Une expérience inoubliable

Photo de Sebastien Lacroix
Par Sebastien Lacroix

TÉMOIGNAGE. «Ç’a été une belle expérience de sortir de là vivant», raconte Mario Courchesne, pour qui la tornade du 27 août 1991 a été une expérience de laquelle il conserve tout de même de bons souvenirs.

Au départ, la tornade a tourné près de chez lui avant de remonter dans les terres. «Sur le coup, on ne savait pas ce qui se passait. On voyait que le ciel était blanc et on entendait gronder. On se demandait si on se faisait bombarder ou s’il y avait une guerre nucléaire», se souvient-il.

Puis, la tornade a passé en plein sur sa maison et il s’est senti levé de terre. «Je n’ai pas halluciné… Nous avons fait de la lévitation, lance-t-il. La maison n’a pas voulu lever, parce qu’elle était trop lourde, mais nous avons senti un vide d’air pendant 15 secondes, durant lesquelles elle bougeait. Ç’a été suivi d’une frappe de vent pendant un autre 15 secondes qui l’a remis à sa place».

«C’est notre gros chien Terre-Neuve qui nous a sauvés! Probablement qu’il l’a sentait venir et il faisait tout ce qu’il pouvait pour rentrer. Dès qu’on l’a fait rentrer, il est allé se cacher sous la table et il n’a pas bougé. On blague souvent en disant qu’il a retenu la maison avec son poids.»

Une fois la tornade passée, Mario Courchesne et sa famille étaient sortis à l’extérieur pour voir ce qui se passait. «On entendait le cri des voisins qui appelait pour savoir si tout le monde était correct, continue-t-il. Quand on les a vus, on est allé se prendre dans nos bras. Ce qu’on n’avait jamais fait! Nous étions tous heureux de nous savoir en vie.»

Des ravages

Il se souvient aussi avoir été horrifié de voir le chemin de sa demeure, lui qui habite sur un terrain densément boisé d’arbres matures. «Des arbres centenaires ont été rasés. Nous avions un autre bâtiment que nous appelions la vieille maison qui s’est fait effouerrer. Si nous avions été plus près du chemin, nous y serions passés», indique-t-il.

Après la tornade, il y a eu une accalmie, suivie d’un orage très intense qui a duré deux heures. Le temps s’est ensuite dégagé et la lune s’est levée. C’est à ce moment-là que Mario Courchesne a pris la pleine mesure de la perte de ses 77 arbres qu’il affectionnait particulièrement.

«Nous sommes des amoureux des arbres. C’est pour ça que nous vivons ici. Une fois que la lune s’est levée, l’humidité qui était dans le sol et dans les souches s’est mise à monter. J’ai vu l’âme de mes arbres monter vers les cieux, illustre-t-il. C’est à ce moment-là que je me suis mis à pleurer comme un veau».

«Le lendemain, c’était l’école qui commençait. Je revois encore ma plus jeune qui était toute débinée sur le bord du chemin, elle qui avait perdu sa cabane dans l’arbre. C’était touchant de la voir», raconte Mario Courchesne.

Véritable amant de la nature, Mario Courchesne a aussi remarqué que la tornade a tué plusieurs animaux, dont des chèvres et des moutons qu’ils gardaient. «Il y avait aussi plusieurs couleuvres mortes sur le terrain, possiblement dû à la pression qui les a fait remonter», soulève-t-il.

La tornade avait aussi fait des ravages chez les oiseaux à Notre-Dame-de-Pierreville, qui est d’ailleurs reconnu comme un paradis pour les ornithologues. «C’était inquiétant à quel point, on n’entendait plus rien. Nous n’avons pas revu d’oiseaux avant l’année suivante et quelques espèces ne sont jamais revenues», souligne-t-il.

Même des poissons avaient été emportés après que la tornade soit passée sur le lac Saint-Pierre. «J’ai un de mes amis qui se promenait en auto quand ç’a s’est passé. Il a reçu la vague de la tornade en plein pare-brise: un gros splash avec des poissons!», ajoute Mario Courchesne.

La solidarité

Après une semaine de mauvais temps, dans des conditions particulièrement humides qui ont précédé la tornade, le beau temps était revenu pendant trois semaines au cours desquelles une corvée s’était tenue.

Dans une grande démonstration de solidarité, de nombreux bénévoles avaient accouru pour rendre service aux nombreux sinistrés de Notre-Dame-de-Pierreville. «Ça fait chaud au cœur. Le tout s’était fait dans la bonne humeur. Ç’avait été un bel automne, se souvient-il. Ç’avait été un méchant trip. On avait perdu la notion du temps et de l’espace.»

Couper de l’électricité pendant deux semaines, Mario Courchesne se souvient de l’entraide qui régnait. «Notre réfrigérateur était celui du voisin, même chose pour le bain», continue Mario Courchesne.

Toute cette histoire lui avait d’ailleurs inspiré la deuxième pièce de théâtre amateur qu’il avait montée au Théâtre Belcourt. Une pièce qui tournait autour de la tornade et des déchets nucléaires. «Ç’avait été un exutoire de faire la pièce, lance-t-il. Une façon de se libérer».

 

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