L’église de La Visitation a un nouveau propriétaire

LA VISITATION-DE-YAMASKA. Le 3 juillet 1935, Alphonse Guévin et Madeleine Côté unissaient leur destinée à l’église de La Visitation-de-Yamaska. 85 ans plus tard, jour pour jour, un de leur fils – Charles – devenait propriétaire de l’endroit.

«C’est une curieuse histoire, mais tout s’est enligné pour ça!», sourit Charles Guévin, âgé de 81 ans. L’heureux propriétaire de l’église du village n’aurait jamais imaginé vivre cela, il y a à peine quelques mois.

«J’ai su il y a trois ans que l’église était à vendre. Ça m’avait intéressé, mais on m’avait dit qu’elle avait été vendue. Puis, l’automne passé, à la fin octobre ou au début novembre, j’ai su que la vente n’avait finalement pas fonctionné. Je me suis renseigné et on m’a dit que l’église était de nouveau disponible. J’ai manifesté mon intérêt et les démarches se sont mises en branle», raconte M. Guévin.

Charles Guévin.

L’église avait effectivement failli être vendue à l’automne 2019, confirme Michel Lemire, président d’assemblée de fabrique à la Paroisse L’Assomption-de-la-Vierge-Marie. «Un projet avait été accepté. Toutes les étapes du processus avaient été franchies jusqu’à ce qu’on découvre qu’on ne pouvait pas désacraliser l’endroit», raconte-t-il.

«Chaque fois que je faisais un voyage, je voulais aller voir l’église de la place, comment elle était; peu importe où. J’entrais quand c’était débarré et j’allais voir. Ça m’a toujours attiré. Je ne sais pas pourquoi. Et maintenant, j’en possède une. C’est fou.» – Charles Guévin

Une clause figurant dans le tout premier acte notarié stipulait en effet que le terrain était cédé à l’Église à la condition que l’endroit demeure un lieu de culte et ne change jamais de vocation. Une découverte faite par la notaire peu avant la finalisation de la transaction. «Il a fallu retracer les descendants proches de l’ancêtre qui avait donné le terrain et entamer une série de procédures pour faire changer le tout avec leur accord. L’acheteur s’est découragé devant la longueur du processus.»

Au moment où M. Guévin a signifié son intérêt envers l’église, toutes les mauvaises surprises étaient réglées. Malgré tout, il a fallu plusieurs mois avant que la transaction se finalise. «Il y a tout un processus à suivre. On m’a dit qu’il fallait que je présente un projet à la population. Si elle était d’accord avec ma proposition, celle-ci devait ensuite être exposée à l’évêque et aux comités diocésain et économique du Diocèse; des comités qui se réunissent rarement.»

Charles Guévin a présenté son projet aux citoyens le 3 décembre 2019. La majorité des personnes présentes ont voté en faveur. Presque deux mois plus tard, le premier des deux comités approuvait le projet, suivi de l’autre, vers le mois de mars. Pour sa part, l’évêque a signé la lettre approuvant le projet et la vente de l’église juste avant la pandémie de COVID-19. Évidemment, celle-ci est venue retarder la suite des choses.

«Je voulais faire inspecter l’église, mais c’était impossible. C’est finalement en mai que l’inspecteur est venu et que j’ai fait mon offre finale. Les marguilliers l’ont acceptée et les documents ont été envoyés chez la notaire. J’ai signé le 3 juillet.»

Le projet de Charles Guévin

Charles Guévin habitera la sacristie de l’église. Il est d’ailleurs en train de la transformer en appartement avec l’aide de ses proches. L’église en tant que tel restera intacte, à peu de choses près. Le propriétaire souhaite qu’elle demeure un lieu de rassemblements, de rencontres et de recueillement.

«J’aimerais ouvrir les portes régulièrement pour que les gens puissent venir jaser, prendre un café, s’attabler comme ils le faisaient jadis chaque dimanche après la messe, envisage M. Guévin. Ce sera accessible à l’année selon des heures d’ouverture précises. Les gens n’auront qu’à entrer, ne serait-ce que pour venir se reposer et méditer. Aujourd’hui, c’est rare qu’on s’arrête. Ici, c’est l’endroit idéal pour le faire.»

Un système de surveillance sera évidemment mis en place pour assurer la sécurité de tous et pour prévenir le vol ou le vandalisme. «C’est préférable, même si je fais généralement confiance aux gens», estime M. Guévin.

Une messe y sera célébrée à toutes les cinq semaines. Une entente en ce sens a été conclue avec la paroisse L’Assomption-de-la-Vierge-Marie. «Ça représente une dizaine de dimanches par année; je suis d’accord avec ça.»

Le nouveau propriétaire mettra en outre l’église à la disposition de la communauté pour qu’elle puisse y tenir des événements. Il est d’ailleurs ouvert aux suggestions. «En autant que ça ne devienne pas une foire à n’importe quoi! Je souhaite que le lieu garde son sens du sacré, quand même…», prévient-il, ouvert à contribuer au projet de revitalisation de la municipalité, si elle le souhaite.

Un mini-musée

Charles Guévin aménagera également un petit coin musée près du chœur pour perpétuer le souvenir des célébrations eucharistiques d’antan. «J’y exhiberai des ornements sacerdotaux et des accessoires. L’abbé Yvon Audet m’a laissé différentes pièces comme des aubes et des étoles. Je pourrai rappeler aux gens comment les prêtres et servants de messe étaient vêtus dans les années 1940 à 1960.»

Bref, le nouveau propriétaire souhaite partager et mettre en valeur son acquisition le plus possible. «C’est mon souhait le plus cher que ce soit accessible. Je veux redonner accès à l’église dans un contexte convivial et rassembleur. Que ça redevienne un peu ce que c’était autrefois», conclut-il.

 

Le saviez-vous?

Alors qu’il venait tout juste d’amorcer le processus d’achat de l’église de La Visitation, Charles Guévin a été étonné d’apprendre qu’il n’y avait pas de messe de minuit dans la municipalité. Il a donc entrepris d’en organiser une.

«Je trouvais ça de valeur. J’ai téléphoné à l’abbé Jacques Duhaime, qui a été vicaire et curé ici pendant longtemps, et il était d’accord pour la célébrer. Ma sœur Lucie a quant à elle téléphoné au maire [Sylvain] Laplante pour organiser du chant et de la musique. Ils se sont entendus et tout s’est placé. Il y a effectivement eu une messe de minuit [le 24 décembre 2019]! Elle a dû réunir 70-75 personnes. C’était très beau. Il y a eu une collaboration extraordinaire de tous.»