Les microdistilleries du Centre-du-Québec se sentent « étouffées »

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Par Stéphanie Paradis
Les microdistilleries du Centre-du-Québec se sentent « étouffées »
La Distillerie du Quai (Photo : Jean-Sebastien Desilets)

BÉCANCOUR. Lorsque l’on achète nos spiritueux directement à la distillerie plutôt qu’en faisant affaire avec la SAQ, on pourrait croire que le client permet aux microdistilleurs de retirer plus de profit de leur produit. Ce n’est cependant pas le cas, alors que les microdistilleries doivent tout de même verser une majoration à l’État, soit l’équivalent d’une taxe de 52 %.

Autrement dit, même en se rendant directement à la Distillerie du Quai de Bécancour pour se procurer une bouteille de SuperSonic à 45,50 $, l’entreprise devra verser 20,07 $ à Québec et récoltera, pour son labeur, un plus petit pourcentage, soit 14,15 $.

L’État perçoit ainsi des revenus sur des ventes même lorsqu’il n’assume pas de frais associés à la main d’œuvre, à la gestion d’une boutique ou à la manutention des bouteilles lorsque vendues sur les lieux de production des microdistilleries, les privant ainsi d’importants revenus qui menacent leur développement.

L’Union québécoise des microdistilleries (UQMD) dénonce cette réglementation qui force ses membres à payer une majoration sur les spiritueux qu’ils vendent à leur propriété.

« On veut que le 20 $ qui s’en va à la SAQ cesse, tout simplement, parce que la SAQ ne touche pas à ces bouteilles. J’embouteille ici même à la distillerie, je les transfère du côté de la boutique et je les vends, mais je dois tout de même payer 20 $ à la SAQ pour ces bouteilles », déplore Jean-François Rheault, propriétaire de la Distillerie du Quai. « C’est complètement ridicule. »

Malgré une hausse des ventes de 87 % des spiritueux provenant des microdistilleries québécoises entre 2019 et 2020, du jamais vu dans les autres catégories de produits alcoolisés, « les microdistilleries sont aux prises avec une barrière les empêchant de se développer à leur plein potentiel », estime l’UQMD.

Selon l’Union, les majorations perçues pour les bouteilles vendues en propriété engloutissent les profits qui devraient revenir aux microdistilleurs. « En moyenne, les ventes à la propriété ne représentent que des revenus négligeables pour le gouvernement alors que ces mêmes montants pour une petite entreprise sont essentiels pour son développement d’affaires », mentionnait l’UQMD par voie de communiqué.

« Évidemment, ça a un gros impact sur notre budget et sur notre avenir. À 20 $ par bouteille, si on vend plusieurs milliers de bouteilles par année à la distillerie, on peut imaginer que les chèques qu’on envoie à la SAQ, ce sont de gros chèques », affirme M. Rheault.

« Si ça ne cesse pas, il y en a plusieurs qui ne survivront pas dans les prochaines années », ajoute-t-il.

L’industrie en attente d’une action du gouvernement

Alors qu’ils pourraient profiter de l’effervescence et de l’engouement que connait le secteur des spiritueux québécois, de nombreux microdistilleurs sont à bout de souffle et peinent à embaucher de nouveaux employés, à se procurer l’équipement nécessaire ou à investir dans leurs entreprises pour développer de nouveaux marchés.

Au début de la saison estivale, le gouvernement québécois a accordé une baisse à la majoration de 2 $ par bouteille, ce qui n’a pas su satisfaire les membres de l’UQMD. Cette dernière estime avoir droit à « un beau 20 $ de moyenne comme les autres producteurs d’alcool ».

« Ce n’est pas assez. Je pense que le gouvernement a pensé calmer nos ardeurs avec ça, mais ce n’est pas le cas. Deux dollars, ça ne change rien, ou presque pas. C’est un peu rire de nous. C’est 10 fois plus qu’on veut avoir et qui nous revient pleinement », estime Jean-François Rheault.

Rappelons que les produits des microdistilleries sont les seuls produits alcoolisés pour lesquels il est prélevé une majoration sur la vente à la propriété, et que le Québec est la seule province canadienne où les revenus des producteurs, pour leurs ventes sur place, sont en dessous de la barre des 50 %. En effet, sur chaque dollar de vente, seulement 30 sous reviennent aux microdistilleurs pour les ventes à la propriété.

Le portrait des microdistilleries au Québec :

– Plus de 60 établissements répartis dans la province, dont quatre au Centre-du-Québec ;

– Plus de 250 produits différents vendus, un nombre 12 fois plus élevé qu’en 2015 ;

– Augmentation des ventes de 87 % entre 2019 et 2020 ;

– 30 % seulement des revenus générés par la vente sur place reviennent directement aux microdistilleries québécoises, alors que la moyenne canadienne se situe en haut de 85 %.

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