Gestionnaire agricole à seulement 27 ans

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Par Stéphanie Paradis
Gestionnaire agricole à seulement 27 ans
Alexis Chassé est gestionnaire des fermes Exploit et Al Premier, situées respectivement à Baie-du-Febvre et Sainte-Monique. (Photo : Stéphanie Paradis)

SAINTE-MONIQUE.  Bien que le chemin aurait pu paraître tracé à l’avance pour Alexis Chassé, ce dernier n’a pas choisi la voie rapide pour se rendre où il est aujourd’hui. « Je savais que je voulais aller à l’école. Je ne voulais pas avoir non plus le même parcours que mes amis agriculteurs qui souvent, après le secondaire, vont parfaire leurs connaissances à l’ITA de Saint-Hyacinthe ou à l’École d’agriculture de Nicolet. Moi, je suis allé au Cégep à Victoriaville en Sciences humaines. Après, je suis revenu à Trois-Rivières à l’UQTR en Management », raconte M. Chassé.

Alexis Chassé a terminé ses études en 2017. Son objectif à ce moment était de reprendre les rênes de la ferme familiale, la Ferme Exploit. Après 40 ans à la ferme, le père d’Alexis souhaitait se retirer, sans toutefois tout laisser entre les mains de son fils du jour au lendemain. Il est donc toujours propriétaire. « Il habite sur le bord de l’eau à Trois-Rivières et il vient quand ça lui tente! », lance le jeune agriculteur.

Cependant, Alexis Chasés souhaitait permettre à l’entreprise de prendre de l’expansion. « Avec la bonne gestion de mon père, il est devenu un des rares agriculteurs exempts de dettes. Généralement, un agriculteur a 50 % de dettes et 50 % d’actifs, et c’est comme ça que ça roule. La situation agricole n’est pas bonne ces temps-ci », plaide M. Chassé.

« La situation difficile s’explique par exemple par un prix du lait qui n’a pas monté depuis les années 90, alors que celui des fournisseurs et de tout ce qui entoure l’entreprise a augmenté de 200 %. Il faut trouver des manières d’arriver et de nouvelles manières de gérer. Mon père, les nouveaux systèmes de gestion, c’est sa spécialité », poursuit fièrement Alexis Chassé.

Après un an à travailler sur la ferme familiale, Alexis Chassé a fait des démarches afin de mettre la main sur la ferme voisine, mais en vain. Après 7 mois de négociations, M. Chassé a dû mettre de côté l’idée d’expansion qu’il avait grâce à l’achat de terres adjacentes aux siennes. « Ça a quand même été un petit deuil de laisser partir mon voisin, parce que je voyais un gros set up d’entreprise dans ma patrie que j’adore de tout mon cœur », dit-il.

Son désir d’acheter sa propre ferme laitière n’avait cependant pas été oublié. Après quelques recherches, il est tombé par hasard sur une ferme à vendre à Sainte-Monique, à 15 minutes de la ferme baievilloise.

« Je suis venu visiter la ferme en mars 2020 et  les propriétaires étaient prêts à vendre; l’homme était âgé de 72 ans et faisait encore le train tous les matins, 7 jours par semaine, pour un total de 70 à 80 heures par semaine de travail. Ça faisait 5 ans qu’il n’avait pas pris de congé », révèle M. Chassé.

« En mettant les pieds à la ferme, j’ai quand même eu un coup de cœur pour l’endroit. C’est totalement mon genre, je ne suis pas citadin du tout! J’aime les grands espaces et le prix était plus que raisonnable. Un an plus tard, j’ai instauré mon système et ça va bien! », se remémore Alexis Chassé.

Agriculteur nouveau genre

Alexis Chassé n’a jamais souhaité se lever à 3h du matin, tous les matins, pour aller faire le train. C’est pourquoi ce dernier a instauré un système de gestion d’entreprise comme son père lui a si bien appris. « Je l’ai toujours vu un peu faire la job des agriculteurs, mais d’une autre manière. Ça m’inspirait! J’aime aussi le fait de ne pas avoir d’horaire, d’être moins à l’étable tout en y supervisant les travaux », explique M. Chassé.

« Avec le système avant-gardiste de gestion de mon père, j’ai vu que l’agriculture, ce n’est pas que du travail physique routinier et quotidien. C’est plus un travail en harmonie avec la nature qui demande une plus grande efficacité du travail qu’une dévotion constante ».

« L’achat d’une autre entreprise m’a permis de m’équiper en employés et d’instaurer un système qui fait en sorte que je ne fais pas de train. Mais je suis quand même réveillé à 3h le matin quand mes employés rentrent! », lance-t-il en riant. « Comme c’est de la gestion de problème, je suis tout le temps avec mon téléphone en main ».

Même si Alexis Chassé est déjà bien occupé, cet éternel intense, comme il se plait à dire, a des projets d’agrandissements à sa ferme Al Premier de Sainte-Monique. Pour l’instant, il possède 125 têtes à Sainte-Monique et 100 à Baie-du-Febvre.

En plus des projets qu’il est incapable de refuser, la dernière année en a été une de défis pour M. Chassé. En effet, environ 40 pieds carrés de son terrain ont été emportés par un glissement de terrain, et il a dû passer une nuit à tenter de sauver son étable qui se remplissait de fumier après un bris de l’évacuateur. « Un évacuateur, c’est comme une grosse toilette qui s’en va en dessous du sol et qui remonte dans la fosse à fumier. La porte qui retient le fumier était brisée, alors ma fosse liquide revenait dans l’étable. C’est déjà arrivé à des producteurs au Québec qu’il y ait 4 pieds de fumier dans l’étable. Une partie de la nuit, j’étais dans cette immense toilette à tout tenter pour ne pas que ça arrive! », raconte Alexis Chassé.

Dans les prochaines années, Alexis Chassé souhaite commencer à racheter les parts de la ferme familiale à Baie-du-Febvre.

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