Richard Lemire: le déneigeur de rails

PASSION. Depuis 16 ans, le Bécancourois Richard Lemire œuvre au sein de la compagnie Chemins de fer Québec-Gatineau. Il figure parmi la centaine d’employés chargés d’entretenir et de déneiger les 152 milles de chemin de fer que compte le réseau de la compagnie sur la rive-nord.

Les hivers québécois apportent leur lot de neige et l’entretien des rails devient très important, non seulement pour les trains en circulation, mais aussi pour les inspections hebdomadaires.

«J’ai le plus beau bureau au monde!»

– Richard Lemire

Au moment de notre rencontre, il a beaucoup neigé la veille. Richard Lemire s’est vu attitrer le circuit Trois-Rivières/Shawinigan. Devant la déneigeuse qu’il conduit, deux chasse-neige s’occupent de libérer les rails. De chaque côté, deux pelles supplémentaires permettent d’élargir le périmètre de déneigement.

«Je reçois mon plan de travail à mon arrivée. On couvre jusqu’à Laval, Québec et Shawinigan. Et on part! C’est très important de bien connaître le territoire. Alors, avant chaque hiver, on refait une tournée pour bien mémoriser les détails autour. On doit être aux aguets, car il peut y avoir des obstacles sur la track et de chaque côté», raconte le natif de Baie-du-Febvre.

«Il faut faire attention aux piétons également. On en voit circuler avec leurs écouteurs dans les oreilles. On leur explique qu’ils ne devraient pas être là parce que c’est dangereux et qu’il s’agit d’un terrain privé. Les gens sont curieux et on le voit dans leur regard quand ils nous croisent. Ils nous envoient toujours la main.»

La vue de la cabine de la déneigeuse.

On poursuit notre chemin et devant, les rails n’existent plus. C’est impressionnant! Ils sont recouverts de neige, mais la machinerie est bien ancrée et poursuit sa route sans problème. Si on jette un coup d’œil derrière, les rails sont bel et bien visibles à nouveau.

Mis à part pour les grands réseaux, le changement de voie se fait encore de façon manuelle, à l’aide des aiguillages. Les conducteurs de train ou de camions opérateurs doivent donc descendre de leur engin pour changer l’orientation des rails lorsque nécessaire.

«Tout le trafic est organisé par le contrôleur de la circulation ferroviaire. C’est aussi lui qui nous donne les permis de circuler sur la voie. Si on est là en même temps qu’un train, il va lui donner une délibération lui indiquant de se protéger contre nous. Ça va nous permettre de nous trouver une place sécuritaire pour aller se mettre à l’écart, sur une voie d’évitement, afin de le laisser passer», ajoute le résident de Bécancour.

Un travail solitaire
Richard Lemire travaille seul 90% du temps. Mais soyez sans crainte: il est très heureux!

«Je sais quand je pars, mais je ne sais jamais quand je reviens. Lorsqu’il neige beaucoup, on peut travailler pendant plusieurs jours consécutifs et faire de longues journées. Si on se sent fatigué, on demande une relève, car la sécurité demeure le point le plus important. Selon l’ampleur de la tempête, ça peut prendre entre trois et quatre jours pour déneiger le territoire. Nous avons des cours et des formations à suivre chaque année pour être à jour avec Transports Canada», explique-t-il.

«C’est beaucoup de responsabilités et il faut continuellement se mettre à jour. C’est normal, car on n’a pas le droit à l’erreur. On ne fait jamais rien si on n’est pas certain, puisque notre vie et celle des autres en dépendent. Il faut toujours être concentré.»

Que se passe-t-il lors de la saison estivale?

«L’été, on fait l’entretien des voies en changeant des traverses ou des rails. On fait des opérations de huilage et on serre ou on remplace des boulons, par exemple. On travaille vraiment à l’entretien des rails. On a aussi de la machinerie pour couper les branches qui nuisent à la circulation.»

«Je dis toujours que j’ai le plus beau bureau au monde! C’est devenu une passion. C’est un décor incroyable, qui change constamment. J’ai vu tellement de nouvelles infrastructures et de nouveaux quartiers au fil des ans. J’ai vu des renards, des ours, des chevreuils et même des dindes sauvages. Ce sont les pires, car elles n’ont pas peur de nous! Il m’arrive même de m’arrêter et prendre le temps de contempler la beauté du paysage, surtout quand la vapeur lève au-dessus de l’eau», conclut-il.