Pénurie de main-d’œuvre agricole

Par Joanie Mailhot
Pénurie de main-d’œuvre agricole

EMPLOIS. Un peu partout au Québec, l’agriculture est aux prises avec un défi unique en matière de main-d’œuvre dont les conséquences sont bien réelles. La Rive-Sud n’en fait pas exception.

«Dans le Centre-du-Québec, comme ailleurs au Québec, les entreprises agricoles éprouvent des difficultés à recruter et retenir des travailleurs fiables, et ce, malgré des efforts soutenus. Même si la production agricole est un secteur économique clé et vigoureux, la concurrence entre les secteurs d’activité est forte. Conséquemment, le secteur agricole doit absolument diversifier ses sources de recrutement et optimiser les bassins de main-d’œuvre disponible», précise d’entrée de jeu Jean-Luc Leclair, administrateur d’AGRIcarrières et président de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec.

La rareté de la main-d’œuvre est en effet très élevée en agriculture et le manque de main-d’œuvre est un besoin criant pour les producteurs agricoles de la région. «Dans les dernières années, le nombre de postes à combler est relativement stable, mais c’est le nombre de candidatures qui diminue d’année en année», remarque Maxime Sauvageau, technicien en ressources humaines au Centre d’emploi agricole de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec.

Il affirme que la situation est encore plus difficile dans l’est de la MRC de Bécancour. «Ces municipalités sont loin des grands centres, alors on a plus de difficulté à trouver de la main-d’œuvre. Il faut dire aussi que ces municipalités n’ont souvent pas beaucoup de population, ce qui limite un peu le bassin de candidats potentiels.»

M. Sauvageau admet que les emplois agricoles sont souvent vus comme des emplois de proximité. Ainsi, les travailleurs souhaiteront généralement trouver un emploi près de leur lieu de résidence. «Comme l’agriculture c’est souvent des horaires coupés, cela nécessite parfois plusieurs déplacements dans une même journée. C’est pourquoi les gens vont préférer travailler près de la maison, ce qui n’est pas toujours possible dans le milieu agricole.»

Pour les MRC de Bécancour et de Nicolet-Yamaska, les postes dans les secteurs de la production laitière, porcine, de la canneberge et maraîchère sont les plus difficiles à combler.

Le technicien en ressources humaines mentionne que cela fait quelques années que le manque de main-d’œuvre se fait sentir dans la région. Outre les questions de proximité et d’horaire, il estime que le milieu agricole a subi une baisse d’intérêt.

Pour éviter que le problème perdure dans les prochaines décennies, le Centre d’emploi agricole de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec mise sur la sensibilisation auprès des jeunes. «J’essaye d’aller souvent dans les écoles ou les salons de l’emploi pour parler aux jeunes et leur expliquer le métier. Ils ont souvent une mauvaise représentation du travail d’agriculteur, mais je leur démontre que c’est possible de bien vivre sa vie en travaillant dans ce domaine et je démystifie avec eux les conditions de travail», note Maxime Sauvageau.

Par ailleurs, dans le profil recherché des travailleurs agricoles, le Centre d’emploi agricole précise que «compte tenu de la grande pénurie, aucune formation n’est exigée, mais que cela s’avère un grand atout.»

État de la situation

Dans la MRC de Bécancour, 165 entreprises agricoles sont des employeurs, dont 150 (91%) embauchent entre 1 et 4 salariés. Le scénario est similaire dans Nicolet-Yamaska, où on compte 206 entreprises agricoles, dont la grande majorité (91,25%) embauche aussi entre 1 et 4 salariés.

Pour l’année 2015-2016, dans la MRC de Nicolet-Yamaska, ce sont 64 contrats qui ont été offerts par le Centre d’emploi agricole à des travailleurs étrangers temporaires, dont les employeurs exploitaient principalement des entreprises en productions laitière, de pommes et maraîchère. Du côté de la MRC de Bécancour, pour la même période, ce sont 16 contrats qui ont été offerts à des travailleurs étrangers temporaires par des entreprises locales, auxquels s’ajoutent des travailleurs étrangers embauchés par des entreprises hors du territoire, mais possédant des terres dans la région. Dans Bécancour, on parle principalement d’entreprises en production laitière ou de canneberges.

Du 1er juillet 2015 au 30 juin 2016, le Centre d’emploi agricole de la Fédération de l’UPA du Centre-du-Québec affirme avoir comblé 8 emplois dans le secteur de la production laitière et 2 en production porcine, dans la MRC de Bécancour, tandis que dans Nicolet-Yamaska, on en dénombre 12 en production laitière et 10 en production porcine. À cela s’ajoutent, pour ce territoire, 3 emplois dans le secteur des grandes cultures.

«On observe vraiment que de plus en plus de travailleurs étrangers viennent combler des postes dans le domaine agricole, note Maxime Sauvageau. Avant, on le remarquait surtout pour des emplois saisonniers en culture maraîchère, mais maintenant, ils sont plus nombreux à y travailler à l’année. La courbe est vraiment exponentielle à ce niveau-là. Mais pour nous, cela reste une solution de dernier recours.»

Selon les données obtenues par le Centre d’emploi agricole, on remarque que les emplois sont majoritairement permanents, soit plus de 9 mois par année. Seulement quelques emplois comblés sont saisonniers, soit de 14 semaines à 9 mois par année.

Difficultés rencontrées

Les principales difficultés rencontrées sont entre autres:

– Le faible bassin de population résidant en milieu rural

– La rareté de main-d’œuvre qualifiée et/ou avec expérience

– La mauvaise réputation du secteur agricole comme marché d’emploi

– Les conditions de travail qui ne sont pas assez concurrentielles avec les autres secteurs d’activité

– Les postes de manœuvres et ouvriers agricoles peu spécialisés sont les plus difficiles à combler

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