Les Tireux d’Roches se donnent le droit d’explorer différents styles musicaux

MUSIQUE. Après 28 ans d’existence, les Tireux d’Roches assument complètement l’orientation musicale que prend leur huitième album, La déroute. L’évolution du groupe, qui sera en spectacle lors des célébrations de la Fête nationale du Québec, le 23 juin, au Moulin Michel de Gentilly, se reflète autant dans les propos des textes que dans les mélodies qu’il propose à son public qui attendait ces nouvelles chansons.

Associé à la musique traditionnelle depuis ses débuts, le groupe a toujours flirté avec une panoplie de styles musicaux, rappelle l’auteur-compositeur-interprète Dominic Lemieux, membre fondateur des Tireux d’Roches.

« On a toujours eu un pied dedans et un pied en dehors. On a toujours eu des influences de musique du monde et des influences tout simplement personnelles. Nos albums n’ont jamais été vraiment complètement trad. Ça l’était plus au départ, mais on amenait toujours des couleurs. On n’a jamais été dans le trad pur. Pour celui-là, on s’est vraiment permis d’aller où on avait envie, où ça nous portait, tout simplement. L’album, il sonne vraiment bien. »

Avec presque trois décennies, il est normal, voire souhaitable, que la musique évolue avec les musiciens, avec le temps. « C’est l’évolution, c’est le groupe, les membres, nos idées. Personnellement, je voulais vraiment me permettre ce dont j’avais envie, avec tout mon passé de musique folk, de chansonnier. J’ai eu bien d’autres choses dans ma vie que le traditionnel et j’ai toujours apporté le côté un peu folk aux Tireux d’Roches. Les autres, comme Pascal et Luc, amenaient un côté un peu plus jazz, mais ça a toujours parti d’un bord et de l’autre avec les différents percussionnistes. »

Après l’album Tapiskwan sipi, entièrement instrumental, lancé à la fin de 2021, on remarque la force des textes sur La déroute. « Denis a travaillé vraiment fort. Il a amené les textes dans une autre direction. C’est moi qui avais poussé la note pour un album instrumental, parce que j’avais le goût qu’on prenne une pause du genre de texte un peu trad qui nous ramène toujours aux mêmes propos sur la boisson, les amours, les thèmes un peu traditionnels. Dans le dernier, Denis est arrivé avec des textes beaucoup plus engagés. Ce n’est pas une critique sociale, c’est un constat social que Denis a fait. Il a écrit de très beaux textes et ça a été plaisant de composer la musique qui nous a complètement amenés ailleurs. »

La pièce Les migrants est un bon exemple d’un sujet rarement abordé en chanson. « Ces gens-là quittent leur pays, marchent à travers toute l’Amérique du Sud pour essayer de s’en venir au Canada. Ils passent à travers tellement d’embûches, tellement de contraintes. Ils doivent se cacher, il y en a qui perdent la vie. Finalement, ils arrivent aux frontières ici et il y en a qui ne réussiront même pas à entrer au Canada. C’est tout simplement un éclairage sur ce que ces gens-là peuvent vivre sans nécessairement arriver à leurs fins. Il fallait aller dans le vif du sujet, dans la réalité de ce qui se passe. On se sent vraiment dans l’actualité présente. »

Dominic suggère d’ailleurs de prendre le temps de découvrir l’album comme il a été conçu, en écoutant les chansons dans l’ordre que le groupe a choisi de les enchaîner. « L’album, il a un début, il a une fin, et ce qui se passe entre les deux est pertinent, de l’introduction au message de la fin. Je suis de l’époque où j’écoutais un album d’un bout à l’autre quand je l’achetais. Je connaissais la suite des pièces. Cet album-là, on ne met pas ça sur random. Je pense que pour vivre l’expérience de la première fois, il faut l’écouter d’un bout à l’autre. On a fait l’effort de mettre les pièces dans un ordre précis qui nous emmène quelque part. On passe à travers différentes émotions de l’univers des Tireux d’Roches, de ce qu’on a envie de partager. »