Gîte et repas en échange d’une paire de bras

Photo de Marie-Ève Veillette
Par Marie-Ève Veillette
Gîte et repas en échange d’une paire de bras
Véronique Bussière, Luc Bournival et Louise Nayagom. (Photo : (Photo Marie-Eve Veillette))

BÉCANCOUR. Vivre une expérience immersive et humaine enrichissante sans débourser un seul sou : voilà la réalité de ceux qu’on appelle les « wwoofers ».

Cette nouvelle génération de voyageurs pose ses bagages chez des hôtes détenant de petites terres agricoles afin de leur donner un coup de main en échange d’un toit et de repas. Ils y demeurent le temps d’un court ou d’un long séjour, selon l’entente conclue avec leur hôte.

Partout sur la planète, le phénomène prend de plus en plus d’ampleur. Au Canada, 622 hôtes sont inscrits sur la plateforme originale WWOOF Canada (pour World wide opportunities on organic farms, ou encore Willing workers on organic farms). Dans la région, quatre hôtes sont répertoriés sur cette plateforme : la Terre Haut Respect à Saint-Célestin, La Radicule à Manseau, la Ferme Trotteuse à Sainte-Marie-de-Blandford, de même que la fermette de Luc Bournival et Véronique Bussière à Sainte-Angèle-de-Laval.

Ces derniers accueillent actuellement une wwoofeuse française qui étudie à Montréal. Depuis le mois de mai et jusqu’à la fin d’août, Louise -Nayagom donne un coup de pouce apprécié au champ, dans la maison et dans les soins aux animaux. « On a des chèvres laitières, un boisé et un grand jardin. Ce n’est pas une ferme commerciale ; c’est pour notre plaisir », mentionne Véronique Bussière.

La terre a 16 hectares : 8 en prairie et agriculture et 8 en forestier. Le troupeau compte 35 têtes. « On est arrivé ici en mai 2014. On amorce notre huitième saison », indique Luc Bournival.

Ce n’est que depuis trois ans que le couple accueille des wwoofers chez lui. « Tout d’un coup, il est rentré un peu plus d’ouvrage que je pensais, alors on a regardé pour cette option-là », raconte M. Bournival, qui travaille à temps plein sur sa ferme.

La première année, cinq personnes sont venues à tour de rôle lui prêter main forte. En 2019, une vingtaine de personnes se sont succédé. L’an dernier, le couple a mis le wwoofing sur la glace en raison de la pandémie et cette année, seule Louise, pour le moment, a intégré leur quotidien. Elle en est à son troisième séjour chez lui : « Je suis venue une fois en octobre (2019) et une fois en mars (2020, avant la pandémie). C’était des séjours d’une semaine. Cet été, c’est quatre mois ! J’avais envie d’être plus à la campagne, de changer d’air ».

C’est par une amie que la jeune femme de 21 ans a entendu parler du wwoofing. « Je commençais à m’ennuyer un peu à la ville. Une amie m’a alors dit que c’était possible d’aller aider à la ferme et d’y être logée et nourrie en retour. Je me suis alors inscrite sur le site et j’ai découvert la ferme ici », raconte-t-elle. Ç’a cliqué. « C’est le seul endroit que j’ai fait. J’aime ça, ici ! »

« Elle s’enracine tranquillement », souligne Véronique Bussière en rigolant.

Plus à l’Est…

Crystal To est quant à elle originaire de la Colombie-Britannique. Tout comme Louise Nayagom, elle a opté pour un long séjour cet été. Un baptême de wwoofing dans son cas. C’est chez Marie-Claude Comeau, de la ferme La Radicule, qu’elle a atterri au début du mois de mai. Elle quittera Manseau le 20 août.

« Je connais ça (le wwoofing) depuis longtemps parce que j’ai beaucoup d’amis qui en ont fait au fil des ans. J’ai décidé d’en faire cette année parce qu’en raison de la COVID, je ne pouvais pas trop voyager. [Cette option] me permettait faire quelque chose de cool sans avoir à voyager à travers les frontières. »

Puisque sa copine travaille à Victoriaville, elle a fouillé parmi les opportunités dans la région avoisinante. « Marie-Claude (Comeau) est l’une des personnes que j’ai contactées. Le meilleur «fit» , finalement, c’était avec elle. »

Madame Comeau met une roulotte à la disposition de ses wwoofers. C’est là qu’habite Crystal, sa copine, son chien et son chat.

Sur la ferme, les tâches sont variées. « Au printemps, on préparait les champs. Depuis juin et juillet, on fait principalement du désherbage », souligne Mme To, qui n’avait jusque-là aucune expérience agricole à son actif. « Je n’ai pas de formation là-dedans. Quand je suis arrivée, je ne connaissais rien. Je ne savais même pas d’où venaient les graines ! J’avais beaucoup de questions », ajoute celle qui a toujours habité de grandes villes, dont Vancouver, Hong Kong et Sydney.

À Manseau, elle a appris à apprécier le mode de vie campagnard. Au point qu’elle expérimentera autre chose cet hiver, en Saskatchewan, avec des chiens de traîneau.

Marie-Claude Comeau apprécie les rencontres que le wwoofing lui permet de faire. « Oui, ça fait plus de bras dans le champ, mais à la base, c’est pour l’aspect communautaire », dit-elle, qu’elle accueille les gens chez elle. « C’est le fun de recevoir des personnes ayant différentes expériences de vie, venant d’autres pays, qui sont plus vieux ou plus jeunes… Je trouve que ça ajoute de la diversité dans la ruralité québécoise ! »

Elle fait également comprendre que le travail bénévole est significatif pour plusieurs qui sont en mode voyage-aventure. Elle-même, plus jeune, a expérimenté la formule, en plus du couchsurfing, une façon de se loger gratuitement chez des hôtes qui mettent à la disposition des voyageurs un sofa ou un matelas le temps d’un court séjour.

« C’était vraiment important pour moi de redonner à la communauté de voyageurs et d’aventuriers ; d’offrir un endroit où les gens pourraient venir vivre une expérience différente de leur quotidien », souligne Mme Comeau, qui a intégré le wwoofing dès la première année de création de son entreprise, il y a trois ans.

Comment ça marche ?

Luc Bournival, Véronique Bussière et Marie-Claude Comeau soulignent qu’il y a autant « de façons de faire que de monde » en wwoofing. Certains hôtes vont préférer accueillir les gens pour de courts séjours d’une à trois semaines et d’autres pour quelques mois, voire plus. « Ça dépend de l’entente que tu prends avec la personne », indique M. Bournival.

L’âge des visiteurs varie beaucoup, tout comme leur provenance « C’est très inclusif. Les plus vieux que j’ai reçus étaient dans la cinquantaine. J’ai aussi reçu des demandes d’une femme dans la soixantaine », mentionne Mme Comeau.

« On met à contribution les capacités et le talent de chacun », exprime Luc Bournival.

Crystal To formule ce conseil aux futurs wwoofers : « Osez, même si vous ne connaissez rien du travail à la ferme. Si vous venez avec l’esprit ouvert et que vous posez beaucoup de questions, vous apprendrez beaucoup ».

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