Deux agents d’Odanak blanchis en partie

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Par Sebastien Lacroix
Deux agents d’Odanak blanchis en partie
(Photo : (Photo Archives))

JUSTICE. Le policier qui a tiré sur un chien lors d’une arrestation qui s’est produite en juin 2013, à Odanak, n’a pas été blâmé par le Comité de déontologie policière. Du moins, sur ce point, puisque lui et son collègue sont accusés d’avoir abusé de leur autorité.

Dans une décision rendue il y a quelques semaines, Me Lysane Cree s’est rendue aux arguments du procureur de l’agent Nicolas Scholtus-Champagne. Le commissaire lui reprochait de ne pas avoir utilisé son arme avec prudence et discernement en tirant sur Willy, un mélange de labrador ou de rottweiler avec un pitbull.

Scholtus-Champagne et son collègue, l’agent Patrick Boulianne, ont également été blanchis des blâmes pour avoir pointé leur arme sur Edward Coughlin et de ne pas l’avoir informé des motifs de son arrestation et de ses droits constitutionnels.

Ils sont toutefois blâmés pour l’avoir abusé de leur autorité en arrêtant sans preuve et, par surcroît, de l’avoir détenu pour des fins d’enquête. Ce à quoi ils n’étaient pas autorisés.

Erreur sur la personne

L’affaire remonte au 30 juin 2013, alors que les deux agents du Corps de police d’Odanak s’étaient rendus à la résidence d’Edward Coughlin pour procéder à son arrestation. Son chien Willy avait alors été tiré pendant que les policiers passaient les menottes à son maître.

On soupçonnait à tort l’individu d’avoir été impliqué dans une affaire d’agression armée avec un bâton de baseball et de méfait au bar Le Traversy, à Pierreville, où une bagarre impliquant une dizaine de personnes avait éclaté. L’individu n’était pourtant pas sur les lieux ce soir-là.

Les agents – qui avaient seulement trois mois d’expérience – se sont rendus à son domicile à la demande de la Sûreté du Québec pour procéder à une vérification. Le suspect était connu des policiers pour avoir été impliqué dans des incidents au même endroit, mais la veille. Ce que les deux agents d’Odanak ignoraient à ce moment-là.

Comme il faisait noir et qu’on voulait mieux voir les adresses, les policiers ont approché de la maison de la rue Awassos, à pied. Puisque qu’ils craignaient que le suspect soit armé d’un bâton de baseball et qu’il soit encore intoxiqué, ils avaient leur arme sortie de leur étui, en prenant soin de le pointer vers le sol.

En cognant à la porte, le policier s’est identifié comme tel et a ordonné au suspect de sortir. Après avoir entendu un gros chien aboyer fortement, il a répété à trois reprises «Ne laisse pas sortir ton chien ou je le tire».

Or, le chien est sorti quand la porte s’est ouverte et le policier a décelé des signes d’agressivité. L’agent Scholtus-Champagne a alors reculé de quelques pas avant de faire feu sur la bête à trois reprises.

Comme les policiers croyaient que Coughlin avait laissé sortir son chien délibérément pour les attaquer, ils ont décidé de l’arrêter pour «agression armée», ce qu’ils n’ont toutefois pas indiqué dans leur rapport ni lors de leur débriefing avec le sergent Belletête. Celui-ci a par la suite admis que les deux agents ont pu agir rapidement, en raison de leur manque d’expérience.

Même qu’après l’avoir amené dans l’auto-patrouille, la sergente Grimard de la SQ, qui avait transmis des renseignements à la centrale d’Odanak, a averti les policiers qu’on n’avait aucun motif contre le suspect dans l’affaire qui s’était déroulée au bar Le Traversy.

Malgré tout, les policiers l’ont amené au poste et ont continué à le détenir alors qu’ils auraient pu le questionner dans le véhicule de patrouille ou encore revenir le lendemain à un moment plus propice.

Un chien protecteur

Après l’avoir amené au poste pour l’interroger, les policiers l’ont finalement reconduit chez lui pour qu’il aille prendre soin de l’animal. Celui-ci s’en est finalement sorti après une intervention d’urgence chez un vétérinaire de Saint-Hyacinthe.

Coughlin a pour sa part témoigné ne pas avoir entendu tout ce qui s’est dit lorsque les policiers se sont présentés en raison du bruit de l’air conditionné. Il explique que son chien est très protecteur, qu’il s’est placé devant lui et est sorti aussitôt qu’il a ouvert la porte.

Il a ajouté que son chien se promène normalement en liberté sur les terrains des voisins et qu’il n’était pas connu comme étant agressif, même s’il n’avait pas fait de cours de dressage. Le voisinage a d’ailleurs témoigné que l’animal n’est pas épeurant, mais «un peu stupide» et sociable.

Le suspect a, pour sa part, soutenu que la queue de son chien branlait lorsqu’il s’approchait de l’agent Scholtus-Champagne, ce qui indiquait qu’il n’est pas agressif. Il a aussi ajouté que les ordres étaient un peu confus avant les coups de feu. Un policier lui demandait de rentrer son chien et l’autre de demeurer au sol.

Le comité de déontologie policière a fait valoir qu’un maître responsable aurait dû retenir son chien en ouvrant la porte. Il a aussi retenu le témoignage de l’agent Scholtus-Champagne qui a expliqué son expérience pour l’entraînement des chiens. Il affirme avoir reconnu des signes précurseurs d’une attaque et n’a pas douté qu’il pouvait subir des lésions corporelles graves.

Il assure aussi que son arme est restée pointée au sol jusqu’à ce qu’il vise le chien, que son angle de tir était resté vers le bas et que M. Coughlin n’était pas dans son champ de vision. Il estime aussi que l’utilisation d’une arme intermédiaire n’aurait pas été possible pour neutraliser la menace de blessures graves que présentait le chien d’environ 90 livres.

Un terrain hostile

Le comité de déontologie policière n’a toutefois pas retenu l’argument voulant que l’agent Scholtus-Champagne craignait que les réserves indiennes représentent «un terrain hostile» pour la police. Il faisait valoir qu’on peut y rencontrer des problèmes sociaux tels que la toxicomanie, le manque d’argent et la criminalité, ou la présence d’armes longues puisque plusieurs pratiquent la chasse.

Le Comité estime que les policiers qui travaillent sur les réserves doivent être au fait du vécu des membres des communautés, de leur vie quotidienne et des différences culturelles qui peuvent exister. Ils ne doivent pas intervenir avec un préjugé «hostile».

D’autant plus que dans cette situation. M. Coughlin n’a démontré en aucun temps d’hostilité envers les policiers, et ce même s’il vivait une certaine détresse et était inquiet pour le bien-être de son chien. Il a au contraire obtempéré en tout temps aux directives des policiers.

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