Louis Plamondon: «O’Toole est redevable au mouvement pro-vie»

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Louis Plamondon: «O’Toole est redevable au mouvement pro-vie»
Louis Plamondon Portrait Officiel / Official Portrait Ottawa, ONTARIO, Canada le 12 November, 2019. © HOC-CDC Credit: Mélanie Provencher, House of Commons Photo Services

POLITIQUE. Le plus surprenant selon le député bloquiste est l’éclat de la victoire du nouveau chef du Parti conservateur qui a remporté le vote avec une différence de près de 5 000 points.

«Nous nous sommes couchés un peu tard à cause de ce vote», souligne Louis Plamondon, visiblement fasciné par le déroulement des opérations dans la nuit de dimanche à lundi.

La première réaction du doyen de la Chambre des Communes porte sur «le mot d’ordre» de la coalition pour la vie qui a primé sur les individualités du parti.

«Ce qu’on a vu était bien au-delà de l’identité québécoise, parce que Mackay, s’il avait été élu, ne devait rien à personne, mais ce n’est pas le cas de Erin O’Toole», analyse le député de Bécancour-Nicolet-Saurel avec une pointe d’admiration pour le succès des leaders qui ont conquis le Québec sans véritablement investir le terrain.

«Jamais cette coalition n’avait autant bien fonctionné… pourtant on aurait dit que Peter Mackay partait tellement sûr de gagner que son équipe n’a pas fait les efforts qu’il fallait», dit-il, ajoutant qu’il était considéré comme étant beaucoup trop au centre.

Le parti n’a pas de racines au Québec

Par le passé, c’était les progressistes conservateurs qui marquaient la conscience collective québécoise et non simplement des conservateurs. M. Plamondon se souvient des années Mulroney où les conservateurs avaient engrangé la majorité des sièges deux fois consécutives. Il rappelle que la première victoire du parti vient de l’aile nationaliste avec le beau risque prôné par René Levesque il y a 40 ans. Cet ancien premier ministre du Québec avait pu disposer de 57 députés, dont 33 votants pour le oui au référendum. Le député bloquiste qui siège aux Communes depuis plus de trois décennies s’en souvient comme si c’était hier.

«Il n’y a pas de racine, il n’y a pas d’équipe sur le terrain même s’ils ont de l’argent, beaucoup d’argent. Et donc je ne vois pas comment, avec un Erin O’Toole venu de l’Ontario, les conservateurs pourraient renverser la vapeur », a-t-il ajouté.

Le député de Bécancour-Nicolet-Saurel explique également que le parti conservateur a encore du chemin à faire au Québec, où les sondages le situent aux alentours de 16 %, soit moins de 10 sièges. Erin O’Toole a cinq semaines pour définir le cap avant le discours du Trône et éventuellement de la stabilité ou non du gouvernement minoritaire.

«Attendons de voir de quoi son cabinet fantôme aura l’air. Il doit le former rapidement», explique M. Plamondon, qui estime que M. O’Toole gagnerait à réserver une niche à Peter Mackay et même «à le convaincre d’être candidat.» Il lui recommanderait également d’aller chercher quelques «grosses pointures qui voudraient se porter candidats», pour se faire du prestige et ériger un ralliement plus fort.

Vers le vote

Ce n’est pas fini, Erin O’Toole devra se prononcer sur le discours du Trône et le budget. Il est un peu tôt pour savoir si le nouveau chef ira à l’élection cet automne.

«Je n’ai pas l’impression qu’il en a envie», lance Louis Plamondon, qui soupçonne M. O’Toole d’être «à l’aise avec le budget.» L’urgence n’est pas l’équilibre budgétaire. Dans le même temps, le doyen de la Chambre des Communes note que le nouveau chef de l’opposition officielle «doit montrer qu’il a une vision à long terme qui inclut le rétablissement des finances.» Sa désapprobation au discours du Trône oblige les libéraux à se confier au NPD déjà «en négociation pour un bonbon.»

Dans ses premiers mots, Erin O’Toole s’est montré préoccupé par les enjeux de l’heure.

«Je ne vais pas juste critiquer les libéraux. Nous allons proposer une vision d’un Canada plus fort, plus uni et plus prospère», a-t-il lancé, promettant de défaire le gouvernement en automne si nécessaire.

Erin O’Toole n’a pas non plus toutes les cartes.

«Il faut qu’il soit respectueux des juridictions provinciales, mais encore faut-il en avoir les moyens», relève Louis Plamondon, notant également que l’absence des questions liées à l’environnement dans les débats serait aussi une faiblesse. Le président de campagne au Québec, Alupa Clarke, présente sur ce dernier aspect des dizaines de pages dans le programme connu sur le tard.

Il reste à dissiper quelques incertitudes sur le projet du corridor énergétique transcanadien d’Andrew Scheer, dont l’élu redoute le retour regrettable dans les débats. Les prochains jours éclaireront davantage sur l’ère O’Toole et détermineront l’allure de la courbe conservatrice au Canada.

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Denis Beaulé
Denis Beaulé
7 mois

« Respectueux des juridictions provinciales » ?

Mais encore !…
Jusqu’où ?

Qui eût cru qu’au moment où, après des semaines, des mois, des saisons au cours desquelles n’aura-t-il plus jamais r’été question de « laïcité » (en raison de ce que l’on sait); que le tout premier à re-sortir cette ‘chose’ serait un premier ministre du Québec ?

Aussi invraisemblable et incroyable que ce puisse paraître, c’est ce qui vient d’advenir. La ‘toute première chose’ à laquelle en appellera[it] PM/Q, auprès du nouveau chef du PCC, sera[it] en effet « cela », un engagement de sa part à ne pas combattre ou désapprouver la loi Q sur la laïcité.

Assez « fort » ?

On croirait faire ou avoir fait un mauvais rêve, en forme de cauchemar. Car…

De quoi entend-on (le plus) parler ces temps-ci? De manque de personnel à l’école. D’enseignantes plus particulièrement. Voilà ce qui manque le plus et fait, objectivement, le plus mal à nombre d’enfants. Or…

Au lieu d’avoir fait preuve et de faire preuve de la même logique humaniste-réaliste à cet égard que celle en cours eu égard au voilement de visage préventif par rapport à covidixneuf (où « oublie »-t-on à raison sensément [pour un temps] le fameux à-visage-découvert); i.e. au lieu de se cramponner aussi indûment qu’intempestivement à une norme — (politique ou loi) — n’en étant pas une bonne en circonstance inédite telle l’actuelle; eh bien, relativement au(x) « signe(s) religieux », là, il ne saurait en aller ainsi! Impossible, inenvisageable, JAMAIS. Pour rien au monde. RIEN, nul ni quoi que ce soit ne sauraient jamais justifier que soit suspendue, ne serait-ce que pour un infime minime brévissime moment, l’interdiction, sacrée, de quelque chose signifiant ou considéré exprimer ou évoquer qqch religieux. Ah, ça, non, « peut pas », « faut pas ».

Qu’est-ce, cela, donc, si ce n’est être dangereusement, pathétiquement « déconnecté.e » ? Ou doté.e d’extrême insensibilité ? Voire de cruauté ?! Pour cause d’obnubilation…

Chose certaine, cet ‘être’, là, qui, lors du Discours d’ouverture (Q), il y a deux ans, enjoignait, avec force et véhémentement, tout son monde de surtout, surtout ne jamais manquer d’« HUMANITÉ »; on ne peut dire que lui sait en faire preuve, lorsqu’importerait le plus qu’il le fasse. Car, après avoir dû constater à quel point il a pu (tant s’obstiner à) démontrer une indue incroyable insensibilité-inhumanité, toute une semaine durant!, lors de l’affaire PEQ; devoir constater, à nouveau aujourd’hui, que pour lui, son obsession religieuse (pathologique?) importe plus que la réduction de souffrances d’enfants… ! ! ! ? ? ?

Bref, le religieux semble être si totalisant au pays du Québec, de siècle en siècle, que c’en est à se demander s’il n’y serait pas à la fin… « totalitaire ». (Au point de [laisser ou faire] faire des affaires qui n’auraient résolument pas d’affaire à se [laisser ou faire] faire).