La sexualité des jeunes? Pas débridée… mais pas très sécuritaire

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Par Helene Ruel
La sexualité des jeunes? Pas débridée… mais pas très sécuritaire
De gauche à droite

Les résultats d’une enquête sur les pratiques sexuelles des jeunes du Centre-du-Québec confortent et surprennent à la fois les intervenantes du BLITS. Non, les jeunes n’ont pas une sexualité aussi «débridée» que certains se l’imaginent. Oui, ils savent communiquer avec leur partenaire, connaissent et respectent leurs limites. Et leurs relations comportent du plaisir. Toutefois, ils auraient à développer un esprit plus critique, la «pensée magique» ne pouvant les protéger de contracter une infection transmise sexuellement ou par le sang (ITSS).

C’est le Bureau local d’intervention traitant du sida (BLITS) qui, avec la collaboration de Richard Leroux de la coopérative La Clé, a mené cette étude à laquelle 1130 jeunes Centricois de 15 à 25 ans ont accepté de répondre soit par un questionnaire papier, soit par le questionnaire en ligne. Dans ce rapport, de près d’une quarantaine de pages, on aurait tout ce qu’il faut pour élaborer un programme d’éducation sexuelle à l’école, «mais on n’en est pas là!», a indiqué Maryse Laroche, directrice du BLITS.

Les 38 questions posées par BLITS permettent de dresser un portrait de la sexualité des jeunes.

D’apprendre, par exemple, qu’en moyenne les jeunes commencent leur vie sexuelle active vers 16 ans, qu’ils trouvent beaucoup de plaisir dans leur sexualité (sauf en ce qui concerne la pénétration anale), qu’ils sont capables d’exprimer leurs limites, qu’au cours de la dernière année ils ont eu, en moyenne, 2,3 partenaires. Il semble aussi qu’ils consultent du matériel pornographique («la pornographie est cependant masculine», a noté M. Leroux) pour ce qu’il peut leur procurer comme plaisir.

Là où les intervenantes sourcillent, c’est lorsqu’elles prennent connaissance des taux d’utilisation du condom. Près du quart ne l’ont jamais utilisé pour une pénétration vaginale, près de la moitié pour une pénétration anale. Les résultats révèlent aussi que plus ils avancent en âge, plus ils abandonnent le condom et cela peu importe qu’ils soient ou non en couple.

Si les intervenantes de BLITS parlent de «pensée magique», c’est que malgré certaines de leurs réponses, les jeunes considèrent que leurs pratiques sexuelles sont à faibles risques de contracter une ITSS.

Près de la moitié des répondants se sont soumis à un test de dépistage de la chlamydia. Et de ce nombre, 47% se sont confrontés à un test positif : deux garçons sur trois et une fille sur deux. Il semble que bien des jeunes hommes hésitent à passer le test alors qu’il ne consiste plus désormais qu’à une analyse d’urine. Infirmière à la retraite, ayant travaillé pendant 15 ans auprès des jeunes et membre du conseil d’administration de BLITS, Micheline Fortier trouve ce portrait intéressant, d’autant plus intéressant qu’il est un des rares à aborder la notion de plaisir dans la sexualité.

L’éducation à une sexualité sécuritaire demeure un «travail de gang», a-t-elle dit. Les parents devraient y contribuer, selon elle. Elle rêve du jour où, dans la pharmacie de la maison familiale, se trouve toujours une boîte de condoms. «On devrait y penser comme on pense à avoir du Tylénol dans sa pharmacie. Et il faudrait s’assurer qu’il en reste toujours… sans poser de questions.»

C’est parce qu’ils n’en avaient pas sur eux ou sous la main, lui ont souvent répondu ces jeunes ayant eu une relation sexuelle à risques. Mme Fortier dit que le nombre de dépistages a beaucoup augmenté et que si on rejoint les garçons, c’est parce qu’on a dépisté une ITSS chez une des jeunes femmes avec qui ils ont eu une relation non protégée… venue consulter pour un truc de contraception.

Du BLITS, Véronique Vanier dit que les ateliers Sexe-Cité qu’offre l’organisme vise à traiter du plaisir, du consensus et de la sécurité. Les animatrices fondent leurs interventions sur les composantes de l’empowerment : la participation, les compétences, l’estime de soi et la conscience critique. Il faut de tout cela pour vivre une sexualité agréable et saine, soutiennent les intervenantes.

On peut obtenir une copie papier du portrait ou le trouver en ligne au www.blits.ca.

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