LETTRE OUVERTE: Des infirmières s’opposent à Projetbécancour.ag

LETTRE OUVERTE
LETTRE OUVERTE: Des infirmières s’opposent à Projetbécancour.ag

LETTRE OUVERTE. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les changements climatiques et les impacts qui y sont associés représentent la plus grande menace du 21e siècle pour la santé. Non seulement la pollution atmosphérique est-elle reconnue comme cancérigène depuis 2013 par la même instance, mais de multiples études révèlent qu’elle est source de nombreuses maladies, au même titre que la fumée du tabac ou qu’une alimentation déficiente. Les principales causes de cette pollution sont le transport, les industries qui utilisent les énergies fossiles et l’agriculture. N’est-il pas légitime, dans ces circonstances, de s’interroger sur le bien-fondé de l’implantation de Projetbécancour.ag, une usine qui projette de fabriquer et d’exporter de l’urée et du méthanol ?

À titre d’infirmières, nous estimons qu’il est de notre devoir de mettre la population en garde face à ce projet. En effet, cette usine rejetterait dans l’atmosphère 630 000 tonnes de GES annuellement, ce qui la classerait parmi les industries les plus polluantes de la province, sans compter qu’elle consommerait à elle seule plus de 20 % du gaz naturel importé au Québec. De plus, l’urée qu’elle produirait est un composé chimique qui, utilisé comme engrais en agriculture industrielle, libère des quantités phénoménales de protoxyde d’azote, un gaz environ 300 fois plus polluant que le CO2. Cette usine contribuerait donc largement à accélérer le réchauffement climatique, alors que la communauté scientifique s’entend pour dire qu’il est urgent de le freiner dès maintenant et par tous les moyens possibles. Les deux épisodes de canicule ayant causé la mort de plusieurs personnes au Québec l’été dernier illustrent bien les risques associés à ce réchauffement. Par ailleurs, la contamination possible de l’air, des sols et du fleuve Saint-Laurent en cas de déversement accidentel par l’usine de produits chimiques tels le méthanol et l’ammoniac, serait catastrophique tant pour les écosystèmes que pour l’approvisionnement en eau potable.

Récemment, un ouvrage sur les changements climatiques et la santé, écrit par des professionnels de la santé et des chercheurs affiliés à l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) expliquent comment prévenir et soigner les maladies provoquées par ce phénomène. Ces chercheurs reconnaissent que la pollution affecte le cœur, les poumons, les reins, le cerveau, la vessie, le système reproducteur, etc. Décès prématurés, déshydratation, infarctus, maladie mentale, Alzheimer, AVC, infertilité, fausses couches, cancers multiples ne sont que quelques exemples de dysfonctionnements possibles. L’action et l’effet des médicaments peuvent aussi être altérés en raison du réchauffement climatique. Les inondations, tornades, feux de forêt et maladies infectieuses (maladie de Lyme,  virus du Nil, etc) affectent la santé de la population. À cela s’ajoutent de nouveaux diagnostics comme l’écoanxiété, affection directement reliée au stress de voir le climat se détériorer.

Bien sûr, qui dit malade dit hôpital et qui dit hôpital dit augmentation des coûts de santé. Or, notre système de santé est déjà en mode survie. Comment pourrait-il absorber l’arrivée d’un nombre grandissant de patients «climatiques»? Olivier Cloutier, infirmier au CHRTR, s’inquiète : « L’été passé, il y a eu beaucoup plus d’hospitalisations pour cause de déshydratation reliées aux deux épisodes de canicule ». « Cet hiver, il y a eu une augmentation des opérations dues aux chutes lorsque les trottoirs étaient glacés » affirme pour sa part Olivier Bouchard, infirmier au bloc opératoire du CHRTR.

L’INSPQ a comme mandat d’informer, d’orienter et d’alerter les instances gouvernementales sur les enjeux reliés à la santé. Face à ses recommandations, comment le gouvernement peut-il justifier l’octroi d’un permis d’exploitation à cette usine pétrochimique? Aujourd’hui, notre santé collective passe par l’action collective. Nous appelons nos concitoyens et concitoyennes à s’opposer fermement à Projetbécancour.ag, qui viendrait aggraver la dégradation du climat, une menace directe à notre survie. Exigeons de nos gouvernants qu’ils innovent en favorisant la création d’emplois durables et respectueux de la santé des travailleurs et des travailleuses, de la population et de notre environnement. Il est temps que le gouvernement du Québec prenne des mesures concrètes afin d’assurer notre bien-être collectif et s’oppose à l’implantation de l’usine d’urée et de méthanol Projetbécancour.ag.

 

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Les auteures Véronique Houle et Marie-Claude Drainville s’expriment ici au nom d’Alternatives Bécancour, une coalition de groupes citoyens et d’individus rassemblés dans le double objectif de s’opposer au projet d’usine de méthanol et d’urée, et de proposer une alternative de développement cohérente avec la lutte aux changements climatiques et la protection de l’environnement. Elles sont appuyées dans leur démarche par l’Association québécoise des infirmières et infirmiers (AQII).

Trois-Rivières, 23 juillet 2019

 

 

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