Janie Vachon-Robillard, la pionnière du portage des enfants au Québec

Janie Vachon-Robillard, la pionnière du portage des enfants au Québec
Janie et son conjoint ont porté leurs trois enfants. (Photo : Courtoisie)

SANTÉ. Fort présent en dehors de l’Occident, le portage d’enfants se développe au Québec grâce aux efforts de Janie Vachon-Robillard, une résidente de Saint-Léonard-d’Aston. Native de Fortierville et mère de trois enfants de 4 à 17 ans, la femme déploie de nombreux efforts pour faire connaître cette pratique. Une passion qui l’a même amenée à créer l’Institut national du portage des enfants (INPE) en 2018.

Des monitrices partout au Québec.

«Je suis la fille d’un globe-trotteur et d’un guide de voyage. Dans mon enfance, j’ai été baignée dans les magazines GÉO et les cartes postales rapportées de partout dans le monde. Mon père, Jacques Robillard, m’a amenée avec lui en Amérique du Sud quand j’avais 10 ans. J’y suis retournée à 17 ans. J’ai vu des femmes qui portaient leur bébé. J’avais même une poupée d’une mère qui portait son enfant», se souvient-elle.

C’est ainsi que dès la naissance de son premier enfant en 2002, elle souhaite ardemment le porter comme les femmes sud-américaines le font. «Tenant compte de mon enfance, c’était une évidence pour moi de porter mon bébé quand je suis devenue maman», tout en découvrant, à l’époque, que le sujet est, à proprement dit, inconnu au Québec.


Qu’est-ce que le portage?

 

«C’est l’utilisation d’un porte-bébé au-delà du transport d’un point A au point B. C’est un mode de vie avec son enfant. Cela s’utilise à la maison et pas seulement lors de sortie. Pour bien le faire, dans une écharpe, il faut porter l’enfant agrippé haut contre soi ou à portée de bisous et en position assis-accroupi où l’on soutient son siège de façon respectueuse», décrit Janie Vachon-Robillard.


 

Ayant évidemment besoin d’un porte-bébé pour le faire, elle se retrouve dans une situation où le produit qu’elle cherche n’est pas offert commercialement au Québec. Heureuse coïncidence, sa sœur Nadia en a un qu’elle a acheté lors d’un voyage au Guatemala. Elle s’en sert cependant… comme descente de lit! Heureuse et déterminée, Janie va le récupérer et apprendre, comme elle peut, à se servir de ce grand carré de tissu. «Je ne savais pas du tout comment faire, mais je me suis dit «Je vais trouver».

En 2002, l’Internet commençant à poindre comme outil de recherche efficace, Janie se met à l’ouvrage et trouve Peau à peau. Cette association française et belge fait la promotion sur le web du portage et donne des liens vers des sites où l’on peut acheter des écharpes en Allemagne. Ce qu’elle fait malgré que le commerce en ligne n’est pas aussi facile que maintenant. Également, dès qu’elle trouve de l’information technique en anglais, en allemand ou en espagnol, la jeune maman s’empresse de les faire traduire. Une profonde quête qui l’amènera à vouloir partager ses connaissances à travers le Québec.

«Dès le début, quand j’habitais à Québec, les gens m’arrêtaient dans la rue. «Vous avez dont l’air bien. Ça l’air le fun. Où as-tu pris ça?». Je leur répondais alors qu’il fallait acheter son écharpe en Allemagne, que ça prenait un mois à recevoir et que c’était super compliqué d’envoyer de l’argent. Je leur ajoutais que les instructions étaient en allemand et que cela prendrait des mois avant qu’ils comprennent comment utiliser l’écharpe correctement. C’est comme si je leur disais d’oublier ça», se souvient-elle consciente de l’aspect repoussant de ses réponses.

«Mais c’était tellement bénéfique pour mon enfant et pour moi que je me suis dit qu’il fallait que je fasse quelque chose pour le transmettre, pour aider les autres», explique la femme qui va alors se transformer en importatrice de tissus du Guatemala. «C’est à partir de là que j’ai commencé à vendre des écharpes avec cours inclus», précise-t-elle. «J’avais tant vécu de difficultés dans l’apprentissage que je ne voulais pas que les parents à qui je vendais des écharpes vivent le même problème».

De 2004 à 2007, elle vend petit à petit, de bouche à oreille, ses produits à Québec. Des compagnies québécoises vont emboiter le pas et une distribution s’organise dans les boutiques spécialisées en maternité. Ne souhaitant pas être une femme d’affaires, Janie prend la décision de ne pas compétitionner avec eux. Pour répondre aux demandes de plus en plus nombreuses qu’on lui adresse, elle se centre alors sur l’apprentissage de l’utilisation du porte-bébé.

Ayant étudié pour être sage-femme, Janie a évidemment une très bonne connaissance de la périnatalité et de la petite enfance. À partir de ce moment, elle ajoute une corde à son arc en devenant l’enseignante d’une formation, de sa formation. Afin d’étendre les connaissances sur le portage, Janie formera également des monitrices afin d’accompagner les parents à partir de 2013. Dans le cadre de séminaires de quatre jours, elle initiera près de 200 personnes. Cela jette les bases de ce qui deviendra l’Institut national du portage des enfants en 2018.

«Je recevais des appels de partout au Québec. J’ai d’abord créé un site web où l’on répertoriait les monitrices par région. Il y avait également un besoin qui s’exprimait au niveau de la concertation des intervenants pour faire rayonner la pratique ajoutée à une volonté d’encadrer le portage pour en assurer le côté sécuritaire en diffusant une information juste et complète. C’est pour que cela que j’ai créé avec des monitrices un organisme», explique celle qui en assume la présidence.

Une création et une mise en place qui n’est pas une sinécure. «On rencontre beaucoup de difficulté à trouver du financement auprès du gouvernement du Québec malgré que l’on soit de plus en plus reconnu et consulté par les intervenants du milieu de santé», déplore-t-elle tout en continuant de s’impliquer bénévolement à la hauteur, parfois, de 20 heures par semaine.


Les bienfaits

Selon l’INPE, le portage des enfants :

  • Favorise l’établissement de liens d’attachement forts.
  • Allège le quotidien et l’anxiété des parents et augmente leur sentiment de compétence.
  • Diminue les pleurs et les inconforts chez l’enfant.
  • Permet une transition harmonieuse à la vie extra-utérine pour l’enfant en maintenant ses repères sensoriels et en favorisant la maturation de tous ses systèmes.
  • Diminue la détresse que peuvent vivre les parents et favorise la rémission d’une dépression post-partum.
  • Diminue l’isolement des mères.
  • Stimule le développement global de l’enfant..
  • Aide la digestion et diminue le reflux.
  • Diminue l’incidence des déformations positionnelles chez l’enfant (plagiocéphalie).
  • Diminue les risques blessures pour le parent (tendinite, entorse lombaire, scoliose)

(Source : https://inpe.ca/fr/index/)


 

 

 

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Caroline
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Caroline

Si pionnière décrit une première personne (connue) à faire usage du portage, ce n’est pas le cas ici. Maman au début des années 80, je n’étais pas seule non plus à utiliser le porte-bébé, sous plusieurs formes. C’était même une mode, à l’ère granola. Qu’elle en soit promotrice ou porte-étendard au Québec serait plus approprié. Je la félicite d’éduquer les mères à faire du portage un mode de vie avec leur enfant, puisqu’il est certain que les avantages que vous citez sont réels! Ce sont des moments précieux, tant pour les parents que les enfants! Bravo!