«C’est un roman des possibles»

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Par Marie-Eve B. Alarie
«C’est un roman des possibles»
Le nouveau livre de Monique Juteau, «Le marin qui n’arrive qu’à la fin», publié aux éditions Hamac, est disponible dans les librairies et en ligne. (Photo : Marie-Eve Alarie)

LITTÉRATURE. Tout a commencé avec une coupure de presse conservée pendant longtemps dans un album photo: un capitaine de bateau meurt noyé sur la Côte-Nord en 1931. Enfant, Monique Juteau se questionnait déjà sur l’identité et l’histoire de cet homme. Lorsque sa mère est décédée l’année dernière, elle lui a légué ses albums de photographies, dont celui comportant le fameux article qui a nourri l’imaginaire de Monique Juteau dans la création de son nouveau roman, Le marin qui n’arrive qu’à la fin.

L’autrice de Bécancour convie ses lecteurs à la quête du bonheur de Rémi Bergeron, Madame DB, Martine, Suzanne Dubois, Julien et Zack que l’on retrouve tous à la case départ, lors de ce même mois de septembre 2011.

Il y a Madame DB qui, depuis l’enfance, rêve de devenir capitaine de bateau comme son père, disparu en mer en 1931 alors qu’elle n’avait que 16 ans. Mais elle doit rapidement abandonner son rêve quand sa mère contracte la tuberculose, devant dorénavant prendre soin de sa famille. Rémi Bergeron rencontre la vieille dame en 2011 tandis qu’il entame sa nouvelle carrière d’homme à tout faire.

S’en suit un chassé-croisé de vies, d’aspirations, de dérives et d’instants marquants portés par le flot des mots teintés d’une poésie toute maritime.

«J’aime l’eau, mais je n’ai jamais navigué. Je ne pouvais pas m’aventurer dans une aventure de marins en mer, confie Monique Juteau. C’était clair que le récit se ferait d’un point de vue terrestre.»

À défaut de prendre le large, le roman nous entraîne d’Ottawa à «Saint-Pas-Cool» à Montréal en faisant un détour par les Îles-de-la-Madeleine, la Gaspésie et Trois-Rivières.

La membre de la Société des écrivains de la Mauricie y fait d’ailleurs quelques clins d’oeil au Festival international de poésie de Trois-Rivières et au Long week-end du court. Elle s’est aussi amusée à jongler entre la fiction et l’autofiction pour bâtir le personnage de Martine. Ceux qui connaissent bien l’autrice reconnaîtront quelques allusions à sa résidence d’écrivain à Ottawa où elle a, à l’instar du personnage de Martine, hérité d’un cours de création littéraire. Elle glisse aussi quelques touches plus personnelles tirées de sa relation avec sa mère.

En parallèle, Monique Juteau dresse aussi une esquisse du paysage social de 2011 à travers les yeux d’adolescents (Julien et Zack), d’une professeure universitaire en littérature (Martine), ainsi que des personnes aînées que sont Mme DB et Suzanne Dubois.

«Ça me donnait l’opportunité d’aborder différentes questions, telles que comment les personnes âgées vieillissent et comment elles font le deuil de certaines pertes dans la vie. Quand j’allais voir ma mère au CHSLD, j’étais nourrie par ces questions et ces enjeux», souligne-t-elle.

Elle dépeint d’ailleurs avec empathie et un brin d’humour les réflexions, inquiétudes et souvenirs entremêlés de Suzanne Dubois, qui vit dans une résidence pour aînés.

Enfin, il y a ce marin mystérieux, que l’on pensera rencontrer à plusieurs reprises, qui n’arrivera finalement qu’à la toute fin, littéralement, à 22h15. Il fait son entrée sur la pointe des pieds avant de prononcer quelques mots avec sa voix d’eau douce. «Je le voyais comme un porteur de lumière pour les personnes âgées», précise-t-elle tout en conservant le mystère.

«C’est un roman à trois générations. On découvre comment ils réussissent tous à développer des liens entre eux. C’est un roman des possibles. Je le voulais empreint d’une sorte de bienveillance parce que c’est un siècle tellement impossible. C’est un peu la quête du bonheur.»

«Et à la fin, quand on parvient à le retrouver, le bonheur ne ressemble plus qu’à un fragile pot à cure-dents imitant un baril de rhum contre lequel un matelot de porcelaine s’appuie.»

 

 

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