Le temps des raisins

Photo de Marie-Ève Veillette
Par Marie-Ève Veillette
Le temps des raisins
:Carole Dubois dans son vignoble. (Photo : Marie-Eve Veillette)

SAINTE-FRANÇOISE. L’autocueillette de pommes constitue l’activité familiale numéro un au Québec à cette période de l’année. Et si l’on ajoutait aux incontournables de l’automne l’autocueillette… de raisins de table?

Voilà ce à quoi aspire Carole Dubois, de la ferme «Les paysages de Carolyn», à Sainte-Françoise. Il y a un peu plus de trois ans, elle a planté 2000 vignes sur sa terre du rang 12 avec l’aide de son mari, Jocelyn Beaulieu. Aujourd’hui, de jolies petites grappes de raisins rouges biologiques y poussent.

L’an dernier, c’était la première année officielle de récolte. Elle s’est déclinée en 400 paniers d’un litre et demi. Une production qui devrait se répéter dès 2021, alors que le petit vignoble rouvrira ses portes à l’autocueillette. «Cette année, le gel nous a joué des tours. J’aurai à peu près 10% de ma production», raconte Mme Dubois, qui s’équipera bientôt de gicleurs automatiques pour protéger ses plants des aléas de Dame Nature à l’avenir.

Il n’y aura donc pas d’autocueillette de raisins cet automne, mais ce n’est que partie remise, promet celle qui apprécie particulièrement cette formule pour le contact humain qu’elle génère. «Les gens posent beaucoup de questions. On voit qu’ils sont heureux d’être là.»

Plus tôt cet été, elle a tout de même eu le bonheur d’accueillir plusieurs personnes chez elle grâce à sa plantation de camerisiers, qui compose l’autre moitié, et même un peu plus, de son champ de trois hectares. «C’est un fruit qui vient en production en même temps que la fraise», explique-t-elle.

Ses 3250 plants de camerises sont disponibles pour de l’autocueillette depuis au moins trois ans. «C’est une belle motivation de voir les clients revenir», sourit Carole Dubois, une jeune retraitée du domaine public (2013).

Pourquoi?

La mise en place de sa ferme constitue d’ailleurs son projet de retraite. «Je ne suis pas du genre à me bercer!», rigole-t-elle.

Lorsque sa bru lui a fait découvrir la camerise, il y a quelques années, elle a tout de suite eu un coup de cœur. «C’est bon! Ç’a un goût acidulé, comme une groseille, peut-être.»

Autre coup de cœur: c’est un fruit relativement facile à cultiver. «La camerise résiste beaucoup au gel. Il y a peu d’insectes ou de champignons qui s’y attaquent», explique Mme Dubois.

Il faut toutefois se méfier du jaseur des cèdres, qui en raffole. «Il faut mettre des filets, sinon on n’a pas de camerise!»

En ce qui concerne les raisins, ce sont plutôt les geais bleus qui posent problème… quand ce ne sont pas les ratons laveurs qui volent une partie de la récolte! Car il faut le dire: les raisins de table québécois sont particulièrement savoureux, même pour les ratons!

«J’avais goûté aux raisins du Québec avant de me lancer dans l’aventure, alors je savais dans quoi je m’embarquais, sourit la productrice. Je trouvais le produit fantastique!»

Comme c’est le cas pour la camerise, la production de raisins est peu exigeante. «On n’a pas besoin d’arroser l’été, sauf quand ça commence. La vigne était très heureuse cet été lors de la sécheresse.»

Les deux fruits cultivés chez Les paysages de Carolyn ont également comme avantage de ne pas être prêts à cueillir au même moment. «Ça permet de faire autre chose entre les deux; de voir à nos affaires.»

Comme entretenir le magnifique jardin fleuri de la propriété, créé de A à Z par Mme Dubois. Un décor qui comprend aussi plusieurs autres plants et arbres fruitiers, plantés pour le simple plaisir: pommiers, pruniers, cerisiers, poiriers, framboisiers et… kiwis nordiques!

Carole Dubois.

C’est beaucoup d’ouvrage, admet Mme Dubois, qui travaille sur son terrain et dans son champ dès que la neige est fondue et jusqu’aux gels de l’automne: «On est juste nous deux [dans l’aventure]», souligne-t-elle, reconnaissante du soutien inconditionnel de son conjoint.

Celui-ci lui construit d’ailleurs présentement un kiosque qui sera prêt à accueillir des clients dès la saison prochaine. «On y vendra des paniers déjà cueillis, mais aussi des produis transformés, comme des vinaigrettes et des confitures. Pour cela, on collabore avec un transformateur de Québec.»

Biologiques

Tant les camerises que les raisins des Paysages de Carolyn sont certifiés biologiques. Le choix s’est imposé de lui-même étant donné que le terrain de Carole Dubois, qui est aussi la terre de son enfance, n’a jamais reçu de produits chimiques. «[Dans ma jeunesse], on se contentait de tondre la prairie et de laisser les résidus par terre. Ça faisait beaucoup de matière organique. Alors pourquoi commencer à épandre du chimique?»

Raisins de table du Québec.

Carole Dubois est aujourd’hui propriétaire de la maison de ses parents, mais habite la maison voisine depuis plus de 30 ans. «Quand la voisine a vendu sa maison, je l’ai achetée. Je me disais qu’il y avait du potentiel.»

À voir le site aujourd’hui, force est d’admettre qu’elle avait vu juste! Et en plus, il y aurait possibilité de doubler la superficie de culture en utilisant le champ appartenant autrefois à ses parents. «Si j’ai de la demande, peut-être qu’on agrandira! Mais pour cela, il faudra que je vive encore plusieurs années!»

Elle ne s’en cache pas: la relève n’est pas nécessairement au rendez-vous actuellement. Ses deux enfants, Frédéric et Cynthia, sont encore jeunes. «Pour le moment, ils veulent établir leur vie, dit-elle, compréhensive. Ça fera peut-être comme moi: ça m’a pris à la retraite!»

Qu’importe la suite: c’est l’instant présent qui compte aux yeux de Carole Dubois. Car même si la jeune sexagénaire et son conjoint travaillent fort, ils sont comblés par leur nouvelle vie de retraités.

 

 

 

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