La musicienne maraîchère

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Par Marie-Ève Veillette
La musicienne maraîchère
Véronique Poulin est la nouvelle coordonnatrice du Marché public de Deschaillons. Elle souhaite le demeurer plusieurs années, si possible, «afin de pouvoir le faire évoluer». (Photo : Marie-Eve Veillette)

DESCHAILLONS. Près d’une cinquantaine d’années se sont écoulées depuis le temps où Véronique Poulin et ses cousins se rendaient au bord de la route Marie-Victorin, à Deschaillons, pour vendre les surplus de légumes de leurs jardins. Aujourd’hui, la voilà à la coordination du Marché public de Deschaillons, né en 2009, à quelques pas de l’endroit précis où elle campait sa brouette!

«Il n’y avait pas de marché public ici à l’époque, ni même de halte», sourit Mme Poulin, dont la famille détient toujours leurs deux maisons d’été nichées au cœur d’une toute petite colline, à l’abri du vent et des regards. «On avait trop de concombres et de maïs, alors on partait avec notre brouette et on s’installait en bordure du chemin. On marchait presque un kilomètre. Les gens arrêtaient et nous en achetaient!»

Véronique Poulin est attachée à l’endroit, qu’elle n’a jamais cessé de fréquenter même durant la vingtaine d’années passées dans la métropole pour le travail. «Je venais aussitôt que j’avais deux ou trois jours de libres. Je n’ai jamais perdu contact même si j’habitais sur le Plateau Mont-Royal. Je savais que je reviendrais m’établir ici.»

Arrivée à la préretraite, elle a fait le saut. Il y a un an et demi, elle s’est établie pour de bon à Deschaillons-sur-Saint-Laurent. Formée en permaculture, elle pratique l’agriculture régénérative sur le lopin de terre familial. «J’ai toujours gardé les mains dans la terre. Je faisais un minimum ici, en raison de mes disponibilités limitées, mais c’est le deuxième été que je m’investis à temps plein, avec un élevage de poulets également.»

Elle cultive de tout: piments forts, cerises de terre, asperges… «Ma sœur jumelle m’aide un peu, une cousine aussi. La famille élargie vient nous visiter. On est très proche», souligne-t-elle.

Véronique Poulin a fait carrière comme violoncelliste à Montréal au sein du quatuor à cordes Les Archicordes. «On a fait toutes sortes de choses: de la musique de films, des concerts, des tournées…», énumère celle dont la mère vient d’une grande famille de musiciens à Québec. Elle a également enseigné et fait de la suppléance en langues et en musique dans certaines commissions scolaires, parallèlement à son travail. Dans les dernières années, elle a aussi travaillé pour des projets agrotouristiques en Montérégie. «J’ai quitté Montréal un peu tannée. J’avais fait le tour ce de style de vie», dit-elle.

Une décision qu’elle est loin de regretter, d’autant plus qu’elle l’a prise juste avant l’arrivée de la COVID-19, qui a mis en pause prolongée tout le secteur des arts et de la culture, ce qui lui a permis de se concentrer sur sa production maraîchère, qu’elle qualifie «d’amateur, mais sérieuse».

Puis, elle a vu que le Marché public de sa municipalité d’adoption cherchait un coordonnateur en vue de la reprise de ses activités, après une année d’absence. «J’ai levé la main car c’était dans mes champs d’intérêt! J’ai été embauchée à la fin mars.»

Elle a concocté un plan de relance pour le marché, étant donné que «la COVID amène son lot de réflexions». Elle a recruté les producteurs et exposants et est allée chercher un appui de taille auprès de l’UPA, qui a accepté de subventionner les tables des producteurs centricois. «Les petits producteurs ont un modèle d’agriculture viable et durable. Il faut appuyer ça, et le marché public est l’endroit pour le faire. Dans cette optique-là, il prend toute son importance, d’autant plus que l’approvisionnement local, ou le « circuit court », comme on dit, fait en quelque sorte partie de la vague post-pandémie.»

Dès le début de son mandat, Véronique Poulin a constaté que le recrutement des producteurs représentait un défi. «Ils n’ont pas de temps. Ils travaillent avec du vivant et n’ont pas beaucoup de main-d’œuvre. C’est difficile pour eux de s’absenter et de venir passer leur samedi ici alors qu’ils ont plein de choses à faire. C’est une réalité qu’on comprend mal, mais que je sais d’instinct en étant moi-même maraîchère. Je connais les contraintes, alors j’ai mis sur pied des formules susceptibles de les aider.»

Les «tables ambassadeurs» en sont une. Elles permettront à deux producteurs de partager un espace afin de s’entraider. Ils pourront par exemple s’échanger une journée de garde à la table du marché. Cela leur libérera du temps pour aller aux champs, sans pour autant nuire à la présence et à la vente de leurs produits durant leur absence. «Ils se supporteront les uns les autres, dans la formule qui les accommodera le mieux. Je les laisse s’organiser entre eux, car ils connaissent mieux que quiconque leur marché et leurs produits», souligne Mme Poulin, qui fait les liens entre eux et qui passera l’été à observer ce qui fonctionnera bien… et moins bien.

«Les producteurs sont prêts à participer, ils ont une belle ouverture d’esprit. Ils sont contents d’être ici», ajoute-t-elle, confirmant le retour de quelques habitués, mais aussi de nouveaux joueurs.

Véronique Poulin s’est également donné le mandat de rajeunir la clientèle du marché et de la fidéliser. Éventuellement, un module de jeu pour enfants sera installé. Un sac de fidélisation de qualité est quant à lui en route; il arborera fièrement le logo du marché. Des thématiques pourraient également s’ajouter au calendrier, mais cela reste à voir en fonction des directives de la Santé publique.

Le Marché public de Deschaillons accueillera sa clientèle tous les samedis de l’été à partir du 19 juin, et ce, jusqu’au 4 septembre inclusivement. Les heures d’ouverture sont de 9h à 15h.

 

 

 

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