La décomposition humaine à l’étude à Bécancour

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Par Marie-Ève Veillette
La décomposition humaine à l’étude à Bécancour
Shari Forbes, professeure au Département de chimie, biochimie et physique de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), dirige le nouveau site extérieur de Recherche en Sciences Thanatologiques [Expérimentales et Sociales] (RESTES). (Photo : Josée Beaulieu)

BÉCANCOUR. Le laboratoire extérieur de recherche en thanatologie humaine de l’Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR) a accueilli ses premiers corps humains dans son site sécurisé situé dans le parc industriel et portuaire de Bécancour, à la fin de l’été dernier.

Ce site, qui porte le nom de «Site de Recherche en Sciences Thanatologiques [Expérimentales et Sociales]», est identifié par l’acronyme REST[ES]. Il est situé sur un terrain boisé et clôturé d’environ 1600 mètres carrés, non visible de la rue.

L’endroit permet à des scientifiques de divers domaines de mener des travaux sur la décomposition du corps humain en conditions naturelles. Ceux-ci souhaitent notamment en apprendre davantage sur les processus physiques, chimiques et biologiques de la décomposition humaine en climat continental nordique afin d’aider les forces policières dans leurs enquêtes sur les décès ou lors de recherches de personnes disparues.

«Actuellement, il existe peu de données sur la façon dont se déroule la décomposition humaine dans des régions où les températures peuvent varier de -40 °C à 40 °C. Grâce à nos recherches au site de REST[ES], réalisées tout au long de l’année, nous comprendrons mieux les événements et facteurs qui affectent les restes humains après la mort, sous de telles conditions climatiques. Nous pourrons aussi améliorer notre estimation du temps écoulé depuis un décès», note la professeure Shari Forbes, directrice de REST[ES] et titulaire de la Chaire de recherche Canada 150 en thanatologie forensique.

Plusieurs disciplines bénéficieront des avancées qui seront faites à Bécancour: chimie forensique, biologie moléculaire, microbiologie, géologie, science des sols, géophysique, géochimie, écologie, entomologie, pathologie, odontologie, anthropologie, archéologie, télédétection, biométrie, sciences humaines et sociales portant sur les perceptions de la mort dans nos sociétés, etc.

Des étudiants de divers horizons, des stagiaires postdoctoraux et des chercheurs de partout dans le monde participeront aux travaux sur le site REST[ES]. «Il deviendra un lieu de collaboration interdisciplinaire important», fait remarquer Sébastien Charles, vice-recteur à la recherche et au développement de l’UQTR.

Il ajoute que l’endroit favorisera «la création et le renforcement de partenariats au Québec, au Canada et à l’international». À un tel point, en fait, que l’idée de créer un réseau pancanadien de laboratoires du genre est dans l’air, confirme Jean-François Hinse, conseiller en communications à l’UQTR: «Il y a beaucoup d’excitation au niveau scientifique et policier quant au travail qui se fait présentement. Les chercheurs espèrent développer d’autres sites comme celui de Bécancour ailleurs au Canada. Chacun de ces laboratoires aurait probablement son expertise», explique-t-il.

Respect des donneurs

Seul laboratoire du genre au Canada, le site est sous surveillance constante afin d’assurer le bon déroulement des recherches, de même que l’intégrité et le respect des donneurs. «Les corps utilisés au site REST[ES] arrivent généralement dans les 24 à 48 heures après la mort. Ils proviennent de personnes qui ont généreusement choisi d’offrir leur dépouille spécifiquement pour ce projet, par le biais du programme de don de corps du Laboratoire d’anatomie humaine de l’UQTR», précise Shari Forbes.

Elle souligne également que «les cadavres sont étudiés dans le plus grand respect des normes éthiques, sur des périodes pouvant s’étendre jusqu’à plusieurs années.»

Une fois les études terminées, les restes de chacun des corps sont incinérés individuellement et rendus aux familles du donneur.

Travaux préparatoires

Le projet avait été annoncé en octobre 2018. Depuis, il a franchi avec succès les étapes préparatoires. Celles-ci touchaient évidemment l’aménagement du site lui-même, mais aussi la réalisation de diverses expérimentations visant à tester des instruments (capteurs, caméras, etc.) et à valider les méthodes de cueillette d’information et d’échantillons (spécimens d’odeurs, de tissus, de sol ou de végétation). Ces recherches ont été effectuées à l’aide de carcasses de porcs dès 2019, sur un autre terrain que celui sur site REST[ES].

 

Bon à savoir

Les études menées au laboratoire en plein air aménagé sur le terrain appartenant à la Société du parc industriel et portuaire de Bécancour permettront de perfectionner les méthodes utilisées pour la recherche, la localisation, la récupération et l’identification des personnes disparues et des victimes d’homicides et de catastrophes. Le site REST[ES] servira également de lieu de formation pour les forces de l’ordre, les équipes de recherche et de sauvetage, les médecins légistes, les étudiants et les consultants en matière d’enquêtes médicolégales sur les décès.

 

 

 

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