premières Nations qui traversent la frontière américaine à s’assurer d’avoir sur eux leur lettre de filiation familiale, leur carte de statut, leur acte de naissance complet et une pièce d’identité officielle avec photo.

Les membres des tribus américaines sont encouragés à se munir de leur carte d’identité tribale, d’une pièce d’identité ou d’un permis de conduire délivré par leur État, ou d’un passeport américain.

— Avec des informations de l’Associated Press