Près d’un an de travail pour restaurer l’orgue

Photo de Sebastien Lacroix
Par Sebastien Lacroix

NICOLET. La restauration du grand orgue Casavant de la Cathédrale de Nicolet sera un véritable travail de moine.

Ce sont quatre artisans des Ateliers Bellavance qui seront affectés à temps plein à la tâche qui pourrait s’échelonner sur une période de huit à douze mois.

Il faut dire que ce sont 3096 tuyaux répartis en 44 jeux, ou sections, qui sont à retaper, en plus de tous les autres ajustements à apporter.

Le tout sera fait en cinq étapes. On s’attaquera d’abord à la restauration de la console, puis au relevage de l’instrument, au redimensionnement des réservoirs d’air, à la relocalisation du buffet et aux travaux d’harmonisation.

Corriger les erreurs du passé

La restauration permettra de corriger certaines erreurs du passé qui ont été commises lors de la construction de la nouvelle cathédrale, en 1963, probablement pour des questions économiques.

D’abord, une console de fabrication américaine de moindre qualité avait été installée à l’époque, si bien que les contacts électriques sont maintenant arrivés à la fin de leur vie utile. Elle sera remplacée par une nouvelle console.

Il y a également les cuirs de soupape qui n’avait pas été changée à ce moment-là, si bien qu’ils datent de plus d’un siècle. Ils s’effritent maintenant d’un simple grattement des doigts.

«Il y a autant de cuirs qu’il y a de notes, en plus de toutes les autres composantes. Il y a aussi les réservoirs à air qui ont des joints amovibles. Il y a beaucoup de pièces qui sont faites en cuir, comme les trémolos, les planches à boursettes», énumère Jean-Félix Bellavance, le président des Atleliers Bellavance.

Les réservoirs à air, qui sont en quelque sorte les «poumons de l’orgue», sont de dimensions réduites et ne suffisent plus à la tâche. «Quand on met tout le grand jeu, on perd la voix de l’orgue. C’est pour ça qu’on dit qu’elle est à bout de souffle», explique celui qui sera chargé de superviser les travaux de restauration.

«Ils seront environ 20% plus gros, indique-t-il. Ça ne dénaturera pas l’instrument, parce que les réservoirs ne sont déjà pas d’origine. Ils avaient été refaits lorsque l’orgue a été réinstallé».

Le projet aussi consiste à changer de place le «buffet», soit l’imposant mécanisme qui le fait fonctionner, en le déplaçant un jeu à la fois. Actuellement, il est situé le long du mur Est de la cathédrale, avec une façade composée de plusieurs grands tuyaux dont seulement huit sont en fonction.

Le buffet sera avancé de quelques mètres et disposé plus près du claustra du chœur. Il sera également réorienté vers les bancs des paroissiens de façon à optimiser le vaisseau sonore vers la nef de façon à ce que les gens puissent mieux apprécier la qualité de l’instrument.

Actuellement, l’absence de toit comme abat-voix et l’orientation du buffet vers le baptistère font en sorte que le son de l’orgue demeure emprisonné dans la voûte du chœur.

Plusieurs contraintes peuvent expliquer cette «erreur». «À ce moment-là, on ne se posait pas toujours de grandes questions. On mettait l’orgue ici parce qu’il y avait les moyens financiers qui ne permettaient pas de l’avancer, raconte Jean-Félix Bellavance. Des fois, des curés préféraient ne pas trop voir l’orgue et préféraient qu’il soit effacé».

Le fait d’avancer l’orgue devrait également permettre de dégager un corridor à l’arrière afin d’aménager une rampe pour les personnes à mobilité réduite, pour qu’ils aient accès à l’arrière du chœur et au baptistère. «C’est le rêve de l’économe, confie Claude Larose. Il n’y en a jamais eu».

Redonner sa voix

Une fois ses opérations complétées, le plus gros du travail consistera à l’harmonisation de l’instrument, soit de lui redonner sa voix d’antan sans en changer la sonorité symphonique française qui le caractérise.

Les travaux d’harmonisation de l’instrument permettront de corriger certaines imperfections qui sont arrivées au fil des ans. «Avec le temps, la voix de l’orgue s’est assombrie parce que le métal s’est affaissé ce qui a fait baisser les biseaux», explique le président des Ateliers Bellavance.

«Le plomb s’est écrasé dans le pied de l’entrée de vent, ce qui fait en sorte que le tuyau «parle» un petit peu moins fort. Alors, on donne un petit coup de pic et on retravaille sa «bouche» pour donner plus de couleur à l’instrument, mais toujours en gardant l’idée d’origine», ajoute-t-il.

Comme le thème de la campagne de financement «retrouver sa voix», les travaux permettront de redonner au tuyau un timbre plus brillant. «Là, il sonne un peu «fatigué», illustre Jean-Félix Bellavance. Ça va sonner plus clair, plus sobre, moins criard et plus fort pour certains tuyaux.»

Suivez Sébastien Lacroix sur Twitter: @Sebas_Lacroix

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