Janice Charette sera à la tête des négociations du Canada avec les États-Unis
OTTAWA — Le premier ministre Mark Carney a choisi Janice Charette, l’ancienne cheffe de la fonction publique, pour mener les négociations avec les États-Unis, en vue de la révision de l’accord de libre-échange nord-américain.
Mme Charette est une fonctionnaire de carrière qui a occupé deux fois le poste de greffière du Conseil privé et était haute-commissaire au Royaume-Uni de 2016 à 2021. Elle était également la conseillère principale de l’équipe de transition qui a accompagné M. Carney lors de son entrée en fonction.
Cette annonce intervient juste avant une révision majeure de l’accord de libre-échange nord-américain, connu sous le nom d’Accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM), qui doit commencer d’ici juillet.
Elle survient également au lendemain de la prise de fonction de Mark Wiseman, banquier d’affaires international et gestionnaire de régimes de retraite, en tant que nouvel ambassadeur du Canada à Washington.
La dernière ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman, a récemment démissionné afin qu’une nouvelle équipe puisse être constituée avec l’objectif d’assurer la révision de l’accord commercial. Mme Hillman était la dernière négociatrice commerciale en chef.
Un communiqué du bureau du premier ministre indique que Mme Charette travaillera en étroite collaboration avec M. Wiseman et agira à titre de conseillère principale auprès du premier ministre et de Dominic LeBlanc, ministre responsable du commerce entre le Canada et les États-Unis, dans le cadre de la révision de l’ACEUM.
«En tant que négociatrice commerciale en chef, elle fera valoir les intérêts canadiens et renforcera les relations commerciales et d’investissement au profit des travailleurs et des industries du Canada et des États-Unis», a déclaré M. Carney dans un communiqué envoyé aux médias.
Le président américain Donald Trump a imposé des droits de douane au Canada dans des secteurs clés au cours de l’année écoulée et devrait adopter une approche musclée lors de la prochaine révision de l’ACEUM. Son administration a laissé entendre qu’ils gardaient sur la table la possibilité de se retirer de l’accord.
Les conservateurs fédéraux n’ont pas tardé à critiquer l’annonce de lundi, arguant que le gouvernement aurait déjà dû parvenir à un accord avec M. Trump.
«Les travailleurs et les entreprises canadiens ont besoin de l’accord que Mark Carney avait promis, et que lui et Dominic LeBlanc n’ont pas réussi à obtenir depuis un an», a déclaré la cheffe adjointe du Parti conservateur, Melissa Lantsman, par courriel.
«Nous n’avons pas besoin d’une autre bureaucrate ou négociatrice. Nous avons besoin de résultats pour les milliers d’emplois perdus dans les secteurs de l’automobile, du bois d’œuvre et de la sidérurgie au profit des États-Unis.»
Lors du sommet du G7 l’été dernier, MM. Carney et Trump ont convenu de poursuivre les négociations commerciales et de conclure un accord avant le 21 juillet, une date qui a finalement été repoussée, puis complètement abandonnée.
Les progrès réalisés en vue de la suppression des droits de douane américains sur des secteurs clés du Canada ont été compromis à l’automne lorsque M. Trump s’est indigné d’une campagne publicitaire télévisée contre les droits de douane lancée par l’Ontario.
Les publicités présentaient aux téléspectateurs américains des extraits d’une allocution de l’ancien président Ronald Reagan mettant en garde contre les conséquences économiques néfastes des droits de douane.
M. Carney avait alors affirmé qu’avant le gel des négociations, Ottawa et Washington étaient sur le point de conclure un accord sur l’acier, l’aluminium et l’énergie.
Les discussions sectorielles sur les droits de douane devraient désormais être intégrées aux négociations officielles sur le renouvellement de l’accord de libre-échange continental.
Ottawa souhaite prolonger l’accord sur 16 ans et limiter la portée de la révision.
Nommée par Stephen Harper
Mme Charette avait pris sa retraite de la fonction publique à l’été 2023. Elle est devenue conseillère auprès du Conseil canadien des affaires, un groupe de pression, l’automne dernier.
Elle a été nommée greffière du Conseil privé en 2014 par l’ancien premier ministre Stephen Harper et a occupé ce poste de haut niveau au sein du gouvernement jusqu’en 2016. Mme Charette a repris ce poste de 2021 à 2023.
Si sa carrière dans les coulisses du gouvernement l’a placée au cœur de nombreux dossiers et décisions clés, elle est ensuite devenue une personnalité publique visée par les partisans du «convoi de la liberté».
En 2022, lorsqu’un convoi de camionneurs a envahi Ottawa pour manifester contre les restrictions sanitaires liées à la COVID-19, Mme Charette a approuvé une note adressée au premier ministre de l’époque, Justin Trudeau, lui recommandant d’invoquer la Loi sur les mesures d’urgence. La note décrivait la situation comme une urgence nationale.
À ce moment-là, le convoi occupait le centre-ville de la capitale, bloquait la circulation et suscitait une vague de plaintes concernant des incidents de harcèlement. Les manifestants avaient également bloqué des postes frontaliers entre le Canada et les États-Unis.
Le convoi avait reçu le soutien vocal de M. Trump, d’un certain nombre de républicains influents et de nombreux animateurs de Fox News. Les médias rapportaient alors que des dons affluaient des États-Unis en soutien aux manifestants.
