40 % du Lac Saint-Pierre toujours condamné

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Par Jonathan Cossette

Pendant plus de cinquante ans, l’armée canadienne se servait du Lac Saint-Pierre à des fins de pratiques militaires et de mises au point. Dans le cadre de ses essais, l’armée testait principalement l’explosion d’obus. Tout près de 300 000 obus y ont sombré et aujourd’hui, 40 % du lac demeure condamné.

Le Lac Saint-Pierre se situe sur le fleuve Saint-Laurent, entre la région de Sorel-Tracy et celle de Trois-Rivières. Parmi les 300 000 obus qui y ont été dirigés, tout près de 8000 n’ont jamais explosé.

Les citoyens en ont eu assez et se sont alliés avec des environnementalistes pour faire cesser les exercices militaires. Ils ont eu gain de cause et depuis 2000, le Lac Saint-Pierre a retrouvé son rythme de vie. Du moins, presque, comme nous l’explique Mme Louise Corriveau, coordonnatrice du Comité ZIP du Lac Saint-Pierre (Zone d’intervention prioritaire) : « Environ 40 % du lac demeure impraticable et chaque année, des bouées de sécurité sont installées pour empêcher toutes activité, incluant même la navigation. La baignade y est aussi interdite et des agents sont mis en place pour éloigner ceux qui s’approchent. »

Poisson et être humain

Ces obus engendraient la contamination du milieu aquatique, ce qui était mortel pour les poissons et les plantes. Mme Corriveau est réaliste : « Il n’y a pas vraiment d’amélioration en tant que telle pour l’être humain, mais les poissons reprennent tranquillement leur place. La faune et la flore ont par contre repris le dessus après ces quelques années. »

Sous un mètre de sable

Quant à lui, le gouvernement considérait le nettoyage comme une de ses priorités, mais le dossier avance à petits pas. « Souvent, il s’agit d’une question de budget. Plusieurs obus sont maintenant enterrés sous un mètre de sable. La machinerie pour découvrir les obus qui ont détonné ou non doit s’avérer très dispendieuse et il faut se demander si elle serait efficace pour déceler un obus d’une ancre de bateau ou des cannettes de métal. »

Annuellement, l’armée parvient à ramasser quelques obus aux abords du lac, lors des périodes d’eau basse vers les mois d’août et de septembre. D’autres obus ont aussi été retirés du Lac Saint-Pierre l’an dernier lors de la création d’un chenail.

L’armée toujours en place

Quant à savoir si des représentants de l’armée pratiquent toujours dans la région de Nicolet, Mme Corriveau nous confirmait qu’ils sont bel et bien présents : « Aujourd’hui, il y a encore des tirs effectués par l’armée canadienne, mais aussi par l’armée américaine. Cependant, les tirs se font directement dans le sable. »

À l’époque, les pratiques se faisaient dans l’eau parce que les conséquences n’étaient pas très apparentes. On se souviendra qu’en février 2011, le député bloquiste de Champlain, Marcel Gagnon, avait demandé des fonds auprès du gouvernement d’Ottawa. Il demandait 100 millions de dollars pour dépolluer ce secteur du fleuve Saint-Laurent. À ce jour, le Lac Saint-Pierre demeure plutôt sacrifié dans tout près de la moitié de sa superficie.

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