MRC de Bécancour: un laboratoire au cœur d’une forêt

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Par Marie-Ève Veillette
MRC de Bécancour: un laboratoire au cœur d’une forêt
Frédérik Doyon, chercheur, professeur et responsable du projet, en discussion avec des membres de son équipe. (Photo : courtoisie)

SAINTE-FRANÇOISE. Une forêt publique gérée par la MRC de Bécancour servira de laboratoire pour les dix prochaines années. Les maires y ont autorisé la mise en place d’un dispositif de sylviculture d’adaptation aux changements climatiques par des chercheurs affiliés à l’Université du Québec en Outaouais (UQO).

Concrètement, ce dispositif permettra d’expérimenter des travaux d’aménagement visant à diversifier la structure et la composition du peuplement forestier en y intégrant des essences forestières mieux adaptées au climat futur.

«On aborde la sylviculture d’un autre œil. Plutôt que de diriger le peuplement forestier pour en tirer des bénéfices, on le dirige dans une optique de développement durable. On veut s’assurer que la forêt puisse continuer à nous donner des services», résume Frédérik Doyon, le chercheur à l’origine du projet.

Située à Sainte-Françoise, cette forêt de la MRC de Bécancour est le troisième endroit à accueillir ce projet dans la province. Il est déjà implanté dans Bellechasse et Drummond, où l’on a entamé certaines expérimentations l’été dernier.

Mario Lyonnais, préfet de la MRC de Bécancour et maire de Sainte-Françoise

Chez nous, les travaux d’aménagement viennent tout juste de commencer. Au cours des derniers jours, on a entrepris les premières coupes partielles qui prépareront le terrain aux expérimentations. Elles ont lieu sur huit sites répartis dans la forêt.

Chacun des sites a été subdivisé en quatre parcelles de 2500 mètres carrés environ. L’une d’elle servira de parcelle témoin (aucune coupe n’y sera effectuée), alors que les trois autres subiront des coupes à des degrés différents: 20%, 50% et 80%. C’est le prélèvement de 20% qui vient de commencer.

«Il se fait avec de la machinerie légère, c’est-à-dire à l’aide d’un petit tracteur et d’un bûcheron muni d’une scie à chaîne. Il fallait le faire avant les grosses neiges, pour éviter d’avoir à déblayer le chemin pour sortir le bois», mentionne M. Doyon.

Les autres coupes auront lieu au cours de l’hiver. Elles nécessiteront le déploiement d’une machinerie forestière spécialisée, appelée «multifonctionnelle». Il s’agit d’une machine dotée d’une tête d’abattage, qui coupe l’arbre, l’ébranche, le tronçonne et le met dans un porteur situé derrière elle.

Combinaisons d’arbres

L’été prochain, l’équipe de Frédérik Doyon procédera à la plantation d’essences d’arbres non indigènes pour voir comment elles se comporteront par rapport aux espèces déjà présentes dans la forêt. Elle testera diverses combinaisons d’arbres pour déterminer lesquelles s’avèrent les plus résistantes aux changements climatiques.

«Nous allons sélectionner des espèces qui existent un peu plus au sud du Québec et faire ce qu’on appelle de la migration assistée», indique le chercheur, qui est également professeur à l’Institut des Sciences de la Forêt tempérée (ISFORT), rattaché au campus de Gatineau de l’UQO.

L’idée générale est de modifier un peu le peuplement forestier pour augmenter l’abondance d’espèces plus résistantes aux changements climatiques anticipés. «Comme le climat va changer plus rapidement que la capacité des arbres à migrer, on vient les aider à le faire.»

Simulations

Par ailleurs, divers instruments de mesure seront installés dans des arbres et dans le sol. Beaucoup d’étudiants, de doctorants et de maîtrisards viendront sur place pour prendre diverses données, par exemples le flux de sève, la transpiration des arbres et le mouvement de l’eau dans le sol. Cela les aidera à comprendre comment chaque arbre réagit devant des facteurs de stress tels que la sécheresse ou le broutage des chevreuils.

«On va simuler ces facteurs de stress», mentionne M. Doyon. À titre d’exemple, des toiles ou jupettes transparentes pourraient être installées autour d’arbres pour empêcher l’eau de pénétrer le sol à ces endroits. Des gouttières pivotantes pourraient également être aménagées dans le sol pour dévier l’eau de pluie. En ce qui concerne le broutage, il sera simulé dans des exclos. «On utilisera un sécateur pour couper des petits arbres, comme si un chevreuil venait les grignoter.»

La forêt en 3D

En guise de préparation à ce vaste projet, l’équipe de Frédérik Doyon a inventorié les arbres présents sur les huit sites ciblés, qui représentent environ 1% de la forêt (12 hectares). Pour ce faire, on a utilisé une nouvelle technologie au laser.

«On a fait une représentation 3D de la forêt. Entre 400 et 600 arbres ont été modélisés: on a compilé leur forme, leur taille et leur position spatiale exacte. On peut donc se déplacer [virtuellement] dans la forêt. Ça nous permet d’avoir une idée précise de la position sociale de chaque arbre par rapport aux autres. On a aussi une caractérisation beaucoup plus fine des conditions de croissance de chaque arbre», fait savoir M. Doyon.

Les renseignements recueillis ont été validés sur le terrain et les essences d’arbres ont été répertoriées. Par la suite, les chercheurs ont posé leur diagnostic sylvicole et déterminé la marche à suivre pour assurer le bon déroulement du projet. En fonction des stratégies ciblées, des arbres ont été sélectionnés pour être récoltés ou préservés, et on a procédé à leur marquage selon le niveau de récolte.

Un ingénieur forestier s’est chargé de planifier la récolte de sorte qu’elle abîme le moins possible les arbres à préserver et les repousses. Une fois les arbres abattus, ils seront débardés et amenés au bord du chemin pour être vendus par la MRC.

À  noter que l’Agence forestière des Bois-Francs coordonne le projet avec une contribution de 30 000$. De son côté, Action-Climat investit 40 000$ pour permettre la réalisation des travaux forestiers.

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