Vivre son “trip” maraîcher avec les melons d’eau
SAINT-FRANÇOIS-DU-LAC. Vendre ses fruits en été et regarder le visage des gens s’illuminer dès la première bouchée; c’est ça le vrai bonheur de Benjamin Lachapelle de la ferme Les Jardiniers de La Chapelle, spécialisée dans la culture de melons d’eau et de cerises de terre. “Aussi farfelu que ça puisse sembler, c’est ce que je fais, et je m’amuse!”, lance-t-il.
Depuis qu’il est jeune adulte que Benjamin a l’étincelle de la culture maraichère, alors qu’il avait un jardin chez ses parents. Cela l’a amené, au début des années 2000, à étudier en Gestion d’entreprise maraichère biologique et ensuite à vivre ses premières expériences de culture commerciale chez un producteur maraicher, notamment avec les melons d’eau et les cerises de terre.
C’est lorsqu’il a acheté sa parcelle de terre à Saint-François-du-Lac, il y a une dizaine d’années, qu’il s’est dit que le temps était enfin venu de se lancer dans sa propre culture, biologique (par conviction, sans certification). “Je ne serais pas plus en harmonie avec la nature si j’étais certifié”, croit-il.
“J’ai fait pousser toutes sortes de légumes, jusqu’à ce que je me rende compte que je n’aimais pas faire pousser ci, ça et ça. Mais j’aimais vraiment les melons d’eau et les cerises de terre, raconte Benjamin. C’est ma marque de commerce, c’est ça que j’aime faire! Je vis mon trip avec le melon d’eau!”
“J’aimais essayer des choses qui étaient peu connues. Par exemple, les cerises de terre, ça commence à être connu, mais il y a 20 ans, ce ne l’était pas tant”, dit-il. D’ailleurs, la variété qu’il fait pousser n’est pas le gros fruit orange (variété péruvienne un peu surette), mais plutôt une variété qui donne de tout petits fruits jaunes, craquants et légèrement sucrés.
Pour les melons d’eau, Benjamin s’amuse encore, année après année, à découvrir de nouvelles variétés. “Je découvre plein de sortes de melon d’eau; des jaunes, des rouges, des oranges, avec ou sans pépins, des longs, des gros, des petits.”
“Ça se vend bien, et ça se conserve longtemps! Et une carotte, c’est moins exotique, c’est moins inusité”, croit-il.
Dans ses premières années à cultiver le melon d’eau, Benjamin a déjà eu jusqu’à 18 variétés en expérimentation, mais c’était trop de travail et… d’explications à donner aux clients! “J’ai décidé de simplifier et de garder ce qui fonctionnait bien, tant au rendement au champ que son format et son goût.” Cette année, on peut donc profiter de cinq à six variétés, dont le petit melon Natsu (petits pépins, très sucré, hâtif) et le Jet ski (sans pépins, chair rose et juteuse).
Cette année, ce sont 1900 plants de melon d’eau et 800 plants de cerises de terre qu’il a cultivés, et il travaille d’arrache-pied pour s’occuper de ses fruits. “Dans une journée, je passe par toute une gamme d’émotions! Quand j’ai plein de clients au kiosque en avant-midi, je suis content, et l’après-midi, après une heure sans client, je me dis : oh my god, on va être pogné avec 2000 melons d’eau!“, dit-il en riant. Il faut dire que cette année, le printemps a joué de mauvais tours à Benjamin avec une arrivée tardive. “C’était froid, pluvieux, j’ai eu des limaces. Je n’ai jamais planté aussi tard! J’échelonne la récolte sur plusieurs semaines en faisant des transplants successifs, alors j’ai transplanté jusqu’à la mi-juillet!”
Dès qu’il essaie une nouvelle variété, il doit apprendre les signes distinctifs de chaque melon pour savoir lorsqu’il est mûr. “Un melon d’eau mûr et un melon d’eau pas mûr, ils sont pareils! Il y a une courbe d’apprentissage.” Il doit observer la tache à l’endroit où repose le melon au sol, la tige en vrille sera un peu sèche, et le son que fera le melon en le tapotant. “Il y a la fréquence propre au melon!, dit-il en riant. Il y a beaucoup d’intuitif là-dedans! Il n’y a pas de science exacte.”
C’est également tout un art d’apprendre à ne pas trop arroser ses plants lors du mûrissement, car les melons gouteront trop l’eau et seront fragiles. “Je suis sûr à 95% qu’ils sont meilleurs que ceux de l’épicerie!”, conclut-il.
