Le retour à la terre d’une semencière

MANSEAU. À l’instant même où elle déménage à Montréal, à l’âge de 10 ans, Marie-Claude Comeau sait déjà qu’elle n’y restera pas! La jeune fille, originaire de Sainte-Sophie-de-Lévrard, passera tout de même 14 ans dans la métropole avant de reprendre la direction de la campagne.

Premier arrêt: la Montérégie. Elle y demeure quatre ans au cours desquels elle est à l’emploi de la Ferme Coopérative Tourne-Sol, une entreprise agricole qui produit des paniers de légumes et des semences biologiques. Elle y explore les diverses facettes de l’agriculture biologique et découvre une réelle passion pour les semences. Au point où elle décide de démarrer sa propre entreprise dans ce domaine.

En 2019, avec cette idée en tête, elle met le cap sur Manseau, tout près de sa terre natale. La revoilà dans ses pantoufles! Elle s’installe sur une terre de 12 acres qu’elle souhaite faire certifier «biologique».

En attendant que sa terre soit prête (en 2022), elle en loue une d’une acre et demie à Lemieux. C’est là que poussent les racines de son entreprise, La Radicule. «Une semence, c’est la fin d’un processus et le début d’un autre», résume la semencière, qui en produit 70 variétés, autant sèches qu’humides: haricots, pois, laitues, fleurs, radis, courges, tomates, poivrons, etc.

Marie-Claude Comeau au travail avec son cheval.

Elle vend la totalité de sa production à des détaillants de semences en Ontario, au Québec et au nord-est des États-Unis. «À ma connaissance, il n’y a que moi, au Québec, qui ai ce modèle d’affaires-là (fournir exclusivement des semences à contrat)», mentionne la femme d’affaires, dont l’entreprise est devenue en peu de temps un joueur important du système semencier du Québec.

En plus de se démarquer à ce titre, Marie-Claude Comeau se distingue par le fait qu’elle utilise la traction animale pour travailler le sol. «J’utilise le cheval»; une façon de faire qui étonne maintenant que les tracteurs et autres machineries règnent en rois dans les champs. «Disons que je suis plus mécanisée que quelqu’un dans son jardin!», rigole-t-elle, précisant que ses seuls appareils à moteur sont sa batteuse et ses équipements de nettoyage de semences.

Produire plus

Dès cet été, elle prévoit augmenter son volume de production. Pour l’aider, elle pourra de nouveau compter sur ses fidèles bénévoles, qui lui donnent un coup de main lorsqu’elle en a besoin, mais aussi sur un, peut-être même deux employés. Le profil recherché? «Être vaillant à l’ouvrage, avoir de l’initiative et de la bonne humeur.» Comme elle, quoi! Au moment d’écrire ces lignes, elle était justement en train d’analyser ses besoins et les possibilités d’aide financière…

Sa décision est motivée par le fait que la demande a beaucoup augmenté. «Il y a beaucoup de pression sur le système semencier en ce moment. L’offre a un peu de misère à suivre, notamment à cause de la pandémie [qui incite les gens à jardiner]», fait-elle remarquer. «Je me demande toutefois si l’engouement actuel perdurera.». Elle fait le pari que oui: «Les gens deviendront plus conscients de l’importance de jardiner…»

Ce sera son dernier été à Lemieux, sur la terre de Mathieu Dorion, d’Écosens, le «bon propriétaire» qui lui a permis de réaliser son rêve. L’an prochain, toute la production sera déménagée à Manseau. Sa terre sera alors certifiée biologique. La semencière prévoit en cultiver six acres, incluant les jachères.

 

Truc de pro

Marie-Claude Comeau souligne que certaines semences sont faciles à faire chez soi. Les poivrons, les tomates et les haricots en sont quelques exemples. «Moi, j’en produis à l’échelle commerciale, mais toute personne qui a un petit jardin peut sauver des semences et en reproduire».

Elle encourage d’ailleurs les gens à tenter l’expérience… même si c’est son gagne-pain! «C’est un geste millénaire. Ça vient boucler la boucle; clore le cycle de la plante», mentionne celle dont la passion passe avant toute chose.

Il suffit d’extirper les graines de leur cosse et de les laisser sécher sur un papier essuie-tout. Au moment des semis, on n’a qu’à les mettre en terre et laisser la nature faire son œuvre…