Mathieu Fortin met le point final à ses légendes étranges

NICOLET.  L’auteur Mathieu Fortin l’écrit à la toute fin de son livre: il était un enfant peureux. Comment un enfant peureux en est-il venu à écrire des histoires de peur?

“J’ai réalisé qu’être peureux comme enfant était la preuve que j’avais beaucoup d’imagination, raconte-t-il. Cette imagination est le cœur du travail d’un auteur.”

“J’étais dans les scouts quand j’étais enfant. Mes parents m’avaient inscrit pour me faire sortir de ma coquille. À mon premier camp scout, on se racontait des histoires de peur autour du feu de camp. J’ai eu vraiment peur, mais j’ai compris qu’il n’y avait pas de danger. Quand c’est une situation comme ça, le feeling est le fun. Il y a la peur, mais sans le danger, donc ça peut être amusant. Ça m’a fait débloquer sur le fait qu’avoir peur peut être le fun. Puis, j’ai commencé à lire des romans d’horreur à l’adolescence.”

L’auteur nicolétain a récemment fait paraître le troisième recueil “Légendes étranges pour une nuit sans sommeil”, qui vient compléter la trilogie des Légendes étranges.

Le livre narré au “tu” se lit justement comme si l’on se faisait raconter une histoire autour du feu. 

“J’aime jouer avec la réalité dans les légendes. Pour moi, une légende, c’est quelque chose qui se raconte. Je tenais aussi à faciliter le passage à l’oral pour les lecteurs qui voudraient raconter ces histoires. C’est de jouer sur la ligne entre la littérature orale et la littérature écrite, sans que ça soit un frein à la lecture.”

Dans ce livre, Mathieu Fortin s’inspire de ses recherches dans le patrimoine oral et les archives du Centre-du-Québec pour imaginer plus d’une douzaine de légendes qui font frissonner. Il s’est notamment laissé inspirer par le phénomène des voix électroniques, l’histoire d’Aurore l’enfant martyre ou encore celle de Marie-Josephte Corriveau.

Il s’amuse également à y faire des clins d’œil à des légendes existantes, dont La Chasse-galerie et l’histoire de Rose Latulippe. 

“Il y a deux ans, j’avais demandé un financement du Conseil des arts et des lettres pour un autre projet de légendes au Centre-du-Québec. J’avais envie d’aller voir plus loin dans le patrimoine. Je suis aussi allé voir des gens qui aiment l’histoire et le patrimoine pour qu’ils m’orientent vers des choses. J’aime quand il y a d’étranges coïncidences. Parfois, avec le recul, on réalise qu’il y a peut-être des événements liés par quelque chose de bizarre ou de complètement circonstanciel, souligne-t-il. 

“Dans les histoires d’horreur, j’aime voir comment les personnages réagissent face à la peur. Quand c’est de l’horreur, le but est que le personnage ait peur et que le lecteur, en s’identifiant à ce personnage, embarque dans l’histoire. Depuis mon premier recueil, je reçois parfois des messages de gens qui me disent qu’ils ont lu mon libre au bord du feu de camp, que leur enfant a choisi une histoire à leur lire au camping. C’est fascinant de voir que cet objectif de faciliter le racontage au bord du feu, ça fonctionne!”

Le livre se termine sur une légende originale mettant en scène l’auteur-narrateur qui se retrouve menacé par l’esprit des légendes. Un point final tout approprié à cette trilogie de légendes étranges. 

Et maintenant? 

Mathieu Fortin travaille sur une histoire de peur de Noël pour les enfants dès 7 ans. “Je veux aller faire peur aux petits. Je veux leur partager que ça peut être le fun d’avoir peur quand il n’y a pas de danger”, conclut-il.