Travailleurs étrangers : le cri du cœur d’un entrepreneur
BÉCANCOUR. Simon Duval, de la poissonnerie Simmer de Bécancour, a lancé récemment un cri du cœur sur les réseaux sociaux par l’entremise d’une vidéo. L’entrepreneur veut sensibiliser au fait que les nouvelles restrictions fédérales, liées aux plafonds des travailleurs étrangers, vont affecter directement les opérations de son entreprise.
En entretien téléphonique, il a expliqué que les nouvelles normes vont entraîner la perte de près de 50% des travailleurs de Simmer. Une situation intenable pour lui qui fait craindre pour l’avenir même de cette poissonnerie qu’il a fondée et fait grandir au fil des ans.
Dans son cas, qui est représentatif de plusieurs autres entrepreneurs d’ailleurs, les travailleurs étrangers ont fait leur entrée dans l’entreprise vers 2020, donnant une lueur d’espoir. “C’est grâce à eux qu’on a réalisé le projet d’agrandissement”, lance-t-il d’entrée de jeu en confiant que le sujet le rendait assez émotif.
L’accueil de ces travailleurs au Centre-du-Québec a demandé une longue démarche administrative et a impliqué des investissements importants. “Le processus de recrutement, c’est comme une grossesse. Ça nécessite minimalement de 9 à 12 mois”, explique-t-il. Au départ, ce sont deux travailleurs étrangers qui se sont joints à l’entreprise. “Deux hommes courageux qui ont quitté leur pays pour améliorer leur sort. Ils ont une volonté que l’on n’a pas au Québec”, estime-t-il.
Duval explique notamment dans la vidéo, tout comme ses enfants Sabrina, Raphaël et Rosemarie qui oeuvrent au sein de l’entreprise, que les travailleurs étrangers ont été bien intégrés dans la communauté et faisaient désormais partie de la grande famille Simmer. D’ailleurs, certains travailleurs étrangers prennent la parole pour témoigner du fait qu’ils sont heureux et reconnaissants d’occuper ces emplois dans la région. “On a un bon travail ici. On apprend beaucoup et c’est génial”, exprime un d’entre eux dans un bon français.
Mais les lois sont en changement, ce qui inquiète autant les employeurs que les employés qui proviennent de l’étranger. “Il s’agit d’un enjeu majeur, stressant et angoissant”, déplore Simon.
Bien entendu, avec les années, ces employés deviennent de plus en plus indispensables à la croissance de l’entreprise et ils sont actuellement 22 sur les 65 que compte Simmer. D’ailleurs, si les choses ne changent pas rapidement, M. Duval ne pourra renouveler le contrat de travail, en septembre prochain, de ses deux plus anciens travailleurs étrangers. Puis quatre autres ne pourront rester au début de 2027 et ainsi de suite.
Simon Duval est bien d’accord à ce que la politique d’immigration soit resserrée, entre autres, pour les “bandits”, comme il le dit lui-même ou encore ceux qui ne parlent pas français. “Mais pas pour ceux qui sont en mesure de s’intégrer et d’apprendre le français. Ceux-là apportent beaucoup à la société.”
Dans son champ d’expertise, les travailleurs québécois sont aussi peu nombreux à vouloir spontanément venir occuper un emploi. Il est donc assez dépendant de la main-d’œuvre qu’il est parvenu, après moult démarches, à recruter.
Selon lui, les défis des entrepreneurs sont assez nombreux ces années-ci, sans avoir en plus à s’inquiéter de garder du personnel durement embauché. Il a fait tous les efforts nécessaires afin qu’ils aient des espaces de vie agréables et soient bien dans leur travail. “Quand tu as besoin de ces gens-là, tu les traites bien”, ajoute-t-il. M. Duval note aussi que les travailleurs issus des autres pays chez lui ont permis de rétablir une certaine appréciation et même une fierté du travail.
Plusieurs entreprises seront pénalisées par le resserrement de mesures fédérales pour les travailleurs étrangers. M. Duval a bien tenté à sa façon de faire changer les choses en rencontrant notamment les députés de son comté, sans succès. “Nous sommes incapables d’avoir des réponses rapidement”, note-t-il en précisant que son but n’était nullement d’attaquer qui que ce soit, mais bien de faire bouger les choses et obtenir, si possible, une certaine prévisibilité. “Pour moi et tous les entrepreneurs”, ajoute-t-il en précisant que les entreprises se gèrent à longue échéance.
La vidéo avait donc comme objectif de témoigner d’une réalité vécue par plusieurs, sensibiliser, faire réfléchir et surtout de provoquer un changement. “Pourquoi se priver de ces travailleurs? Il y a plein de choses incompréhensibles”, déplore-t-il en ajoutant que la situation pourrait bien amener des fermetures d’entreprises comme la sienne.
