Cellulaire à l’école: la responsabilité entre les mains des parents

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Par Sébastien Lacroix
Cellulaire à l’école: la responsabilité entre les mains des parents
Les cellulaires sont omniprésents dans les écoles. (Photo : Sébastien Lacroix)

DOSSIER. Depuis la rentrée scolaire 2018-2019, une toute nouvelle règle a été adoptée dans le code de vie des écoles secondaires de Nicolet-Bécancour concernant la politique d’utilisation du cellulaire à l’école.

Jusqu’ici, les directions confisquaient les cellulaires pour une journée, une semaine ou un mois selon le nombre de récidives. Suite à l’affaire entourant une mise en demeure envoyée par un jeune aux autorités scolaires, qui avaient été hautement médiatisées, l’hiver dernier, pour atteinte au droit de propriété, la commission scolaire de la Riveraine a revu sa stratégie.

Si elle n’a toujours pas banni les cellulaires ou autres appareils du genre à l’intérieur des écoles, comme l’a fait la France, ou en classe, comme l’a annoncé l’Ontario, les directions d’école remettent maintenant la responsabilité entre les mains des parents.

Ainsi, s’il est utilisé durant les heures de cours, le cellulaire sera retiré sur-le-champ et pourra être récupéré en fin de journée au secrétariat. Pour une deuxième offense et les fois subséquentes, le parent devra venir récupérer l’appareil au secrétariat de l’école.

«Ça peut arriver que le parent nous dise qu’il n’a pas le temps et qu’il viendra le chercher seulement le vendredi. Dans ce temps-là le cellulaire passe la semaine à la réception, mais c’est à son choix. Des fois, ils nous disent qu’il mettra une conséquence et que l’élève ne l’aura pas avant quelques jours», raconte le directeur de l’école secondaire Les Seigneuries à Saint-Pierre-les-Becquets.

Lors des examens, l’élève ne peut avoir en sa possession tout appareil qui permet la communication, la navigation sur internet, la traduction de texte, ou la création, l’enregistrement ou la consultation de données. Tout élève contrevenant à ce règlement sera expulsé de la salle d’examen et se verra attribuer la note «0».

L’un d’eux l’a d’ailleurs déjà appris à la dure à l’école secondaire La Découverte, de Saint-Léonard-d’Aston, en étant pris par un surveillant avec le cellulaire dans la main dans le corridor en sortant des toilettes. Il a échoué un examen du ministère qu’il a dû reprendre durant l’été.

À l’école secondaire Jean-Nicolet, c’est arrivé à 35 reprises depuis le début de l’année scolaire qu’un cellulaire a été confisqués depuis le début de l’année puis remis en fin de journée aux élèves concernés.

Du côté de l’école secondaire Les Seigneuries, on indique que c’est arrivé seulement à deux reprises depuis le début de l’année 2018-2019 qu’un parent a dû venir chercher l’appareil confisqué à l’élève.

Du côté du Collège Notre-Dame-de-l’Assomption, la situation n’a pas vraiment changé par rapport aux années précédentes. Le nombre de cellulaires confisqué n’est pas plus élevé qu’avant.

La politique de l’institution est toujours de confisquer l’appareil pour 10 jours, mais rarement un mois ou pour le reste de l’année scolaire. «C’est une politique qu’on a établi avec les parents. Parce que pour que ça fonctionne, il faut qu’ils y adhèrent et qu’ils collaborent avec nous», fait valoir la directrice des communications, Nathalie Houle.

Des élèves plus branchés

L’omniprésence des téléphones intelligents n’est toutefois pas un problème à gérer en classe, selon ce que nous a raconté Yannick Blanchette, un enseignant de français de Secondaire 5 qui est en poste depuis un peu plus de 20 ans.

«Au début, lors de l’apparition des cellulaires. C’était un peu plus complexe à gérer. Parce que c’était un phénomène relativement nouveau. C’était un peu plus malaisant. Il y en a qui refusait de le remettre, se souvient-il. C’était un peu plus compliqué, mais aujourd’hui, ce n’est plus un problème. On le saisit et c’est réglé.»

C’est qu’avec toute la sensibilisation, les règles clairement établies et des pancartes rappelant l’interdiction, les élèves ont maintenant assimilés la consigne, note-t-il. «Le jeunes l’ont dans leur poche en classe, mais ils n’ont pas le droit de s’en servir. «C’est peut-être plus une distraction en Secondaire 1. Au début de l’année, quand ils reçoivent leurs tablettes pour la première fois, il faut parfois intervenir pour les ramener à l’ordre parce que c’est tout nouveau», note quant à elle Élodie Mongrain, enseignante au CNDA.

L’arrivée des téléphones intelligents a tout de même fait en sorte qu’ils sont plus branchés qu’avant. «Ce qui a révolutionné l’enseignement ce sont les tableaux interactifs. Quand il arrive un bogue avec ça, ce n’est pas long qu’ils savent comment le régler, M. Blanchette. Ils sont plus avancés là-dessus, moins sur autres choses. Plus ouvert sur le monde, plus au fait de l’actualité.»

La Relance intervient dans les écoles

Les cellulaires font partie de la réalité des jeunes. (Photo: Sébastien Lacroix)

Le centre d’expertise en dépendances La Relance Nicolet-Bécancour, qui fait de la prévention dans les écoles de la région, a organisé une journée sans cellulaire au Collège Notre-Dame-de-L’Assomption.

Le tout s’est fait grâce à une initiative des élèves du CNDA qui ont troqué leur cellulaire pour l’uniforme à cette occasion, ayant le droit de porter la tenue qu’il voulait lors de cette journée spéciale.

Le projet à vue le jour dans l’intérêt de sensibiliser leurs collègues de classe à l’importance de la communication verbale et des échanges entre amis, plutôt que d’avoir les yeux fixés sur leur écran tactile.

Il s’agit de la seule journée du genre organisé cette année dans les écoles secondaires par La Relance qui souhaite d’abord que l’idée vienne des jeunes et qu’il y ait un incitatif assez intéressant pour délaisser leur téléphone.

«Il n’y a rien de spécifique au cellulaire qui se retrouve englobé dans la cyberdépendance, raconte Annie Gauthier, la directrice générale de La Relance Nicolet-Bécancour. Après plusieurs années d’étude, les chercheurs ne s’entendent pas tous. On n’a pas de consensus, pas d’outils diagnostic encore, pas de plan de traitement établi par rapport à tout ça. On aime se coller aux bonnes pratiques, aux résultats de recherche avec des constats, mais pour l’instant on n’a pas de statut quo.»

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