Le lac Saint-Paul: l’un des pires au Québec

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Par Sebastien Lacroix
Le lac Saint-Paul: l’un des pires au Québec
Le lac Saint-Paul en piteux état

DOSSIER. Selon les résultats des études menées par l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), le lac Saint-Paul, jadis un joyau écologique, est devenu un milieu très dégradé.

Il s’agit même de l’un des lacs ayant la pire qualité de l’eau au Québec, peut-on lire dans le Diagnostic préliminaire du Lac Saint-Paul, réalisé à l’automne 2014, par le Département des sciences de l’environnement.

Selon les données recueillies, l’épaisseur des sédiments (argile, sable, etc.) atteint, à certains endroits, plus de 2 mètres. C’est donc dire qu’il y a autant de vase que d’eau dans certains secteurs du lac… Sa profondeur maximale étant de 3,3 mètres et sa profondeur moyenne n’est que de 1,2 mètre.

Ceci fait en sorte que l’eau se réchauffe plus rapidement, diminuant la quantité d’oxygène, et dégage de fortes odeurs nauséabondes lorsque les pêcheurs s’y aventurent avec des bottes culottes.

L’eau contient également énormément de phosphore, selon les études menées par l’UQTR. Tellement qu’il est pratiquement impossible de voir sa main lorsqu’on y plonge son bras à environ 50 centimètres tellement le phosphore rend l’eau très trouble.

Il fait aussi pousser les plantes de façon excessive, augmenter les épisodes d’algues bleu-vert et diminue la quantité d’oxygène pour la faune aquatique.

Autour du lac, environ 15% de la bande riveraine est dégradée, mais il y a tout de même une bonne proportion (65%) qui est bordée d’une forêt dense et qui lui confère une excellente protection.

Les analyses menées en 2014 ont confirmé que le lac Saint-Paul et les cours d’eau qui s’y déversent sont affectés par un problème de pollution qui découle des activités agricoles qui sont pratiquées. Des actions ont été entreprises afin d’améliorer la situation.

Les huit campagnes d’échantillonnage de la qualité de l’eau, effectué à différents moments de l’année, ont d’ailleurs démontré des valeurs au-dessus des normales pour le phosphore dans la grande majorité des cours d’eau et en tout temps.

Les valeurs des matières en suspension et pour l’azote total ont aussi été dépassées à certaines périodes de l’année dans la plupart des tributaires.

Un rôle crucial

Le rétablissement du lac Saint-Paul est d’autant plus important en raison du rôle crucial qu’il exerce par sa plaine inondable et sa connexion avec le fleuve Saint-Laurent à certaines périodes de l’année.

Sans oublier qu’il est bordé au nord par la réserve écologique Léon-Provancher qui assure la protection de milieux humides et d’un cortège floristique extrêmement diversifié en plus d’une richesse faunique élevée, qui abrite des espèces extrêmement rares, dont certaines sont menacées ou vulnérables.

Le lac est aussi un habitat privilégié pour la perchaude, dont le déclin a été remarqué il y a quelques années déjà et qui fait l’objet d’un moratoire depuis 2012. Plusieurs espèces de poissons vivent dans le lac Saint-Paul et transitent par la rivière Godefroy pour se rendre au fleuve Saint-Laurent.

Une quinzaine d’espèces a d’ailleurs été dénombrée lors des dernières pêches expérimentales. C’était près de deux fois moins que les 24 espèces qui étaient répertoriées dans le lac Saint-Paul, en 1973.

Tout de même, les 10 pêches effectuées à l’été 2015 ont permis de sortir un total de 950 poissons, et parfois plus d’une centaine par coup de seine. Des poissons étaient aussi présents dans toutes les stations d’échantillonnage réparties dans les principaux tributaires du lac.

On en parle même comme d’une «pouponnière à poissons», alors que de nombreuses larves ont été retrouvées. Certaines d’entre elles ont même été capturées à plus de 4 kilomètres du lac dans certains cours d’eau qui s’y jettent.

De la sauvagine et quelques espèces vulnérables ont aussi été répertoriées sur le lac Saint-Paul. Tortues, nids de canard colvert et couleuvres rayées ont été aperçus sur le terrain lors des travaux de caractérisation.

Plusieurs intervenants impliqués

Ce projet regroupe un large éventail d’intervenants issus des milieux agricoles, municipaux, universitaires et environnementaux dont la MRC de Bécancour, la ville de Bécancour, le Syndicat local de Bécancour de l’Union des producteurs agricoles (UPA) du Centre-du-Québec, le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ), le Groupe de concertation des Bassins versants de la zone Bécancour (GROBEC) et l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR).

Il bénéficie d’une contribution financière du Fonds Aluminerie de Bécancour pour les collectivités durables. Il est également rendu possible grâce à une contribution du Programme Interactions communautaires, lié au Plan d’action Saint-Laurent 2011-2026 mis en oeuvre par les gouvernements du Canada et du Québec.

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