«J’ai songé à démissionner» – une infirmière en CHSLD au Centre-du-Québec

Manon Toupin
«J’ai songé à démissionner» – une infirmière en CHSLD au Centre-du-Québec
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SANTÉ. Sous le couvert de l’anonymat, une infirmière qui travaille dans un CHSLD du Centre-du-Québec a tenu à témoigner de l’épuisement du personnel qui fait en sorte que plusieurs s’absentent du travail augmentant la demande de temps supplémentaire obligatoire (TSO). Elle a même songé, pour la première fois, à démissionner.

Cela fait plus de 20 ans qu’elle pratique ce métier, qu’elle adore encore. Mais les conditions sont de plus en plus difficiles. «Depuis la fusion de la Mauricie et du Centre-du-Québec pour les services de santé (en 2015), ça s’est détérioré. Et avec la pandémie, c’est encore pire», déplore celle qu’on appellera Christine pour les besoins de l’article.

Elle apprécie beaucoup les résidents avec qui elle travaille et qui sont presque devenus sa famille (tellement elle passe du temps au CHSLD). C’est d’ailleurs pour eux qu’elle souhaite dénoncer le manque d’humanité dans les décisions prises, à grande échelle, du côté de Trois-Rivières. Elle ne remet pas en cause le dévouement du personnel et les bonnes intentions des dirigeants, mais voudrait bien qu’ils viennent voir comment ça se passe dans la réalité.

On a entendu beaucoup parler des préposés aux bénéficiaires. Mais peu d’infirmières ont pris la parole pour dénoncer la situation à laquelle elles sont confrontées. Christine est toujours passionnée par les soins qu’elle offre à des personnes âgées, mais est fatiguée. Elle est à la tête d’une équipe formée d’une infirmière auxiliaire et de cinq préposés, qui s’occupent d’une trentaine de patients. Son travail consiste, entre autres, à évaluer les cas, les plaies, mais également de motiver les membres de son équipe et être à l’écoute de tout le monde. À cela s’ajoute de la gestion de «paperasse», comme elle le dit si bien, donc qui enlève du précieux temps pour les soins. «Et quand il manque de personnel, il faut en faire plus. Les pousse-mines (le gouvernement) ne veulent pas voir les vrais problèmes», déplore-t-elle.

Déjà que les quarts de travail ont leur lot de difficultés (dont le port constant du masque, peu importe la situation, même lorsqu’on donne la douche aux résidents), lorsque le TSO vient s’ajouter comme une exigence (à toutes les semaines), cela devient intenable. «Et souvent, à ce moment, il faut faire le travail des préposés, qui est très physique», fait-elle remarquer.

L’infirmière est bien prête à faire des efforts, mais estime qu’on en demande beaucoup au personnel, alors qu’il pourrait y avoir des solutions simples pour améliorer la situation. «Quand on amène des suggestions, on trouve des raisons de ne pas les mettre en place», déplore-t-elle encore. Ces jours-ci, ces mois-ci devrait-on dire, c’est la COVID-19 qui est la principale raison de l’inaction, croit-elle. La pandémie a le dos large, note l’infirmière qui ajoute que la pénurie de préposés existait bien avant le mois de mars, mais que l’arrivée du virus a exacerbé la situation.

«Si ma mère était dans un CHSLD, je la sortirais. Ce n’est pas la qualité du personnel que je remets en cause, mais bien le manque qui fait en sorte qu’on doit couper sur des services. Heureusement qu’on n’a pas eu de cas», exemplifie-t-elle.

Plusieurs familles qui viennent voir leurs proches aident comme ils peuvent, mais ne sont pas en mesure de donner les soins. «Et il y a de plus en plus de cas de troubles neurocognitifs des lobes frontaux, mais plus de place dans les ilots prothétiques où ils devraient se retrouver. Nous ne sommes pas formés pour ça», fait-elle remarquer.

Le travail devient donc, pour cette infirmière et plusieurs de ses collègues, de plus en plus difficile, autant physiquement que moralement. «Et pour ajouter à tout cela, il faut jouer à la police du masque avec les visiteurs», soulève-t-elle.

Plusieurs raisons qui ont fait en sorte que récemment, Christine a envisagé (pour la première fois) de quitter la profession qu’elle aime tant.  «Le CIUSSS, c’est énorme. Il n’y a plus de côté humain», dénonce-t-elle. Pourtant, ce sont avec des humains, qui ont de grands besoins, avec qui elle travaille. «Avant, on s’asseyait ensemble pour régler les choses. Là, nous sommes gérés par des gens qui ne savent même pas combien on a de résidents», donne-t-elle comme exemple.

L’arrivée, la semaine dernière, des préposés aux bénéficiaires en formation, redonne de l’espoir à l’infirmière. Mais cela ne changera pas beaucoup son quotidien puisque son équipe demeurera comme auparavant. Ce sont pour les autres préposés que l’aide sera davantage perçue.

Par-dessus tout, Christine souhaiterait que les dirigeants prennent le temps de venir voir, sur les lieux, l’état de la situation. «On nous dit qu’on nous comprend, qu’on va nous aider. Mais ils ne savent pas ce qu’on vit, ce que les résidents vivent. Ce sont toujours eux qui subissent les conséquences», dit-elle encore.

Selon elle, le réseau est dans l’urgence et elle estime qu’il va perdre beaucoup de joueurs si la situation perdure. «La pandémie est là pour durer, j’en ai peur, il va falloir trouver des solutions.»

Et lorsqu’on lui demande ce qu’il faudrait faire pour améliorer les choses, l’infirmière indique simplement qu’il serait nécessaire que les CHSLD redeviennent des lieux à grandeur humaine, gérés localement. «Je regrette l’avant-regroupement Mauricie-Centre-du-Québec», termine-t-elle.

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