Louis Plamondon: «l’après-crise pourrait être une crise…»

Godlove Kamwa, initiative de journalisme local, Icimédias
Louis Plamondon: «l’après-crise pourrait être une crise…»
Louis Plamondon, député bloquiste de Bécancour-Nicolet-Saurel. (Photo : courtoisie)

POLITIQUE. À 76 ans, le doyen de la Chambre des communes peine à concilier son engagement passionné pour la politique avec le confinement des jours de pandémie. Le député bloquiste de Bécancour-Nicolet-Saurel ne s’en cache pas: «C’est tout un changement, cette année, avec le fameux virus.»

La routine de quatre jours par semaine à Ottawa lui manque beaucoup moins que son implication active dans sa circonscription. D’ailleurs, Louis Plamondon dissimule à peine ses regrets lorsqu’il en parle, lui qui voulait assister à tous les évènements de son comté, soit environ 6 à 12 cérémonies toutes les fins de semaine.

Le septuagénaire se montre interloqué à l’idée de faire une pause. Il n’a presque jamais pris de vacances. «Je ne suis pas prêt, pas du tout, c’est comme si je tombais à la retraite; complètement assommé alors que je suis encore jeune», va-t-il s’esclaffer avec un brin d’humour.

Un animal en cage

Le quotidien de Louis Plamondon est celui d’un élu qui travaille en isolement dans un bureau à l’arrière, privé de ses commettants comme d’une partie de lui-même. «Je m’ennuie, je m’ennuie», répète-t-il sans cesse non sans rendre hommage à son adjointe qui va au contact des usagers. «Je me tiens à deux mètres de ceux qui veulent absolument me parler», précise-t-il, pour ensuite mettre l’accent sur les consignes qu’ils respectent: petite clôture, eau pour lavage de mains, etc.

Le député évite tout autant les épiceries et les pharmacies, préférant se faire livrer lorsque sa compagne «plus jeune» ne fait pas les courses. Coincé entre quatre murs, il passe des heures pendu au téléphone pour donner du sourire, être jovialement au service des gens ou se montrer disponible; bref, garder ce qui reste de l’aspect communautaire qu’il met au centre de sa mission parlementaire depuis 36 ans.

«Les téléphones, c’était épouvantable au début, entre les demandes de renseignement, les programmes d’aide et les gens qui mélangent fédéral et provincial. Ç’a baissé un tout petit peu maintenant, mais il y a toujours des appels…»

Ainsi égraine-t-il sur un fil ponctué d’anecdotes le chapelet de sa journée, qui va de 9h à 16h. Cela passe aussi par les nouvelles technologies pour lesquelles il dit peaufiner son apprentissage au fil des rencontres virtuelles avec les amis et ses petits-fils qu’il n’a pas vus depuis des semaines. «Cette vie n’est pas celle que je préfère», murmure-t-il, désemparé et viscéralement attaché au contact humain dans pas moins de 45 municipalités.

L’homme qui rêvait d’être député à l’âge de 16 ans se console avec ses deux chroniques à la radio de Sorel toutes les semaines. «C’est facile pour lui de  communiquer, avec sa mémoire phénoménale!», témoigne Carole Forcier, son adjointe parlementaire depuis des décennies.

On ne peut pas monter la dette indéfiniment

Louis Plamondon salue l’option de déconfinement progressif que Québec a choisie parce que, dit-il, la mortalité est en baisse même s’il faut encore surveiller Montréal. «Il y a des mortalités qui seraient arrivées de toutes façon, et donc il faut y aller», lance-t-il en insistant sur la nécessité de renforcer les dépistages.

De plus, il faut désormais relancer l’économie nationale au bord de l’essoufflement. Même s’il salue les plans d’aide fédéraux, l’élu de Bécancour-Nicolet-Saurel alerte sur des limites budgétaires à ne pas franchir: «On est rendu à 300 milliards de déficit», dit-il en ironisant qu’«on ne peut pas vivre pendant deux ans en attendant que le virus s’en aille et que le gouvernement imprime de l’argent.» Le plus gros déficit fédéral de l’histoire du Canada était jusque-là de 44 milliards de dollars; un record réalisé par le gouvernement conservateur de 2008 qui avait ensuite été plus sévère dans les dépenses pour remettre les compteurs à zéro. Ce qu’Ottawa devrait faire, selon M. Plamondon qui redoute une dette cumulée de 1000 milliards de dollars d’ici à l’été, pour un produit intérieur brut propulsé de 30 à 55%.

Toute chose qui n’est pas encore dramatique à son avis mais si le statu quo demeure, l’intérêt de la dette sera un post important dans les budgets futurs: «On ne peut pas juste monter la dette parce qu’à un moment donné, il faut une capacité de payer après», ajoute-t-il. «Il faudra que le gouvernement fasse un énoncé économique le plus rapidement possible pour dire « On est rendu là et on peut aller jusque-là »», plaide cette figure emblématique du parlement fédéral qui rappelle que le budget n’a pas été déposé cette année.

Aussi, Louis Plamondon n’a pas encore digéré la polémique sur le mauvais départ. Il soutient qu’à l’heure des analyses, il faudra bien se rendre compte qu’on aurait dû fermer les aéroports 15 jours plus tôt. À son avis, tout est arrivé par là et le taux élevé de prévalence à Montréal en est la preuve. Rendu à sa 11ème législature sur la colline d’Ottawa, le doyen dit avoir trouvé sa fontaine de jouvence dans les relations humaines en plus de vieillir comme du vin: «On se bonifie avec le temps».

 

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Carl
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Carl

Je n’aime pas les citations en italique, ça ne se lit pas bien.