Débat des candidats dans Bécancour-Nicolet-Saurel

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Par Stéphanie Paradis
Débat des candidats dans Bécancour-Nicolet-Saurel
Louis Plamondon, Nathalie Rochefort, David Turcotte, Yanick Caisse et Catherine Gauvin. (Photo : Marie-Ève Veillette)

ÉLECTIONS FÉDÉRALES 2021. Cinq candidats aux élections fédérales 2021 se sont affrontés, lundi soir, dans un débat organisé conjointement par Via 90.5 FM et Le Courrier Sud. Louis Plamondon, député sortant de la circonscription Bécancour-Nicolet-Saurel pour le Bloc Québécois, Yanick Caisse, candidat pour le Parti Conservateur, Nathalie Rochefort, candidate pour le Parti Libéral, Catherine Gauvin, candidate pour le Nouveau Parti démocratique ainsi que David Turcotte, candidat pour le parti Vert, ont débattu avec vigueur sur cinq grands thèmes.

Au cours de la soirée, les candidats ont été amenés à exposer leurs opinions et celle de leur parti au sujet de la gestion de la pandémie et finances publiques, l’agriculture, la protection de l’environnement, l’économie et le développement régional, ainsi que le rôle du gouvernement fédéral.

Gestion de la pandémie et finances publiques

David Turcotte et Yanick Caisse s’entendent pour dire qu’il est temps de mettre fin aux programmes de PCU et de PCRE. Cependant, M. Turcotte estime qu’il est désormais temps que le Canada se dote d’une véritable politique contre la pauvreté avec un revenu minimum garanti. Alors que Nathalie Rochefort plaide que n’importe quel gouvernement aurait ralenti l’économie afin de mettre un frein à la pandémie, elle affirme que grâce à ces soutiens financiers, plusieurs restaurateurs, petites usines et entreprises ont pu survivre. En outre, Louis Plamondon estime que les programmes de soutien financier auraient dû être ajustés en cours de route et aurait pu mieux cibler les bénéficiaires, dit-il en pensant notamment aux milieux culturels. M. Caisse a soulevé quant à lui le problème des frontières qui auraient été fermées trop tard en début de pandémie, ce à quoi M. Plamondon a acquiescé.

Yanick Caisse pense, bien que les entreprises avaient besoin de soutien financier, que les montants attribués à ces entreprises ont été mal ciblés; les entreprises n’avaient pas toutes besoin d’un montant équivalent. Mme Rochefort a souhaité « rectifier le tir » en ajoutant que la Subvention salariale d’urgence du Canada (SSUC) payait effectivement 75 % des salaires, mais que les revenus devaient avoir baissé de façon drastique et que ces pertes doivent être prouvées chaque mois. Louis Plamondon explique que la SSUC est nécessaire, car elle maintenait des emplois, contrairement au programme pour étudiant qui les incitait à rester à la maison.

David Turcotte a profité de cette discussion pour soulever un problème, celui des salaires: « Le 2000 $, c’était, pour une grande part de la population, plus payant que d’aller travailler. Ce n’est pas normal que dans un pays comme le Canada, on ait de la difficulté à se loger à un prix abordable, que le salaire minimum soit de 13,50 $ l’heure. C’est à peine suffisant pour payer les dépenses, tu ne peux pas avoir d’imprévu avec ça », mentionne-t-il.

Concernant la relance économique post-pandémie, il faudra faire preuve d’imagination et Louis Plamondon espère notamment miser sur les ainés. « Une personne de 65 ans et plus a le droit de travailler jusqu’à 5000 $ sans que cela touche à son Supplément de revenu garanti. Peut-être qu’on pourrait monter cette barrière jusqu’à 10 000 ou 15 000 $ pour ramener beaucoup de gens sur le marché du travail », dit-il. David Turcotte voit la relance économique comme une occasion d’ouverture: « La pénurie de main-d’œuvre nous offre l’occasion de faire preuve d’ouverture avec les personnes vivant avec un handicap ou le spectre de l’autisme, de leur tendre la main et de leur offrir un revenu décent et de faire partie de l’essor économique du pays », plaide-t-il. Ses propos ont rapidement été soutenus par la candidate Rochefort. Alors que l’immigration semble une solution intéressante pour les candidats conservateur, libéral et bloquiste, Catherine Gauvin souhaite quant à elle une relance en mode vert, notamment en coupant les subventions aux pétrolières.

Agriculture

Pour atteindre l’autonomie alimentaire, Yanick Caisse estime qu’il faut tout d’abord combler le manque de main-d’œuvre, mais également régler la question de gestion de l’offre. « Les agriculteurs ont perdu 18 % de leur marché », lance-t-il. Catherine Gauvin rappelle que du côté de la pénurie de main-d’œuvre dans les grandes fermes, le NPD a promis un investissement de 79 M$ pour faciliter l’arrivée des travailleurs immigrants. Le dossier de la gestion de l’offre est également, selon Mme Gauvin, une priorité pour son parti. Tous deux valorisent la création de serres pour aider à atteindre cette autonomie alimentaire tant convoitée. Louis Plamondon rappelle également qu’il a déposé, lors de son dernier mandat, un projet de loi sur la gestion de l’offre qui a été voté en deuxième lecture. « Il était rendu en troisième lecture et aurait été voté avant la fin du mois de juin, n’eut été du déclenchement des élections. Au plus tard au début d’octobre, on aurait pu le mettre en application », mentionne M. Plamondon. Le candidat du Parti Vert estime quant à lui que la sécurité alimentaire passe par la conservation de la qualité des sols, soit en interdisant les pesticides les plus nocifs pour la santé et l’environnement.

Louis Plamondon déplore également que les fermes soient vendues, alors que les familles ne peuvent pas prendre la relève. Il souhaite ainsi augmenter le gain en capital de plus d’un million afin de pouvoir faire le transfert à n’importe qui, y compris la famille, si la vocation de la ferme est maintenue. M. Caisse et Mme Gauvin souhaitent eux aussi favoriser l’achat des fermes par les familles, et non par des entreprises étrangères. Afin de préserver l’agriculture de proximité, la candidate néo-démocrate mentionne plusieurs solutions possibles, notamment des collaborations entre les villes et les producteurs maraichers que le fédéral peut aisément encourager. Mme Rochefort souhaite quant à elle s’orienter vers du financement de l’ordre de 70 % d’investissement du gouvernement et 30 % de l’agriculteur, plutôt que moitié-moitié.

Protection de l’environnement

En ce qui concerne la Loi sur la responsabilité en matière de carboneutralité, Louis Plamondon déplore que les cibles de réduction de gaz à effets de serre pour 2030 ne soient pas insérées dans la loi, ce qui, idéalement, obligerait le gouvernement à faire des rapports tous les 6 mois afin d’observer concrètement les progrès. Nathalie Rochefort veut quant à elle rappeler que de polluer, ce n’est plus gratuit, qu’il faut en payer la décontamination. Elle souhaite également que le pays réduise graduellement son utilisation des énergies fossiles, ce qui, selon elle, ne se fait pas du jour au lendemain. « On veut en venir, d’ici 2035, à avoir un réseau électrique carboneutre et éliminer la vente d’automobiles à essence ». Yanick Caisse est d’ailleurs convaincu que le pays consommera encore de l’essence « pour un certain temps ».

David Turcotte n’est pas de cet avis, et croit plutôt que ce n’est plus le temps des compromis afin d’affronter l’urgence climatique. « Puisque l’extraction de pétrole issu des sables bitumineux engendre 25 % plus d’émission de gaz à effet de serre et nécessite 10 fois plus d’eau que le pétrole conventionnel, un gouvernement Vert donnerait aux entreprises d’extractions de sables bitumineux jusqu’à 2025-2030 pour cesser définitivement leurs activités au Canada », plaide le candidat Vert.

Catherine Gauvin explique que son parti souhaite que toute production d’électricité soit 100 % sans GES, et s’inquiète du plan des Conservateurs qui comprend la relance de centrales avec de petits réacteurs nucléaires et une stratégie nationale de gaz naturels. « Ils veulent aussi garder le plastique à usage unique, et ça c’est une catastrophe », ajoute-t-elle.

Le sujet de la péréquation verte a été soulevé par Louis Plamondon et la possibilité d’une loi pour contrer l’obsolescence programmée a été abordée par David Turcotte, et soutenue par Yanick Caisse.

En ce qui a trait au développement durable, Nathalie Rochefort et Catherine Gauvin ont toutes deux parlé de l’importance de l’économie circulaire. Mme Rochefort a d’ailleurs salué les régions de Nicolet et de Bécancour qui sont des leaders en matière de développement d’économie circulaire au Québec. « L’économie circulaire, c’est que le déchet de l’un devient la matière première de l’autre », explique-t-elle.

Économie et développement régional

Du côté du déploiement des services de télécommunication sur le territoire de Bécancour-Nicolet-Saurel, tous les candidats s’entendent pour dire qu’il est inacceptable que tous n’aient pas accès à un réseau cellulaire fiable.

Quant au manque criant de main d’œuvre, Louis Plamondon croit que pour attirer les immigrants en région, cela prend des attraits. Ce dernier mentionne d’ailleurs le Projet d’accueil et d’intégration solidaire (PAIS) qui, lorsqu’il prend en charge une famille d’immigrants, lui offre une maison, des cours de français et un emploi garanti dans une petite PME de la région. Mme Rochefort ajoute qu’il s’agit d’un travail en réseau « qui fait des jaloux ailleurs au Québec ».

Catherine Gauvin, bien qu’elle considère l’immigration comme une potentielle solution, ne croit pas que ce soit la solution magique. Elle explique que le NPD veut diminuer la dette étudiante pour les jeunes qui vont s’installer en région et instaurer un crédit d’impôt pour encourager les nouveaux diplômés, notamment. « Le NPD veut aussi davantage faire d’économie sociale et coopérative », ajoute-t-elle.

« On a quand même des travailleurs qui sont ici au Canada », rappelle M. Caisse. « Aujourd’hui, on a des jeunes qui sont moins diplômés, qui ont fini l’école en secondaire 2 ou 3. Ce serait de permettre à ces gens-là de retourner sur le marché du travail et d’avoir des connaissances précises, selon les besoins des employeurs », poursuit-il. Nathalie Rochefort, après ces propos de M. Caisse, l’accuse pour une seconde fois de ne pas avoir fait ses devoirs, et lui parle d’un programme de reconnaissance des acquis en entreprise en partenariat avec le Centre de services scolaire de la Riveraine. Yanick a accusé Mme Rochefort en retour de s’acharner sur lui depuis le début du débat.

Le rôle du gouvernement fédéral

David Turcotte propose de revoir la Loi sur les Indiens. « Déjà, c’est une loi qui est complètement archaïque, déjà de par son nom. On veut revoir, avec le soutien essentiel des Premières Nations, cette loi désuète qui rappelle sans cesse le passé colonial du gouvernement canadien. C’est par le biais de cette loi raciste que le Canada peut encloisonner les Autochtones », affirme-t-il. « On propose une vraie réconciliation avec les peuples autochtones, pas juste de la parure ».

Nathalie Rochefort approuve cette nécessité de réconciliation, mais en redonnant des mécanismes aux communautés autochtones pour faire valoir leurs droits de noms, leurs droits de naissances. « On doit donner le moyen aux communautés autochtones de faire respecter toute leur histoire. »

Louis Plamondon est d’accord que la Loi sur les Indiens doit être abolie et réécrite, Nation par Nation, en négociation d’égal à égal. « Ce n’est certainement pas en brulant des livres qu’on va attirer la sympathie des peuples amérindiens », assure-t-il. « La Loi sur les Indiens est très paternaliste. On ne veut pas leur imposer non plus d’en sortir n’importe comment. Ça va être à eux de décider, avec des traités mis au goût du jour », ajoute Mme Gauvin.

Louis Plamondon, député sortant, a clos le débat en invitant les citoyens à aller voter!

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