Honorer la mémoire des photos perdues

Redonner vie à des photos abandonnées se veut l’idée au cœur du projet artistique de Maureen Martineau et de Jean-Guy Lachance. Lors d’une résidence au Complexe Chez Boris, à Saint-Léonard-d’Aston, l’autrice et le poète ont uni leurs arts pour confectionner le Journal des anonymes, qui paraîtra prochainement.

Par ÉMILE HÉROUX / eheroux@icimedias.ca

C’est en parcourant les brocantes que Maureen Martineau et Jean-Guy Lachance ont eu l’idée de faire parler les figures des photos qu’ils trouvaient. Amateurs d’antiquités, les deux artistes ont récupéré plusieurs collections et bon nombre d’albums dont des familles se débarrassaient.

« Je trouvais ça un peu triste que ces photos-là, ces personnes-là, soient perdues comme ça, dans l’oubli. S’ils ont pris des photos, c’est parce qu’ils trouvaient ça important de fixer des moments de leur vie, de laisser des traces », lance Jean-Guy Lachance.

(Photo Émile Héroux)

« Les gens ordinaires écrivaient l’histoire de leur famille par images », ajoute la nouvelliste Maureen Martineau.

Soutenu par le Conseil des Arts et des Lettres du Québec grâce à l’entente territoriale du Centre-du-Québec, le projet est mené en partenariat avec la Société d’histoire et de généalogie de Victoriaville.

Le produit de la résidence prendra la forme d’un journal imprimé classique de 24 pages en noir et blanc, s’inspirant d’un style d’époque. Le Journal des anonymes sera imprimé à environ 2000 exemplaires et mis à disposition des usagers des cafés et des bibliothèques des MRC d’Arthabaska et de Nicolet-Yamaska, comme de véritables quotidiens.

Avec ce projet, Maureen Martineau et Jean-Guy Lachance souhaitent diffuser ces vies anonymes dans l’espace public, afin que ces gens qui n’ont jamais fait la une puissent enfin accéder aux pages d’un quotidien.

Inventer des vies

Pour chaque photo retenue, Jean-Guy Lachance signe un poème inspiré par un élément qui l’a interpellé, que ce soit l’ambiance générale du cliché ou un détail dans le regard d’un des personnages. Quant à Maureen Martineau, elle imagine de courtes histoires qui prolongent les scènes au-delà de leur cadre.

« Les photos ont un sens quand il y a quelqu’un pour raconter l’histoire derrière. Tu vas t’y attacher, parce qu’il y a un récit de vie que quelqu’un te transmet. Mais quand tu fais juste la trouver comme ça, il n’y a pas de récit de vie. », explique Maureen Martineau. « Nous, c’est comme si on comble ça. On est la matante qui te parle de la photo. »

Les artistes s’attardent à situer les images dans un contexte historique, en tentant de replacer l’époque, le lieu ou le milieu de vie : des chasseurs fiers de leurs prises, une cabane à sucre au printemps, un voyage en Gaspésie dans les années 1950. À partir d’indices parfois indiqués au verso des photos, ils construisent des récits où les histoires familiales rejoignent la mémoire collective.

(Photo Émile Héroux)

Des « livres d’histoire »

« Les collections de photos de nos grands-parents, c’est comme un livre d’histoire », lance Maureen Martineau. Pour les deux artistes, les moments immortalisés font partie du patrimoine culturel.

(Photo Émile Héroux)

« Sur les photos, ce sont des gens qui ont vécu. Puis je trouve que c’est notre peuple, c’est notre pays. C’est un lien entre le passé et aujourd’hui », indique le poète Jean-Guy Lachance.

En parallèle de la résidence, un atelier est organisé où les citoyens sont invités à apporter leurs propres photos et à réfléchir à la manière dont ils les conservent et à ce qu’ils souhaitent en faire plus tard. Les récits récoltés lors de cette rencontre nourriront le texte de la dernière page du Journal des anonymes, une sorte de lettre ouverte sur la valeur des images et la responsabilité de les transmettre.