Projet de repreneuriat à l’Abattoir Roussel
SAINT-SYLVÈRE. L’Abattoir Roussel connaitra bientôt une nouvelle vie. Après plusieurs décennies d’activité, son propriétaire, Claude Roussel, prépare la relève en transférant progressivement l’entreprise à Alexandre Villeneuve, de la Microferme VL de Saint-Célestin.
Le projet de repreneuriat vise à assurer la continuité de ce service de proximité devenu rare dans la région.
Claude Roussel souhaite aujourd’hui ralentir le rythme. Ses enfants ayant choisi d’autres carrières, il a plutôt décidé de passer le flambeau à un entrepreneur intéressé à poursuivre les activités de l’abattoir. “Je suis rendu à la retraite. Il faut diminuer un peu, explique-t-il. Mes enfants ont leurs carrières ailleurs, alors il fallait trouver quelqu’un pour continuer.”
Avant même l’ouverture de l’abattoir, Claude Roussel était déjà bien ancré dans le milieu de la production avicole. Sur la ferme familiale, on élevait autrefois jusqu’à 50 000 dindes par année. Cette expérience lui a permis d’obtenir des droits acquis pour la production d’un certain nombre de volailles, notamment environ 1 850 poulets et 225 dindes annuellement. Ces droits, toutefois, ne sont pas transférables et ne pourront donc pas être repris par Alexandre Villeneuve lors de la transaction.

L’entrepreneur compte plutôt s’appuyer sur les changements réglementaires attendus dans les prochaines années. Avec l’entrée en vigueur du nouveau cadre pour les abattoirs de proximité, il pourrait éventuellement produire lui-même jusqu’à environ 2000 poulets, soit l’équivalent d’environ 6000 kilogrammes de volaille par année.
Du côté d’Alexandre Villeneuve, l’intérêt pour le projet s’inscrit dans la continuité de son parcours agricole. Après avoir été maraîcher, il a réorienté son entreprise vers l’élevage de cailles en 2021. “Le marché de la caille avait beaucoup diminué au Québec. Il restait surtout de petits élevages personnels. Je voulais contribuer à relancer un peu cette production, autant pour la viande que pour les œufs”, explique-t-il.
C’est en voyant une annonce concernant l’abattoir qu’il a décidé de se lancer dans l’aventure. Pour lui, la possibilité de transformer lui-même ses volailles représente un atout important. “Si je veux faire de la viande de caille, il faut aller très loin pour l’abattage. Avoir un abattoir ici, ça s’intègre parfaitement dans mon projet”, souligne-t-il.
La rareté des abattoirs de proximité est d’ailleurs l’un des principaux moteurs du projet. Selon Claude Roussel, plusieurs installations ont fermé ou ont disparu au fil des ans, ce qui oblige souvent les producteurs à parcourir de longues distances.
Depuis l’annonce de la possible relève, il dit d’ailleurs recevoir de nombreux messages de producteurs soulagés de savoir que le service pourra être maintenu. “Ils sont contents que ça continue. Plusieurs disent qu’ils vont recommencer à élever des poulets parce qu’ils auront un endroit pour les faire abattre”, raconte-t-il.
Une transition progressive
La reprise ne se fera toutefois pas du jour au lendemain. Les deux hommes envisagent une période de transition pendant laquelle Alexandre Villeneuve pourra exploiter l’abattoir tout en bénéficiant du mentorat de son prédécesseur.
“On va commencer en partenariat jusqu’au rachat total, résume Alexandre Villeneuve. Claude va continuer de venir aider et transmettre le savoir.”
Le projet doit encore franchir certaines étapes administratives. Si tout se déroule comme prévu, la relève pourrait commencer à s’installer dès le début de l’été.
À plus long terme, Alexandre Villeneuve souhaite élargir les activités de l’entreprise. En plus de soutenir les petits éleveurs avec des services d’abattage à forfait, il aimerait diversifier les espèces transformées.
“Présentement, ce sont surtout les poulets et les dindes, mais je voudrais aussi faire les canards, les oies, les pintades, les pigeons et même les lapins”, indique-t-il.
L’entrepreneur espère également profiter des changements réglementaires envisagés par le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation qui pourraient faciliter la vente directe de volailles issues d’abattoirs de proximité. Selon lui, cette évolution pourrait favoriser le développement des petites fermes et la vente directe à la ferme ou dans les marchés publics.
Dans un contexte où les consommateurs s’intéressent davantage aux produits locaux, les deux hommes voient un potentiel croissant pour les productions de proximité. “De plus en plus de gens préfèrent aller directement à la ferme plutôt qu’à l’épicerie”, observe Alexandre Villeneuve.
Pour Claude Roussel, l’essentiel demeure toutefois de préserver un service essentiel pour la région. “C’est précieux pour les petits producteurs. C’est pour ça que je veux être là pour l’aider à partir ça comme il faut”, conclut-il.
