Føraine : poésie anecdotique théâtrale
Un an après la parution de son projet Festival Foutaise, le duo Føraine poursuit sa route avec un spectacle haut en couleur, quelque part entre la pop, le théâtre et la poésie. Sur disque ou sur scène, Myriam Poirier Dumaine et le Nicolétain d’adoption Antoine Gagné s’entourent de musiciens et de choristes pour donner vie à un univers presque circassien, où les mots et les histoires occupent une place centrale.
Lancé au Café-Bar le Zénob le 19 août 2025, le microalbum Festival Foutaise comporte des morceaux qui existaient bien avant leur sortie officielle sur les plateformes d’écoute. En effet, les musiciens jouent ensemble depuis la formation de Føraine en 2019.
« L’EP, c’est quatre chansons, mais il n’y a pas juste ça. On a tout un spectacle qui dure quand même 45 minutes, on a d’autres chansons qui, mises toutes ensemble, font une histoire. En fait, c’est un show concept », résume Myriam Poirier Dumaine.
Autrice, interprète et coordonnatrice du duo, celle-ci décrit l’univers musical de Føraine comme une « pop éclectique, à saveur jazz, poétique et anecdotique ». Antoine Gagné, compositeur, directeur musical et bassiste, y voit pour sa part une « musique pop québécoise », portée par les textes et les arrangements.
Føraine était à la base un groupe, mais l’élan du projet fut interrompu par la pandémie en 2020, laissant le microalbum en suspens. En 2023, Myriam Poirier Dumaine et Antoine Gagné décident de reprendre le travail.
« Notre EP était déjà commencé à ce moment-là, mais on l’avait un peu laissé aux oubliettes. Puis après ça, on s’est reparlé tous les deux et on s’est dit qu’on ne pouvait pas laisser ce projet-là dans l’oubli », raconte la chanteuse du duo.
Dans les années suivantes, le projet de quatre titres aboutit tandis que les anciens membres du groupe se consacrent à d’autres occupations. Depuis, Føraine fonctionne autour de ce « noyau » créatif à deux, accompagné d’autres musiciens lors des spectacles.
« On est tout le temps quatre minimum. Des fois, on fait la formule à six. Quand on a l’occasion d’avoir une grande scène, un bon budget, on est avec deux choristes qui sont de bons amis. Ça, c’est bien le fun, on se paie la traite », raconte Myriam Poirier-Dumaine.
« Ce qui est bien d’être en duo, c’est qu’on n’est pas fixés à une formule en particulier. C’est très modelable », précise Antoine Gagné.
Sur scène, Føraine livre un spectacle concept inspiré de l’univers du cirque. Ce sont les paroles, calquées sur les récits de vie de Myriam Poirier Dumaine, qui se prêtent bien à l’aspect scénique des performances du duo.
« Je dirais que l’écriture part des anecdotes, ça part des histoires de mon quotidien, de mes amis, et c’est tourné en poésie, en images poétiques. Tout ça est interprété de façon théâtrale. À la base, les paroles étaient beaucoup inspirées de l’univers du cirque, du cabaret. J’écrivais beaucoup de chansons anecdotiques, mais en prenant souvent des images comme si ça se passait poétiquement dans un cirque », décrit-elle.
La musique demeure principalement pop, mais elle intègre des couleurs jazz. C’est que les deux membres de Føraine ont étudié ce genre musical, comme en témoignent leurs harmonies et leurs arrangements recherchés.
Le festival et la foutaise
Le titre du microalbum, Festival Foutaise, est également celui de leur spectacle.
« La partie “festival”, je trouve que c’est encore plus représentatif dans le show, parce qu’on a tellement de fun sur scène. Il y a des chansons qui sont vraiment up-tempo, c’est vraiment dynamique, on danse et tout. Ça, c’est la partie festival. »
La partie « foutaise », on la retrouve dans les textes qui racontent notamment le parcours d’une femme qui traverse une série de relations difficiles et de situations absurdes avant de reprendre le contrôle de sa vie.
« À la fin, elle reprend sa prise de pouvoir, c’est plus festif, plus joyeux. C’est ça, le Festival Foutaise, ça représente beaucoup des relations qu’on a mal entretenues », explique l’autrice des textes.
Originaire du secteur Grand-Mère de Shawinigan, Myriam Poirier Dumaine est aujourd’hui établie à Montréal, alors que le bassiste trifluvien Antoine Gagné est basé à Nicolet. Cette situation exige donc que le processus de création repose en grande partie sur le travail à distance. Ainsi, les deux artistes s’échangent des maquettes et des idées, puis se retrouvent en personne pour approfondir les arrangements et préparer le spectacle avec les musiciens.
« Des fois, les membres du band, même s’ils ne sont pas à proprement dans le projet, ils ont des idées et sont ouverts à travailler avec nous. Ça, c’est le fun, ça rajoute la petite magie. C’est un défi logistique, mais on aime les défis. Un de nos musiciens habite à 6 heures de Montréal, je pense qu’on est habitués à ça. (rires) »
Malgré qu’ils n’habitent plus Trois-Rivières, les deux membres de Føraine conservent un lien fort à la Mauricie. Tous les deux demeurent attachés à la communauté musicale de la région en participant à des initiatives culturelles de la région, comme Les Productions de la 42e rue ou le festival La Quarence.
Le duo observe une scène musicale qui tente de se renouveler notamment avec les événements qui mettent en lumière les artistes de la région, malgré la fermeture de certaines salles.
« Même si ce n’est pas tout le temps facile pour la culture, puis c’est le cas pour toutes les régions, la Mauricie encourage les artistes locaux, puis je trouve ça très important », affirme la chanteuse.
« Les gens sont prêts à s’aider aussi », ajoute son collègue bassiste. « Il n’y a pas une grosse offre, donc les gens se connaissent et s’entraident. On se connaît tous, puis si jamais on a besoin d’un musicien, on sait vers qui aller. »
Comme plusieurs artistes indépendants, Føraine doit composer avec une réalité où la création musicale ne représente qu’une partie du travail. Promotion, gestion, réseaux sociaux, demandes de subvention et recherche de spectacles occupent une place considérable.
Le duo produit lui-même ses vidéos, filme ses spectacles et tente de maintenir une présence régulière sur les réseaux sociaux. Une tâche nécessaire, mais qui ne correspond pas toujours aux compétences naturelles des musiciens.
« 80% du temps, c’est faire autre chose que de la musique », constate Antoine Gagné. « Les musiciens, on n’est pas bons sur les réseaux sociaux. On n’est pas formés pour ça. Ça nous gruge du temps de création. »
À cela s’ajoute l’enjeu du financement. Festival Foutaise a été entièrement autoproduit, sans subvention. La possibilité d’enregistrer un album complet, un objectif à moyen terme pour Føraine, dépendra donc en grande partie des ressources disponibles.
Pour l’instant, Føraine souhaite surtout poursuivre la présentation de son spectacle et le rendre encore plus complet. Le duo espère éventuellement enregistrer un album et accéder à de plus grandes scènes. Une tournée en Europe demeure aussi une possibilité à plus long terme, un « rêve » pour le duo de poésie anecdotique théâtrale.
