Gentilly transformé en plateau de tournage pour le grand écran

BÉCANCOUR. Le secteur de Gentilly, à Bécancour, est devenu à nouveau la semaine dernière le plateau de tournage de Martin Villeneuve, cinéaste originaire de la place. C’est pour son long métrage Imelda que les caméras et la perruque de M. Villeneuve étaient de retour dans la région.

Michel Barrette, Anne-Marie Cadieux et Antoine Bertrand ne sont que quelques-uns des grands noms à avoir foulé le sol centricois pour l’œuvre Imelda.

Le plus impressionnant de cette production, c’est qu’elle se déroule sans aucun financement. « C’est une production faite par amour avec zéro dollar de budget! », lance Martin Villeneuve.

Imelda – Le Film sera composé de huit courts métrages. La semaine dernière, M. Villeneuve complétait le tournage de l’épisode 5 et démarrait celui de l’épisode 7. Ce dernier devrait être complété plus tard à l’automne, tout comme celui de l’épisode 8 qui bouclera la saga en compagnie de Robert Lepage.

Imelda, la grand-mère paternelle de Martin Villeneuve, a vécu à Gentilly jusqu’à l’âge vénérable de 101 ans. C’est d’ailleurs le désir du cinéaste de tourner avec des décors véritables et authentiques qui l’ont amené à y déplacer son équipe de tournage dès que c’était possible. Cependant, des questions de logistiques et l’horaire des acteurs ne permettent pas toujours de se déplacer à Gentilly.

« Sur Imelda 3, les extérieurs sont à Gentilly, mais les intérieurs ont été tournés près de chez Ginette Reno, à Boucherville et à Longueuil. J’essaie le plus possible de rester près de la réalité! Pour Imelda 6, avec Antoine Bertrand, j’aurais aimé tourner à la vraie maison d’Imelda, mais celle-ci a été transformée depuis. Ce sont de nouveaux propriétaires et elle a été complètement rénovée », raconte Martin Villeneuve. Le tournage s’est plutôt déroulé dans la maison de Josée Magny et de Pierre Moras.

« Au final, ça ne fait aucune différence pour le spectateur, il regarde une histoire. C’est moi qui essaie de rester authentique et de retourner dans mon village. C’est aussi un hommage à mes origines et aux gens qui ont connu la vraie Imelda. Les gens de la place sont tellement enthousiastes que le personnage continue de vivre qu’ils sont tous prêts à m’aider. Je reçois aussi beaucoup de soutien de la communauté à Bécancour, ce n’est pas négligeable », explique le Bécancourois d’origine.

M. Villeneuve explique que lorsqu’il a besoin de quelque chose, il fait une publication Facebook et que chaque fois, il est étonné des résultats! Pour un tournage, il avait par exemple besoin d’un tracteur d’époque; l’annonce a été partagée plus de 400 fois et le cinéaste a reçu au moins une cinquantaine de propositions! La même chose est arrivée lorsqu’il était à la recherche d’une voiture pour Imelda.

« Au début de l’été, je cherchais la voiture authentique d’Imelda, pour finalement me faire proposer des voitures d’époque absolument extraordinaires de collectionneurs de la région de Québec qui connaissent bien Michel Barrette et qui voulaient participer au projet. J’ai finalement obtenu l’Imperial 59 de Chrysler, un véhicule qui existe en un seul exemplaire au Canada! », s’enthousiasme Martin Villeneuve. Le rare véhicule de collection était d’ailleurs présent sur le plateau de tournage de Gentilly la semaine dernière. « C’est très jouissif, car tout à coup je me retrouve avec des trucs que je n’aurais jamais pensé avoir, qui sont encore mieux que la réalité! », lance-t-il.

Cette générosité sans borne envers le projet de Martin Villeneuve ne provient pas uniquement des citoyens du coin, mais également des acteurs, de ses techniciens et de toute son équipe de production. « Je n’ai pas eu besoin de convaincre qui que ce soit de joindre le projet, il y a des acteurs qui se proposent par eux-mêmes », mentionne le cinéaste en parlant notamment d’Yves Jacques et de Pascale Montpetit.

« Je me retrouve donc avec une équipe de grands professionnels qui travaillent tous là-dessus par plaisir. »

La petite naissance d’un grand projet

Martin Villeneuve s’est intéressé à la vie de sans grand-mère à cause de sa personnalité excentrique, de tous les rebondissements qui sont survenus dans sa vie ainsi que de ce qu’elle a pu faire vivre à son entourage! « Elle m’a fasciné depuis ma plus tendre enfance. J’ai commencé à faire une interprétation de ma grand-mère quand j’avais 6 ou 7 ans, alors ça ne date pas d’hier! », se remémore M. Villeneuve.

« Mon père se plait à dire que quand il se ferme les yeux, il est incapable de faire la différence entre sa vraie mère et mon interprétation, c’est donc dire à quel point ça parait juste pour les gens qui l’ont connue! Et pour les gens qui ne l’ont pas connue, ça rend un portrait assez véridique, je pense, du personnage. Je ne voulais pas trop verser dans la caricature, même si on est dans la comédie. Dans Imelda, il y a toujours une touche dramatique pour offrir un contrepoint à l’aspect humoristique, mais tout ça demeure très accessible. Au fond, c’est pour faire rire, Imelda« , dit-il.

Il était donc chose naturelle pour Martin Villeneuve d’incarner lui-même Imelda dans ses films. En fait, l’homme raconte que le tout premier Imelda a été conçu sans prétention avec comme unique public, sa famille. Un an après le décès de sa grand-mère, il avait fait ce court métrage pour faire rire sa famille. « Tout à coup, un distributeur, Danny Lennon, a vu le court métrage et a décidé de le diffuser en festival et c’est devenu un phénomène, parce que ça a été vu 100 000 fois sur le site de la Fabrique culturelle, ce qui n’est pas rien! À ce jour, c’est un record », mentionne humblement le cinéaste.

« Ça m’a donné envie de poursuivre l’aventure. Nicole Robert, productrice chez Go Films, avait vu le potentiel pour un long métrage. On avait fait toutes les démarches, écrit le scénario, etc., mais ça n’avait pas obtenu de financement. Plutôt que d’abandonner le projet, j’ai décidé de le poursuivre sous forme de courts métrages, avec comme objectif de les rassembler pour former le long métrage que je voulais faire au départ », ajoute-t-il.

À quand la sortie d’Imelda – Le Film?

Imelda – Le Film, c’est ce dont rêve Martin Villeneuve. « C’est mon objectif, mais ça ne veut pas dire que je vais l’atteindre. Si j’arrive à le terminer, ce ne sera pas avant la fin de 2022 ou au début de 2023. Pour ça, il faudrait que j’aie des appuis financiers pour me permettre de le terminer », lance Martin Villeneuve.

« Pour l’instant, même pour terminer les courts métrages, c’est une entreprise précaire. Je n’ai aucune garantie. Les gens travaillent tous bénévolement et dès que j’ai besoin d’un service, c’est de la commandite. Je ne peux donc pas imposer un échéancier à mes collaborateurs », révèle M. Villeneuve.

« C’est loin d’être la manière idéale de faire du cinéma, mais c’est la seule que j’ai trouvée pour faire Imelda. Ce serait bien d’avoir un petit peu d’appui de nos institutions, puisque c’est leur mandat de financer la culture et de l’encourager. Quand tu as des acteurs qui refusent des projets payants et qui acceptent un projet pas payant, ça veut dire que mes textes et mon projet sont bons. Il n’y a donc aucune raison qui justifie que la SODEC et Téléfilm Canada refusent un projet comme celui-là. Ça devrait prouver que le projet a de la valeur », conclut Martin Villeneuve.