Des militants de la flottille exhortent Ottawa à faire pression sur Israël

OTTAWA — Des militants canadiens arrêtés par Israël le mois dernier alors qu’ils participaient à une flottille humanitaire tentant de se rendre dans la bande de Gaza jugent que le Canada n’en fait pas assez pour dénoncer le traitement infligé par les autorités israéliennes, qu’Ottawa a qualifié d’effroyable.

Alors qu’Israël a rejeté les accusations d’abus, Ehab Lotayef, un participant à la flottille, a soutenu mercredi que des agents israéliens l’avaient frappé à la poitrine et aux côtes, l’avaient maintenu dans des positions inconfortables pendant de longs moments et lui avaient entaillé la main lorsqu’il a tenté de venir en aide à un autre détenu.

«Pour être honnête, nous avons eu le sentiment d’avoir été abandonnés par le Canada avant tout, car le gouvernement canadien savait tout ce qui se passait», a déclaré M. Lotayef lors d’une conférence de presse sur la colline du Parlement.

«C’est au moment où nous étions torturés que nous avions besoin d’eux — et le monde entier savait ce qui se passait.»

Des flottilles ont tenté à plusieurs reprises de se rendre dans la bande de Gaza afin d’attirer l’attention sur les restrictions sévères imposées aux livraisons d’aide humanitaire destinées aux Palestiniens.

Israël a intercepté ces bateaux, souvent dans les eaux internationales.

M. Lotayef est l’un des 12 Canadiens faisant partie des 420 militants de la flottille détenus par les autorités israéliennes le mois dernier. Leur détention a fait le tour du monde lorsque le ministre israélien de la Sécurité publique, Itamar Ben-Gvir, a publié une vidéo dans laquelle il se moquait d’eux.

Les responsables israéliens ont insisté sur le fait que les actions de M. Ben-Gvir ne reflétaient pas la politique de l’État, bien qu’il fasse toujours partie intégrante de la coalition au pouvoir dans le pays.

Le premier ministre Mark Carney et la ministre des Affaires étrangères Anita Anand ont tous deux appelé Israël à ouvrir une enquête indépendante sur la manière dont les autorités israéliennes ont traité les activistes, qui ont déclaré avoir été battus, privés de produits de première nécessité et contraints de se tenir dans des positions douloureuses.

Le ministère israélien des Affaires étrangères n’a pas répondu à la question de savoir s’il y aurait une enquête indépendante, tandis que son ambassade à Ottawa a écrit dans une déclaration qu’elle n’avait «rien à dire à propos d’une quelconque enquête du genre».

L’armée et l’administration pénitentiaire israéliennes ont rejeté les allégations passées de mauvais traitements infligés aux participants de flottilles et ont insisté sur le fait que le pays respecte le droit international et qu’il enquêtera sur toute plainte. Israël a parfois décrit ces flottilles comme des manœuvres politiques ou des activités extrémistes en faveur du Hamas.

M. Lotayef a affirmé que bon nombre des personnes détenues le mois dernier avaient été privées de produits de première nécessité et contraintes de se tenir dans des positions douloureuses.

Il a ajouté que les autorités canadiennes ne lui avaient pas rendu visite, ni aux autres participants de la flottille, avant leur expulsion vers la Turquie. Ottawa a déclaré qu’Israël avait violé le droit international en refusant l’accès consulaire.

Les militants ont écrit à M. Carney et à Mme Anand il y a une semaine pour demander un entretien. Ils ont indiqué n’avoir reçu que des réponses génériques à leur lettre.

«Nous attendons toujours des rencontres constructives avec le gouvernement canadien pour discuter de cette question», a continué M. Lotayef.

«Israël ne se soucie plus des condamnations. Sanctionner un ou deux politiciens n’est pas la solution. Il faut une avancée concrète et forte concernant la manière dont le Canada traite avec Israël.»

Safa Chebbi, participante à la flottille, a raconté que des agents lui avaient arraché son hijab et l’avaient forcée à dormir les mains attachées dans le dos dans une pièce où la lumière restait allumée. Elle a ajouté que les activistes détenus étaient enfermés dans des locaux froids, vêtus d’une seule couche de vêtements, et que les agents avaient refusé de donner ses médicaments à un militant diabétique.

«Nous avons passé toute la journée à être battus, torturés et tout le reste, sans même manger», a-t-elle affirmé.

La députée néo-démocrate Heather McPherson a exhorté Ottawa à rencontrer les militants et adopter une ligne plus dure envers Israël.

«Le gouvernement canadien rédige une multitude de déclarations sans prendre les mesures nécessaires pour protéger les citoyens canadiens et faire respecter le droit international», a-t-elle déclaré.

«Le gouvernement a l’obligation de protéger les citoyens canadiens — et de leur offrir plus qu’un simple service consulaire, mais aussi un soutien par la suite — et il n’a même pas eu la courtoisie de rencontrer ces citoyens canadiens.»

Richard Kohler, ancien ambassadeur du Canada, a soutenu lors de la conférence de presse de mercredi qu’Ottawa devait revoir son accord commercial avec Israël et mettre fin au commerce d’armes. Il fait partie des quelque 200 anciens diplomates de haut rang qui ont signé le mois dernier une lettre appelant à des sanctions fermes contre Israël.

«Il est évident qu’en l’absence de conséquences réelles, le gouvernement israélien actuel continuera de bafouer le droit international, d’étendre les colonies en Cisjordanie et d’occuper le sud du Liban, rendant la paix impossible.»